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Andromaque

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Catégorie: Politique et International

Soumis par: Russell 25 avril 2012

Mots: 14693 | Pages: 59

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Mais, il y a également un lien amoureux entre ces deux protagonistes : Andromaque ne partage

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© Éditions Belin/Éditions Gallimard, 2009.

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pas l’amour que Pyrrhus lui porte (v. 108-110, p. 25). Un personnage clé est absent : Hermione, cousine d’Oreste, dont ce dernier est amoureux (v. 99, p. 25), et qui est éprise de Pyrrhus (v. 50, p. 23). Le dramaturge ménage des effets de suspens dans ces quatre premières scènes. Précisez quelles questions le spectateur peut être amené à se poser à la fin de l’acte I. Le spectateur est impatient de voir Hermione. Il se demande si Andromaque va accepter de se marier avec Pyrrhus pour sauver son fils. Il ne sait pas quelle attitude va adopter Oreste face à Hermione. Du point de vue de l’intrigue politique, il s’interroge sur la réaction des Grecs après le refus de Pyrrhus de livrer Astyanax.

Les différentes tensions de l’acte I

L’arrivée d’Oreste est fondamentale dans le déclenchement de l’action. Précisez quelle est la mission d’Oreste, quelles sont les stratégies de chaque personnage face à cette arrivée et quels sont les rapports de force instaurés. La mission d’Oreste consiste à enlever Astyanax de la cour de Pyrrhus (v. 91-92, p. 25) et de le livrer aux Grecs pour qu’ils le mettent à mort (v. 169-172, p. 28). Pour éviter de perdre son fils, Andromaque supplie Pyrrhus de le protéger (v. 338-340, p. 35) — ce qui la place bien sûr en position de dépendance face au roi. Ce dernier se sert de la mission d’Oreste pour faire un chantage à Andromaque (v. 293-294, p. 34 et v. 370, p. 35). Quant à Oreste, il a tout intérêt à ce que Pyrrhus refuse de livrer Astyanax, et lui aussi est dépendant des résolutions du roi. Pylade est plus qu’un confident pour Oreste. En vous appuyant sur la scène 1 de l’acte I, analysez les caractéristiques de la relation qui unit les deux personnages. Il s’agit ici d’amitié. Le mot « ami » est employé dès le premier vers. Nous remarquons la manifestation des inquiétudes de Pylade et sa sollicitude envers Oreste (v. 9-24, p. 22).

Pyrrhus, un personnage brutal et galant

Dans la scène 4, Pyrrhus doit faire plier celle qu’il aime, et lui laisse pour cela le choix entre la mort de son fils ou le mariage. Explicitez le chantage qu’il impose à Andromaque. Soit Andromaque accepte d’épouser Pyrrhus, et alors le roi d’Épire protégera Astyanax et entrera en guerre contre les Grecs. Soit Andromaque refuse, et dans ce cas Pyrrhus livrera son fils. Autrement dit elle doit choisir entre son amour maternel et sa fidélité à Hector, son époux défunt. Des tonalités opposées s’enchaînent au fil de la scène 4. Précisez de quelles tonalités il s’agit en montrant que se mêlent les registres de la prière et de la menace. Les propos d’Andromaque sont dominés par le registre pathétique, le ton de la supplication. Mais elle sait aussi avoir recours à l’invective (v. 355-362, p. 36). Pyrrhus de son côté menace, puis promet (de faire la guerre aux Grecs pour sauver Astyanax) et se plaint. Alternent donc dans son discours registre polémique d’une part, registre élégiaque et galant d’autre part. Andromaque cherche à sauver son fils. Étudiez sa stratégie de défense en vous demandant notamment à quels sentiments de son bourreau elle fait appel. Analysez le rythme et le jeu de sonorités du vers 280. Andromaque cherche à toucher Pyrrhus par tous les moyens : en suscitant sa compassion (v. 298, p. 34 et v. 338, p. 35), puis en tentant de montrer qu’il est indigne (v. 305, p. 34), de lui faire honte. Enfin, elle joue sur l’amour de son bourreau en menaçant de se tuer avec son fils si celui-ci est livré aux Grecs (v. 377, p. 37). Le vers 280 a un rythme en 5/3/4, avec effacement des coupes et de la césure qui rend le vers plus fluide, plus allongé. L’allongement est renforcé par l’assonance de la voyelle nasalisée (accentuée trois fois) : ou.

Vers l’oral du Bac p. 40-42

Analyse de la scène 1 de l’acte I, v. 40-80, p. 23-24

© Éditions Belin/Éditions Gallimard, 2009.

☛ Montrer que ce passage participe à l’exposition

Analyse du texte

I. La mise en place de l’intrigue

a. Ces vers nous apportent des informations sur les personnages. En vous appuyant sur les vers 40-43, 50 et 77-78, étudiez les différents liens qui unissent Oreste, Hermione, Pyrrhus et Andromaque. Il faut établir à partir de ces sept vers la « chaîne des mal-aimés » qui caractérise l’intrigue amoureuse dans Andromaque : Oreste aime Hermione qui aime Pyrrhus qui aime Andromaque qui aime Hector, son époux défunt.

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b. Durant la guerre de Troie, la Grèce et l’Épire étaient alliées. Relevez les informations qui nous renseignent sur les relations entre la Grèce et l’Épire puis dressez un tableau de la situation politique, c’est-à-dire des rapports entre les deux pays. La Grèce et l’Épire étaient alliées contre les Troyens pendant la guerre. Mais les rapports entre les deux pays se sont tendus, et les alliés d’hier sont prêts à devenir les ennemis d’aujourd’hui : Pyrrhus en effet « élève en sa cour l’ennemi de la Grèce » (v. 70, p. 24), Astyanax, et donne ainsi aux rois troyens la possibilité d’avoir une descendance. c. Racine présente l’ensemble de ces renseignements dans le récit d’Oreste, qui donne à Pylade et au spectateur des informations dont ils ne disposent pas. Montrez que les indications nécessaires à la compréhension de la pièce nous sont apportées de manière naturelle et crédible. Cette exposition est naturelle parce que Pylade n’a plus vu son ami depuis « six mois » (v. 7, p. 21). Il est donc normal qu’il questionne Oreste et que celui-ci lui réponde et, en faisant le récit de sa vie durant cette période, apporte tous les renseignements nécessaires à la compréhension de sa situation, et de l’intrigue de la pièce tout entière. Pylade est en quelque sorte le double du spectateur, et il est amené à se poser les mêmes questions que lui (v. 29-34, p. 22). De plus, comme il a trompé Pylade sur ses sentiments pour Hermione, Oreste est également conduit à révéler le fond de son cœur (v. 39-40 et v. 49-57, p. 23). Cette exposition est donc naturelle et crédible parce qu’elle prend la forme à la fois d’une scène de retrouvailles et d’une scène d’aveu.

II. Le récit tragique d’Oreste

a. Le registre tragique est marqué par la présence du thème de la fatalité, de marques affectives (exclamations, interrogations) et des jeux d’antithèses. Identifiez les procédés caractéristiques du registre tragique mis en œuvre dans ce passage. Le lexique tragique est marqué par les termes : « ennuis » (v. 44, p. 23), « funeste » (v. 45, p. 23), « déplorable » (v. 46, p. 23), « fureur » (v. 47, p. 23) ainsi que par l’anaphore de « tu vis » (v. 40 et v. 43, p. 23) et des jeux de symétrie syntaxique tels que « détestant…/rabaissant… » (v. 55, p. 23). Enfin l’exclamation et l’interrogation au début de la tirade marquent davantage ce registre tragique. b. Aux vers 65-66, Oreste fait remarquer à Pylade que le destin le pousse vers ce qu’il cherche à éviter : « Mais admire avec moi le sort dont la poursuite // Me fit courir alors au piège que j’évite. » Montrez qu’Oreste se présente dans tout le passage comme un héros tragique, en lutte à la fois contre lui-même et contre le destin. Oreste est un héros tragique parce qu’il est divisé, déchiré : il aime Hermione malgré lui et malgré l’amour qu’elle porte à Pyrrhus. Il lutte donc contre sa propre passion et cherche à oublier la jeune femme. Mais, alors même qu’il la fuit et qu’en arrivant en Grèce il est persuadé que l’amour va sortir de son cœur (v. 64, p. 24), il apprend que Pyrrhus dédaigne les charmes d’Hermione, et qu’il a donc l’occasion de la reconquérir… C’est le destin qui le pousse à nouveau vers elle. c. L’enjambement crée souvent un effet de fluidité, de continuité. Commentez l’enjambement des vers 43-44, en montrant que la forme s’adapte ici parfaitement au fond. L’enjambement des vers 43-44 évoque une longue errance de mer en mer, l’effet de fluidité créé renvoie aussi bien au caractère ininterrompu de cette errance qu’à l’idée même de mer, de liquide. Cet effet de continuité est d’ailleurs renforcé par l’absence de coupe au vers 44.

Les trois questions de l’examinateur

Question 1. À quels procédés Racine a-t-il recours pour rendre le récit d’Oreste particulièrement vivant ? Oreste fait participer son interlocuteur (et donc le public, dont Pylade est le relais) au récit, notamment par l’emploi d’adresses directes (impératif du vers 65, p. 24 par exemple) ou celui du pronom de la deuxième personne (v. 40, v. 45 et v. 51, p. 23). Le récit est vivant également grâce à l’usage du présent de narration (notamment v. 67, v. 69, v. 70, p. 24), de la parataxe (v. 60, p. 23), et à la création d’effets de suspense (v. 65-66, p. 24). Question 2. En quoi Oreste est-il un personnage racinien caractéristique, entièrement dominé par sa passion et trahissant ses devoirs ? C’est un personnage racinien caractéristique parce qu’il est entièrement dominé par sa passion pourtant impossible. Contrairement au héros cornélien, il agit contre sa volonté, contre son devoir même. En mettant en avant ses intérêts personnels (emmener Hermione v. 99-100, p. 25), Oreste trahit sa mission officielle d’ambassadeur (emmener Astyanax). Seul dans la pièce à n’être aimé de personne, il appartient à la famille des grands « délaissés » raciniens, comme Antiochus dans Bérénice. Question 3. Y a-t-il d’autres récits dans Andromaque et quelle fonction ont-ils ? Quatre autres récits sont présents dans Andromaque :

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— Le récit d’Andromaque de la dernière nuit de la guerre de Troie (III, 8) : il a une fonction de catharsis (voir « Rappelez-vous » p. 107). — Le récit de Cléone du mariage d’Andromaque et de Pyrrhus (V, 2) : il rapporte un événement difficilement représentable sur scène à cause de son ampleur. De nombreux figurants et un décor conséquent sont nécessaires à sa représentation. — Le récit d’Oreste qui rapporte la mort de Pyrrhus (V, 3). C’est une scène violente et sanglante ; afin de ne pas enfreindre les règles de bienséances, Racine ne pouvait la faire représenter sur scène et a donc eu recours au récit pour que le spectateur prenne connaissances des événements. — Le récit de Pylade qui rapporte le suicide d’Hermione (V, 5). Comme le meurtre de Pyrrhus, cette scène, trop violente, aurait enfreint les règles de bienséances si elle avait été représentée.

Arrêt sur lecture 2

p. 59-63

Pour comprendre l’essentiel p. 59-60

L’instauration du nœud de l’action

L’acte II complète et achève l’exposition. Relevez, dans le dialogue d’Hermione et de Cléone de la scène 1, les renseignements concernant des événements antérieurs à la pièce. Dans cette scène, il est fait allusion à la volonté de Ménélas de voir sa fille partir avec Oreste si Pyrrhus persévère dans ses hésitations (v. 406-408, p. 44). Le vers 445 nous apprend également qu’Hermione a attiré la colère des Grecs contre le fils d’Andromaque. Enfin, dans sa dernière tirade, Hermione avoue qu’elle s’est laissée éblouir par la gloire de Pyrrhus (v. 469, p. 46), et tous les Grecs avec elle. Ce deuxième acte met en place le nœud de l’action, c’est-à-dire le conflit fondamental qui va être au cœur de l’intrigue. Dites quel est ce conflit et repérez le moment où il est clairement énoncé. Le conflit essentiel mis en place dans cet acte concerne les rapports du roi d’Épire avec Andromaque : Pyrrhus va-t-il livrer Astyanax aux Grecs (et donc épouser Hermione) ou pas ? Il est énoncé par Pyrrhus aux vers 644-656, p. 55. Dans la scène 4, Pyrrhus annonce qu’il va livrer Astyanax aux Grecs et épouser Hermione. Cette décision crée un effet de suspens. Prouvez-le en précisant les hypothèses que le spectateur peut être amené à formuler sur la suite de l’action. La décision de Pyrrhus a des conséquences sur le sort de tous les autres personnages. Puisqu’il a choisi d’épouser Hermione, on peut imaginer le désespoir d’Oreste et celui d’Andromaque. Oreste va peut-être chercher à enlever de force celle qu’il aime, et Andromaque tenter de supplier Pyrrhus de changer d’avis, voire de cacher son fils ou de s’enfuir avec lui. En tout cas, il y a suspens car on s’attend à des réactions en chaîne.

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L’instabilité d’Hermione et de Pyrrhus

Hermione n’est pas amoureuse d’Oreste, mais cherche à se servir de lui pour répondre à l’indifférence de Pyrrhus. Montrez que, dans les deux premières scènes de l’acte II, Hermione est animée de mouvements intérieurs contradictoires qui la rapprochent et l’éloignent d’Oreste. Dans la scène 1, Hermione, par orgueil, souhaiterait ne pas rencontrer Oreste : à ses yeux, ce serait un triomphe pour le jeune homme de la voir à son tour dédaignée (v. 395-400, p. 43). Mais la décision de son père et les refus de Pyrrhus, qui touchent également son honneur, la rapprochent plutôt d’Oreste. L’espoir de voir « l’ingrat [rentrer] dans son devoir » (v. 436, p. 45) l’en éloigne à nouveau. On retrouve le même balancement contradictoire à la scène suivante : quand Oreste lui annonce que Pyrrhus embrasse la défense d’Astyanax, un nouvel élan la pousse vers le fils d’Agamemnon (v. 527-528, p. 49), mais elle finit par se révolter lorsque le jeune homme fait allusion à Andromaque (v. 550, p. 50).

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Pyrrhus se montre incapable d’oublier Andromaque. Dans la scène 5, repérez les éléments prouvant que son revirement n’est que formel. Pyrrhus n’a pas pris une décision solide. Il cherche en fait à se persuader lui-même d’oublier Andromaque, mais sans y parvenir, puisqu’il parle tout le temps d’elle, comme le lui fait remarquer Phœnix au vers 664, p. 56. Les répétitions de « non » aux vers 674, p. 56 et 693, p. 57 ainsi que la décision de revoir Andromaque montrent toute la fragilité de ses résolutions. De son propre aveu d’ailleurs, il a pour son esclave « un reste de tendresse » (v. 702, p. 58). Hermione est une passionnée, brutale et égoïste. En vous aidant des réponses aux questions 4 et 5, faites le portrait psychologique d’Hermione et de Pyrrhus, et dégagez leurs points communs. Hermione et Pyrrhus sont des personnages passionnés, instinctifs, qui suivent leurs premiers mouvements, et totalement dominés par leurs émotions. C’est pourquoi ce sont aussi, l’un comme l’autre, des personnages instables et contradictoires, incapables de prendre une décision ferme.

Un acte galant, tragique et comique

Dans le langage galant, l’homme est le plus souvent l’esclave de la femme, et l’amour est évoqué à travers les images du feu et des flammes. Précisez en quoi le langage d’Oreste relève de la galanterie amoureuse dans la scène 2 de l’acte II. Commentez l’opposition entre les deux hémistiches du vers 540. On retrouve dans le discours d’Oreste tous les thèmes et procédés caractéristiques du registre galant : son sort dépend de la décision de celle qu’il aime (v. 495-500, p. 48), le thème du regard de la femme aimée (v. 485, p. 47, v. 496, p. 48 et v. 557, p. 51), l’image du feu (v. 576, p. 52), le lexique (« cruelle » v. 556, p. 50). L’opposition entre les deux hémistiches du vers 540 met en valeur un paradoxe psychologique : la haine étant inséparable de l’amour, si Hermione haïssait Oreste, cela au moins prouverait qu’elle l’aime — ce qu’explicite Oreste au vers 544, p. 50. Montrez que l’acte II est dominé par le registre tragique, dont vous repérerez quelques procédés caractéristiques. Ce deuxième acte est bien un acte de tragédie : la fatalité étant intériorisée, l’instabilité des personnages en fait des êtres ballottés, ne parvenant jamais à se maîtriser ni à maîtriser leur destin. On pourra pour cette réponse exploiter des éléments des réponses précédentes, reprendre notamment le vers 540, p. 50 comme bel exemple d’antithèse. Autre exemple d’antithèse au vers 538, p. 50. Les marques affectives abondent tout au long de l’acte. Dans la scène 5, Pyrrhus se ment à lui-même mais ni Phœnix, ni les spectateurs ne sont dupes. Le roi d’Épire ne parvient pas plus à quitter la scène qu’à se libérer d’Andromaque. Repérez ces fausses sorties et des éléments relevant d’un comique inattendu dans cette dernière scène. Cet affleurement du comique n’est pas rare chez Racine, mais il est inattendu dans une tragédie. Pyrrhus pourtant ici, dans ses incessantes contradictions (bien peu compatibles avec ses fonctions de roi, et le comique justement repose sur ce type de décalage), prête à sourire. Il est en effet dupe de lui-même, et en ce sens le spectateur, comme dans tout rapport comique, occupe une position de supériorité par rapport à lui, car il sait que Pyrrhus se ment et continue d’aimer Andromaque. À ce comique de caractère s’ajoute même un réel comique de gestes puisqu’à deux reprises (v. 680, p. 57 et v. 705, p. 58), il dit « Allons », s’apprête à sortir… et ne sort pas : « fausses sorties » hautement symboliques du piétinement du personnage.

Vers l’oral du Bac p. 61-63

Analyse de la scène 4 de l’acte II, v. 605-625, p. 53-54

☛ Dégager les fonctions de cette courte scène

Analyse du texte

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I. Un coup de théâtre : la surprise

a. Pyrrhus survient sur scène parce qu’il a pris une importante décision. Expliquez ce qu’il annonce à Oreste et précisez quelles sont les deux missions qu’il lui impose. Pyrrhus annonce à Oreste qu’il a décidé de livrer Astyanax (v. 614, p. 53). Il charge l’ambassadeur d’emmener le fils d’Andromaque, et d’annoncer à Hermione qu’il va l’épouser (v. 618-619, p. 54). Oreste représentera la Grèce à ce mariage (v. 621, p. 54). b. À la scène 3, Oreste triomphe ; à la fin de la scène 4, il est effondré. Montrez quel contraste est créé entre ces deux scènes. Le triomphe d’Oreste dans la scène 3 est marqué par le « oui » redoublé qui ouvre la tirade, l’emploi du futur (v. 591, p. 52), de l’impératif (v. 599, v. 600 et v. 604, p. 53) et la répétition anaphorique du « je » aux vers 592-593, p. 52 qui renvoient au volontarisme du personnage.

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Et dans cette scène 3, puisqu’il s’agit d’un monologue, on n’entend évidemment qu’Oreste ! À l’inverse, dans la scène suivante, il ne prononce quasiment que deux vers, on ne l’entend presque pas. L’annonce que lui fait Pyrrhus agit sur lui comme un couperet et le vers 625 n’est qu’un cri de souffrance. c. Oreste est le personnage le plus surpris du revirement de Pyrrhus. Dites si l’on pouvait prévoir ce revirement. Ce revirement était prévisible dans la mesure où l’acte I nous a déjà présenté un Pyrrhus assez irrésolu et capable de tout. Lors de sa dernière apparition d’ailleurs, à la fin de l’acte I, il semblait prêt à livrer Astyanax.

II. Un amoureux traumatisé : la pitié

a. Ne serait-ce que par sa fonction de roi, Pyrrhus est le maître du jeu et le sort de tous les personnages dépend de ses décisions. Analysez le rapport de force dans cette scène en expliquant pourquoi les répliques d’Oreste sont si brèves et en précisant quels procédés dans les répliques de Pyrrhus montrent qu’il est le maître de la situation. Au théâtre, et particulièrement chez Racine, celui qui a la maîtrise de la parole a la maîtrise de la situation. C’est le cas ici de Pyrrhus, qui prononce dix-sept des vingt vers que comporte la scène. Oreste n’a droit qu’à deux répliques, la première bien timide, l’autre très brève. Ces procédés montrent que Pyrrhus est maître de la situation : répétition du « je », volontaire et déterminé, en début de vers ; emploi du verbe « vouloir » (v. 617, p. 54) et des impératifs (v. 623, p. 54). C’est ici le roi qui parle. b. Oreste essaie de persuader Pyrrhus de renoncer à son projet. Dites ce que tente de dire et de faire Oreste dans les vers 615-616. Définissez le ton sur lequel doit être prononcé le vers 625, et quel jeu de scène doit accompagner la sortie d’Oreste pour faire comprendre aux spectateurs l’état d’esprit du personnage. Dans ces vers, Oreste tente timidement de pousser Pyrrhus à changer d’avis, en lui faisant remarquer qu’une paix fondée sur la mort d’un jeune innocent est à la fois injuste et fragile. L’argument est à la fois moral et politique. Pyrrhus ne répond qu’à l’argument politique, en rétorquant qu’il renforcera la paix par son mariage avec Hermione. Le vers 625 peut être lu sur plusieurs tons : ce peut être un soupir de désespoir comme un cri de colère contre les dieux qui s’acharnent sur Oreste. On peut dans tous les cas l’imaginer sortant de scène en levant les poings vers le ciel par exemple, ou au contraire les bras ballants, voûté, abattu et découragé. c. Le spectateur ne peut qu’être ému par la situation d’Oreste. Identifiez le registre dominant de cette scène. Il s’agit du registre pathétique, mis en valeur notamment par le renversement de situation, la brutalité du contraste entre le triomphe et les illusions de la scène 4 et l’effondrement du personnage dans la scène 5. On peut noter la progression de la tension dramatique dans cette scène : dans sa première tirade Pyrrhus annonce qu’il livrera Astyanax (v. 614, p. 53, enjeu politique, qui n’est pas aux yeux d’Oreste le plus important) ; on craint alors pour Oreste la pire des conséquences, qui ne se fait pas attendre. Dans sa deuxième tirade, Pyrrhus porte le coup de grâce : il épousera Hermione (v. 618-619, p. 54). Oreste n’a rien à répondre, il ne peut que gémir, crier sa douleur, en une interjection d’ailleurs caractéristique du pathétique : « Ah dieux ! » (v. 625, p. 54).

Les trois questions de l’examinateur

Question 1. Qu’appelle-t-on une péripétie ? Synonyme de revirement, la péripétie, définie par Aristote dans la Poétique, désigne un événement extérieur inattendu qui crée un effet de surprise et bouleverse les héros en modifiant la situation des héros. Elle fait toujours progresser l’action dramatique. Question 2. Pourquoi et comment la phrase « Je l’épouse » (v. 619) est-elle mise en valeur ? La phrase est mise en valeur parce qu’elle est en position de rejet et qu’elle déstabilise l’organisation rythmique du vers, la césure intervenant au troisième pied, et non au sixième. Par sa brièveté elle fait sur Oreste l’effet d’un couperet car si Pyrrhus épouse Hermione, tous ses espoirs disparaissent. Question 3. Comment mettriez-vous en scène ce passage ? On peut imaginer Pyrrhus très droit, très raide, assez froid, en position de supériorité face à un Oreste d’abord frappé d’étonnement, puis désespéré. Ce dernier devra sortir de scène en soupirant, par exemple penché en avant comme s’il portait tout le poids du désespoir sur son dos.

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Arrêt sur lecture 3

p. 84-88

Pour comprendre l’essentiel p. 84-85

Un spectateur tenu en haleine

La décision de Pyrrhus d’épouser Hermione et de livrer Astyanax a des répercussions sur la conduite d’Oreste, d’Hermione et d’Andromaque. Précisez quelles sont les différentes conséquences de la décision que prend Pyrrhus à l’acte II. La décision de Pyrrhus engendre la fureur d’Oreste qui décide d’enlever Hermione de force (v. 714, p. 65), se découvrant à nous sous un nouveau jour, celui de l’agressivité. Hermione pour sa part laisse éclater sa joie (v. 857, p. 72), et Andromaque se jette coup sur coup aux pieds d’Hermione (v. 860, p. 73) et de Pyrrhus (v. 915-916, p. 77) pour les supplier d’épargner son fils, et prend ainsi de nouvelles dimensions. Le revirement de Pyrrhus met donc à jour de nouvelles facettes des personnages tout en relançant l’action dramatique. Face à l’ultimatum de Pyrrhus, Andromaque est déchirée par un douloureux dilemme. Montrez que les trois dernières scènes de l’acte III ont également pour fonction de relancer l’action. Ces scènes relancent l’action parce qu’elles reposent à la fois sur un nouveau revirement de Pyrrhus et sur l’indécision d’Andromaque. En effet, à la scène 6, marquée par une très forte tension (c’est pour Andromaque l’entrevue de la dernière chance), la veuve parvient à toucher le roi qui, à la scène 7, renouvelle son offre : si elle se marie avec lui, il protège son fils (v. 965-968, p. 79). La dernière scène enfin s’achève, comme on va le voir dans la réponse suivante, sur une absence de décision : face à l’alternative du roi, Andromaque décide d’aller consulter son époux défunt (v. 1048, p. 83)… La fin de l’acte ménage bel et bien un effet de suspens. « Allons sur son tombeau consulter mon époux » (v. 1048). Ce dernier vers de l’acte III est très marquant pour le spectateur. Précisez l’effet qu’il produit en vous demandant s’il laisse imaginer la suite. Repérez dans ce même vers une allitération et dites pourquoi elle confère au vers une tonalité sombre. Ce dernier vers est marquant parce qu’il laisse une suite très ouverte : tout est encore possible, Andromaque n’a rien décidé… Mais il est également marquant du point de vue phonique, grâce à la belle allitération en nasales [on], le plus souvent accentuées, renforcée par la nasale accentuée [ou] qui clôt le vers. « Allons sur son tombeau consulter mon époux ». Ce sont ces voyelles sourdes qui confèrent au vers sa tonalité sombre.

Les rapports de force entre les personnages

Les scènes 2 et 3 sont dominées par l’hypocrisie et la dissimulation. Montrez qu’Oreste et Hermione ne cessent de se mentir et précisez quelles peuvent être les conséquences de leurs mensonges. Dans la scène 2, Hermione est d’une stupéfiante mauvaise foi : alors qu’elle est folle de bonheur d’épouser Pyrrhus parce qu’elle l’aime, elle explique à Oreste qu’elle ne l’épouse que par devoir et par obéissance, parce que son père en a décidé ainsi (v. 819-824, p. 70-71). Oreste de son côté dissimule sa fureur et son projet d’enlèvement en feignant de se soumettre au sort. À la fin de la scène précédente, Pylade lui avait d’ailleurs conseillé de « dissimule[r] » (v. 800, p. 69), conseil que l’on retrouve dans la bouche de Cléone à la fin de la scène 3 (v. 855, p. 72). Dans cette même scène 3, c’est surtout Hermione qui se ment à elle-même, notamment au vers 846, p. 72 : « s’il m’épouse, il m’aime », et au vers 854, p. 72, quand elle parle de la fidélité de Pyrrhus — un comble quand on sait que depuis le début de la pièce Hermione a une rivale ! Dans l’acte III, tous les confidents sont sur scène et tous ont un statut particulier. Comparez les différentes relations qui unissent chaque personnage à son confident. Les confidents jouent dans cet acte un rôle important. Cléone ne suit pas sa maîtresse aveuglément : elle n’hésite pas à la rappeler sévèrement à l’ordre et à lui dire des vérités cruelles ; à la différence d’Hermione d’ailleurs, elle est touchée par la douleur d’Andromaque (v. 855-856, p. 72). De même Phœnix, plus lucide que son maître, tente souvent de ramener Pyrrhus à la raison d’État (v. 894, p. 75). D’ailleurs, quand Pyrrhus est près de céder à Andromaque, à la fin de la scène 6, il le congédie (v. 947, p. 78). Phœnix est comme la mauvaise conscience de son maître. Andromaque est plus proche de sa confidente, elles parlent

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presque comme des amies, et Céphise partage pleinement les émotions de sa maîtresse (v. 981-983, p. 80). Il en est de même pour Oreste et Pylade, le second toutefois essaye sans cesse d’apaiser les fureurs du premier et de le ramener à la réalité (v. 709-710, p. 65) : il lui parle presque comme à un malade (ce qui annonce le sort d’Oreste à la fin de la pièce). Dans l’acte III, Andromaque doit faire face à plusieurs adversaires. Identifiez ces opposants et montrez que l’héroïne acquiert au fil de ces scènes une nouvelle dimension, où se mêlent grandeur d’âme et tristesse. Andromaque affronte deux opposants principaux : Hermione (scène 4) et Pyrrhus (scène 6). Au cours de ces entrevues, elle se montre en position de suppliante, aux genoux de ses bourreaux. Humble, elle est prête, pour sauver son fils, à renoncer à tout, à cacher Astyanax pour ne lui « [apprendre] qu’à pleurer » (v. 880, p. 74). Elle est même prête à mourir (v. 902, p. 76). Elle est émouvante tant dans l’expression de son amour maternel que dans sa colère découragée à la fin de la scène 6. On peut noter la fréquence des marques affectives dans cette dernière tirade (v. 925-946, p. 77-78). On pourra également insister sur l’habileté de l’argumentation d’Andromaque dans les deux scènes.

La supplication d’Andromaque à Hermione (scène 4)

Andromaque veut émouvoir sa rivale. Précisez à quels sentiments d’Hermione elle fait successivement appel dans sa prière. Dès le début de la scène, Andromaque précise qu’elle ne vient pas en tant que rivale (v. 861-864, p. 73). Elle s’adresse à Hermione d’abord de mère à (future) mère (v. 867872, p. 73) : elle fait donc appel au sentiment maternel et tente d’établir avec elle une sorte de complicité féminine (« Vous saurez quelque jour » v. 867, p. 73). Puis, dans les vers 873-876, elle lui rappelle le service qu’elle lui a rendu durant la guerre de Troie en sauvant sa mère Hélène, et lui demande une forme de réciprocité : Hermione peut influencer Pyrrhus comme Andromaque a pu influencer Hector. Elle s’adresse alors à elle d’épouse à épouse, et fait en même temps appel à son honneur. Dans les vers 877 à 880, enfin, elle rassure sa rivale en lui montrant qu’elle n’aura rien à craindre de son fils et tente de susciter en elle une certaine compassion. En repérant quelques procédés caractéristiques (interrogations, exclamations, interjections), précisez de quel registre relève la tirade d’Andromaque. C’est le registre pathétique qui domine dans cette tirade, comme le prouve l’emploi du champ lexical de la souffrance (« pleurante » v. 860, « larmes » v. 861, « cruelle » v. 863, « trouble mortel » v. 870, p. 73, « pleurer » v. 880, p. 74, qui est le terme sur lequel se clôt la tirade). Le rappel d’événements pénibles (v. 863-866 et v. 873-874, p. 73), la fidélité au mari défunt et le dévouement maternel renforcent encore le pathétique, de même que les marques affectives avec des interrogations rhétoriques (v. 858-860 et v. 877, p. 73) ou la récurrence de l’interjection « hélas ! » (v. 863 et v. 873, p. 73). On peut douter de la compassion d’Hermione. Commentez sa réaction en vous demandant sur quel ton prononcer les vers 881-886. La réponse d’Hermione, que l’on imagine prononcée sur un ton glacial, témoigne simultanément de sa mauvaise foi (elle se cache derrière son « devoir » et la décision de son père) et de son dépit amoureux (quand elle rappelle à Andromaque qu’elle a tout pouvoir sur le cœur de Pyrrhus aux vers 884-885, p. 74). Hermione d’ailleurs ne partage pas les douleurs d’Andromaque, elle les « conçoit » — verbe dont le sens intellectuel exclut toute idée d’émotion ou de compassion.

Vers l’oral du Bac p. 86-88

Analyse de la scène 8 de l’acte III, v. 992-1011, p. 80-81

☛ Analyser l’expression du souvenir dans cette tirade

Analyse du texte

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I. La résurrection d’un passé douloureux

a. Le récit que fait Andromaque de la dernière nuit de Troie est particulièrement précis et organisé. Étudiez les différents mouvements de ce passage et montrez que l’héroïne revit et met en scène son propre souvenir. 1. • v. 992-996, p. 80-81 : les morts cruelles d’Hector et de son père. 2. • v. 997-1005, p. 81 : élargissement et évocation de la dernière nuit de Troie. • v. 997-998 : élargissement avec évocation de la nuit en général. • v. 999-1002 : focalisation sur la figure de Pyrrhus. • v. 1003-1004 : nouvel élargissement avec évocation d’un univers sonore. • v. 1005 : focalisation sur la figure d’Andromaque.

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3. • v. 1006-1011, p. 81 : bilan et prise de décision. • v. 1006-1008 : bilan, marqué par la répétition anaphorique de « voilà », avec retour progressif à la réalité présente. • v. 1009-1011 : prise de décision, marquée par le « non ». Il s’agit donc bien d’une évocation organisée, avec des personnages principaux (Hector, Priam, Pyrrhus, Andromaque), des figurants (les « frères morts » v. 1001, les vainqueurs, les mourants) et un décor (la nuit, les « palais brûlants » v. 1000). Andromaque revit et revoit la scène en même temps. Elle est à la fois actrice et spectatrice, puisqu’elle s’objective, au vers 1005, en parlant d’elle à la troisième personne. C’est également ce que suggère l’expression « s’offrir à ma vue » au vers 1006. b. C’est une Andromaque submergée d’émotion qui relate dans cette tirade la destruction de son peuple. En dégageant les procédés par lesquels le personnage s’implique dans son propre récit, et en vous appuyant sur les figures de répétition, vous vous demanderez comment se manifeste son émotion. L’émotion du personnage transparaît à travers : — l’emploi répété de l’interrogation (marque affective) dans les cinq premiers vers ; — les nombreuses répétitions anaphoriques (« dois-je oublier » v. 992 et v. 993, « songe » v. 997, « voilà » v. 1006 et v. 1008) ; — l’emploi du « non » au vers 1009 qui donne une certaine vivacité à la tirade. ; — l’irrégularité du rythme de certains vers (comme le vers 1009 justement, dans lequel la césure est déplacée après le premier pied), ou encore les enjambements ; — les procédés par lesquels le personnage s’implique dans son propre discours : emploi de la première personne du singulier et du pluriel (pronoms personnels « je », « me », adjectifs possessifs « nos », « mes »). c. Andromaque cherche à faire partager son désarroi à sa confidente, en lui mettant sous les yeux le tableau de ces horreurs. Identifiez les procédés auxquels elle a recours pour y parvenir. Le récit de la dernière nuit de Troie constitue une hypotypose. Pour mettre le tableau sous les yeux de la confidente, et par la même du spectateur, Andromaque utilise d’abord des questions rhétoriques dans les cinq premiers vers (elles font participer l’auditeur au récit). Mais surtout, elle a recours en début de vers à la répétition de verbes de perception à l’impératif (adresses directes) : « songe » (v. 997, p. 81), « figure-toi » (v. 999, p. 81), « peins-toi » (v. 1005, p. 81). Nous remarquons la progression sémantique de ces verbes, qui renvoient à une perception de plus en plus précise. L’emploi des participes présents (« entrant » v. 1000, « se faisant » v. 1001, « échauffant » v. 1002, p. 81) fait également revivre la scène et participe de l’hypotypose.

II. Une scène épique

a. Les thèmes de la guerre, de la lutte héroïque et de la mort au combat sont caractéristiques du registre épique. Repérez-les dans ce passage. Ce n’est pas tant les champs lexicaux de la guerre et de l’héroïsme qui dominent que celui du massacre. En effet, Racine ne donne pas ici une vision héroïque de la guerre, comme le montre bien l’emploi ironique du mot « exploits » (v. 1007, p. 81). Le champ lexical du massacre et de la mort s’impose par les termes : « ensanglantant » (v. 996, p. 81), « morts » (v. 1001, p. 81), « carnage » (v. 1002, p. 81), « vainqueurs » (v. 1003, p. 81), « mourants » (v. 1003, p. 81), « expirants » (v. 1004, p. 81). Comme dans tout texte épique, ce récit esquisse la figure d’un combattant sans pitié (Pyrrhus) luttant seul contre de nombreux ennemis qu’il finit par écraser. Mais à la différence d’un héros d’épopée antique comme Ulysse ou d’un héros de chanson de gestes comme Roland, c’est moins le courage et l’héroïsme de Pyrrhus qui priment que sa cruauté. b. Les effets de grossissement sont essentiels dans l’épopée. Dégagez ici le caractère hyperbolique de l’évocation, en examinant par exemple la valeur des pluriels et de l’indéfini de la totalité « tout ». Aucune modalisation n’est présente dans ce récit. Les effets de grossissements sont permis par l’élargissement métaphorique (de la « nuit cruelle » à la « nuit éternelle »), par les indéfinis de la totalité (« tout un peuple » v. 998, « tous mes frères » v. 1001, p. 81), l’adverbe « tout » qui marque le degré absolu (« tout couvert » v. 1002, p. 81), ou encore les pluriels de l’indistinction, qui revêtent une réelle valeur hyperbolique : « mes frères morts » (v. 1001, p. 81), « cris des vainqueurs », « cris des mourants » (v. 1003, p. 81), « ces horreurs » (v. 1005, p. 81), « ses crimes » (v. 1009, p. 81).

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III. Un véritable tableau

a. Comme dans un tableau, les acteurs principaux de cette terrible nuit ont tous une place précise. Justifiez cette analyse. Le récit de la dernière nuit de Troie est organisé comme un tableau. Au premier plan et au centre : Pyrrhus, ses victimes à terre, et un peu en arrière Andromaque « éperdue » (v. 1005, p. 81), avec le cadavre du vieux Priam à ses pieds. En toile de fond : les palais qui brûlent dans la nuit (v. 1000, p. 81). On peut imaginer au loin, au-delà des murailles assiégées de Troie, le corps

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d’Hector traîné ou abandonné. Certes dans L’Iliade, ces événements n’ont pas tous lieu au même moment, mais c’est justement le propre de l’art pictural (qui n’est pas chronologique, pas diachronique, pas linéaire) de synthétiser des événements. b. Ces vers sont dominés par certaines couleurs. Précisez lesquelles et montrez quelle atmosphère elles contribuent à créer. Ce texte constitue une véritable symphonie en noir et rouge. Noir de la nuit bien sûr, de l’ombre et du deuil. Rouge du sang (v. 996 et v. 1002, p. 81), des flammes et de l’ivresse meurtrière (« échauffant » v. 1002, p. 81). Ces deux couleurs dominantes contribuent à créer une atmosphère tragique et dramatique, le rouge et le noir se rejoignant symboliquement dans l’idée de mort. c. Tout en clair-obscur, ce tableau accorde une large part aux jeux de lumière. Analysez-les en vous demandant s’ils ne revêtent pas une portée symbolique. Ce tableau est fondé sur une série de contrastes entre l’ombre et la lumière : ombre de la nuit qui s’oppose à la clarté du feu (« brûlants » v. 1000, « flamme » v. 1004, p. 81), aux éclairs de lumière lancés par les épées (« fer » v. 1004, p. 81), et même aux étincelles de haine qui luisent dans les yeux de Pyrrhus (v. 999, p. 81). Par-delà la dimension purement visuelle et esthétique, ces jeux de lumière peuvent renvoyer symboliquement à l’idée de la lutte entre le bien et le mal, ou de façon plus concrète à l’idée de disparition du peuple troyen, comme si celui-ci passait de la lumière à l’ombre, comme si Troie jetait ici ses derniers feux avant de sombrer dans la « nuit éternelle » de la mort et de l’oubli.

Les trois questions de l’examinateur

Question 1. Quelles sont les fonctions de cette tirade ? Cette tirade revêt une fonction psychologique d’une part (il s’agit de peindre les états d’âme du personnage, et de toucher le spectateur) et une fonction esthétique d’autre part (la littérature ici entre en concurrence avec la peinture). En revanche, elle n’a aucune fonction dramatique puisqu’elle ne fait pas progresser l’action, Andromaque ne prenant aucune décision ferme. Question 2. Quelle différence faites-vous entre une tirade et un monologue ? Une tirade est une longue réplique adressée par un personnage à un autre, alors que le monologue est un long discours qu’un personnage s’adresse à lui-même. C’est la nature du destinataire qui fait la différence, et non la solitude du personnage sur scène, car un héros peut prononcer un monologue en présence d’un confident. Question 3. En quoi Andromaque reflète-t-elle les grands principes du classicisme ? Rappeler la définition d’une tragédie (voir fiche 6, p. 140-141), puis les grands principes théâtraux du classicisme (voir fiche 7, p. 142-143), en montrant que Racine les respecte dans Andromaque.

Arrêt sur lecture 4

p. 106-110

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Pour comprendre l’essentiel p. 106-107

Un acte essentiel pour la progression de l’action

Dans l’acte IV, les principaux personnages de la tragédie — Andromaque, Pyrrhus, Hermione — prennent une décision sur laquelle la plupart ne reviendront pas. Relevez ces différentes décisions et montrez que l’action dramatique se trouve ainsi définitivement fixée. Andromaque a décidé d’épouser Pyrrhus et de se suicider ensuite, en laissant son fils sous la protection de son nouvel époux (v. 10911096, p. 91). Hermione, elle, veut la mort de Pyrrhus, et elle charge Oreste de l’assassiner (v. 1072, p. 90) pour s’enfuir ensuite avec lui. Quant à Pyrrhus, il a décidé, puisqu’Andromaque a accepté le marché,

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de se marier avec son esclave (v. 1281, p. 100). Les personnages ne reviendront pas à proprement parler sur ces décisions. Pyrrhus sera en effet assassiné par Oreste, et cet assassinat scellera le sort des autres protagonistes. Il permettra toutefois à Andromaque de revenir sur son projet de suicide, et à l’inverse il poussera Hermione vers la mort et non dans les bras d’Oreste. Un personnage dans cet acte est plus présent sur scène que tous les autres. Identifiez-le et expliquez ce choix du dramaturge. Hermione est présente dans quatre des six scènes que comporte cet acte IV. On peut expliquer cette importance par le fait que c’est le personnage le plus menaçant, le plus inquiétant, et que c’est son projet d’assassinat qui va finalement fixer l’action dramatique et précipiter le dénouement. Les projets des protagonistes, et d’Hermione notamment, laissent présager le pire. Relevez les indices qui, tout au long de l’acte, annoncent un dénouement funeste. Le refus d’Hermione de se résigner à la perte de Pyrrhus constitue finalement le seul véritable obstacle à une solution d’apaisement des conflits. C’est pourquoi sa fureur est annonciatrice d’un dénouement funeste. La faiblesse d’Oreste à la scène 3 (qui nous assure de l’exécution du projet d’Hermione) et les maladresses de Pyrrhus à la scène 5 (qui ne font qu’offenser davantage la jeune femme) achèvent de nous inquiéter, et Phœnix exprime au fond les inquiétudes du spectateur quand il fait part de ses craintes au roi, à la fin de l’acte (v. 1387-1391, p. 105). De fait, on ne reverra plus Pyrrhus sur scène.

L’exacerbation des passions

L’amour que porte Hermione à Pyrrhus est très différent de celui qu’Andromaque continue d’éprouver pour son époux défunt. Distinguez au moins trois types d’amour qui apparaissent dans cet acte. Les trois types d’amour qui apparaissent dans cet acte sont : — L’amour d’Andromaque pour Hector : amour conjugal fidèle, qui s’exprime plutôt sur le mode pathétique et élégiaque. — L’amour d’Hermione pour Pyrrhus : « amour-passion » qui n’est jamais loin de la haine et du désir de mort, et qui s’exprime plutôt sur le mode tragique. — L’amour d’Oreste pour Hermione : amour galant d’un chevalier servant sa dame, qui s’exprime plutôt sur le mode lyrique. Pour des raisons politiques et morales, Oreste est réticent à assassiner le roi d’Épire. Dans la scène 3, relevez les arguments auxquels Hermione a recours pour le persuader, et précisez celui qui se montre finalement efficace auprès du jeune prince éperdu d’amour. Hermione a recours à cinq arguments pour convaincre Oreste : — Premier argument (galant) : puisque vous m’aimez et que j’ai été offensée, vous devez me venger (v. 1188-1195, p. 96). — Deuxième argument : tant que Pyrrhus sera en vie, je pourrai lui pardonner et l’aimer à nouveau (v. 1196-1200, p. 96). — Troisième argument : durant les noces, Pyrrhus est sans défense, facile à tuer (v. 1217-1220, p. 97). — Quatrième argument (politique) : en ne livrant pas Astyanax, non seulement Pyrrhus me fait outrage, mais il vous offense et offense tout le peuple grec (v. 1224, p. 97). — Cinquième argument : puisque vous hésitez à le tuer, je le ferai moi-même, et je me tuerai ensuite pour le rejoindre dans la mort (v. 1241-1248, p. 98). C’est ce dernier argument qui fait céder le jeune amoureux, qui ne peut supporter l’idée que disparaisse celle qu’il aime. En tant que roi, Pyrrhus doit protéger son peuple ; en tant qu’ambassadeur, Oreste est chargé d’une mission diplomatique. Analysez le comportement de ces personnages face à leurs responsabilités d’hommes publics. En vous aidant de la fiche 4 (p. 136), tirez de cette analyse des conclusions sur les rapports entre passion amoureuse et fonction politique dans Andromaque. Pyrrhus comme Oreste ont pour devoir politique de sauvegarder la paix, mais l’un comme l’autre la sacrifient en faisant primer leurs intérêts personnels. En épousant Andromaque, Pyrrhus s’engage à ne pas livrer Astyanax aux Grecs — ce qui revient à leur déclarer la guerre. De même, en cédant aux désirs meurtriers d’Hermione, Oreste s’apprête à tuer le roi d’Épire, et donc à violer les lois sacrées de l’hospitalité tout en perpétrant un assassinat politique qui lui aussi ne peut déboucher que sur une guerre. On voit donc bien que dans Andromaque, la politique est soumise aux mouvements du cœur, aux pulsions et aux intérêts passionnels des individus.

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Andromaque, Hermione, Oreste : des figures tragiques diverses

On parle de registre élégiaque pour caractériser l’expression du regret et de la plainte. En attribuant l’usage de ce registre au seul personnage d’Andromaque, Racine la place au-dessus des autres héros dans l’échelle des valeurs morales. Brossez le portrait d’Andromaque à partir de l’analyse de la scène 1, en précisant la noble mission qu’elle confie à Céphise. C’est dans la scène 1 qu’Andromaque

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apparaît pour la dernière fois de la pièce, et elle y acquiert une grandeur d’âme et une noblesse exceptionnelles. Contrairement à Pyrrhus ou à Oreste justement, elle remplit ses devoirs d’épouse fidèle (puisqu’elle se tuera après le mariage avec le roi) et de mère (puisqu’elle confie son fils à Pyrrhus et à Céphise). Elle accepte de se sacrifier pour son fils, sans en tirer de la gloire, avec beaucoup de modestie, comme le prouvent les vers 1117-1118, p. 92 et l’opposition entre « tous les jours » et « quelquefois », qui montre que même dans la mort elle s’efface derrière Hector. Elle confie à Céphise la noble mission de protéger son fils en veillant à ce que Pyrrhus respecte ses engagements (v. 1107, p. 91), mais aussi de perpétuer la mémoire du peuple de Troie en faisant connaître à Astyanax les exploits de ses ancêtres (v. 1113, p. 92). En ce sens, elle remplit aussi son devoir de dernière survivante troyenne. Dans la scène 1, Andromaque propose un portrait de Pyrrhus qui n’est pas si critique qu’on pourrait l’attendre. Montrez qu’elle donne du roi d’Épire une image contrastée. On pourrait s’attendre en effet à ce qu’Andromaque donne de son bourreau une image très négative. Il n’en est rien. Elle fait confiance à Pyrrhus pour se comporter comme un père et pour protéger Astyanax des Grecs (v. 10851086, p. 90). Étonnamment elle croit en sa droiture, elle le sait « violent » mais aussi « sincère » par opposition du vers 1085, p. 90 qui résume admirablement l’aspect contrasté de la personnalité de Pyrrhus. Ce jugement nuancé montre une fois de plus, s’il en était besoin, la lucidité d’Andromaque, qui ne cède jamais à la pulsion aveugle. Le face-à-face entre Hermione et Oreste à la scène 3 confirme ou révèle la personnalité sinon opposée, du moins différente des deux héros. Précisez quels traits de caractère d’Hermione d’une part, d’Oreste d’autre part, ressortent de cette scène. Personnage décidément très noir, Hermione confirme dans cette scène son orgueil démesuré (« je veux qu’à mon départ toute l’Épire pleure » v. 1169, p. 95), sa violence et son impatience. Vivant dans l’instant, incapable d’envisager un futur sans Pyrrhus, elle se laisse aller sans réflexion, sans recul, à son impulsivité. Mais elle se présente aussi comme une manipulatrice, prête à tout pour obtenir d’Oreste ce qu’elle veut, quitte à mentir et à se comporter comme une parjure, puisqu’elle fait des promesses qu’elle ne tiendra pas. Elle profite de l’amour innocent qu’éprouve Oreste pour arriver à ses fins. Elle se comporte comme une véritable enfant gâtée, égoïste et sans scrupule. En face d’elle, Oreste est un personnage plus touchant. Par la joie qui l’anime et ses illusions tout d’abord, au début de la scène, quand il croit qu’Hermione désire le voir pour organiser sa fuite avec lui (v. 1147-1151, p. 94). Il garde également un certain sens de l’honneur, comme le prouvent ses réticences à tuer Pyrrhus : il est conscient de ses devoirs d’ambassadeur, d’avoir pris sur lui « le soin de tout l’État » (v. 1183, p. 96) et de commettre un régicide, le crime le plus grave au nl __e siècle. Mais peu à peu il cède et sa faiblesse se fait jour : dès les vers 1201-1213, p. 97, il est déjà prêt au meurtre, même s’il tente de gagner du temps, et le dernier argument d’Hermione a finalement raison de ses derniers scrupules. Oreste est plus touchant parce qu’il est autant victime que coupable.

Vers l’oral du Bac p. 108-110

Analyse de la scène 5 de l’acte IV, v. 1356-1386, p. 103-104

☛ Examiner sous quelles formes s’exprime la passion amoureuse dans cette tirade

Analyse du texte

I. L’expression de la jalousie et de la violence

a. Soit par ses remarques, soit par son silence, Pyrrhus, venu pourtant se justifier, se montre particulièrement malhabile dans cette scène. Montrez comment il déclenche la colère d’Hermione au vers 1356 et au vers 1375. Au vers 1356, p. 103 : Pyrrhus croit ce qui l’arrange, à savoir qu’Hermione ne l’aimait pas et ne voulait l’épouser que par devoir. Très maladroitement, il suppose donc que la jeune femme n’éprouvait rien pour lui — ce qu’Hermione, dévorée par la passion, ne peut supporter. Le vers 1375 contient en fait une didascalie interne. Hermione vient de demander à Pyrrhus de différer son mariage et attend une réponse, qui ne vient pas. Non seulement Pyrrhus ne répond pas (il pourrait, quitte à mentir, accepter la proposition d’Hermione), mais il manifeste même des mouvements d’impatience (v. 1376-1378, p. 104) et cherche Andromaque des yeux (v. 1379, p. 104). Il n’en faut pas plus pour réveiller la jalousie d’Hermione et la faire redoubler de colère. b. Des invectives sont des paroles violentes et injurieuses, proches des insultes ; elles sont liées au registre polémique. Étudiez la violence de certains vers dans cette tirade en vous appuyant sur les termes et les procédés qui relèvent de l’invective. Commentez en particulier l’expression « ta Troyenne » (v. 1377). De nombreux adjectifs et substantifs péjoratifs comme « cruel » (répété aux vers 1356, p. 103 et 1366, p. 104), « parjure » (v. 1362, p. 103), « ingrat » (v. 1368, p. 104), « perfide » (v. 1375,

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p. 104), mais aussi « tes infidélités » (v. 1359, p. 103), « m’abandonne » (v. 1385, p. 104), relèvent de l’invective. Nous remarquons également de nombreux procédés caractéristiques : l’adresse directe, notamment les apostrophes et les impératifs, omniprésents tout au long de la tirade. La cruauté de Pyrrhus est également mise en valeur dans l’alliance de mots du vers 1367, p. 104 : « tranquillement »/« annoncer le trépas ». L’expression « ta Troyenne » est très péjorative : elle reflète le mépris d’Hermione pour sa rivale, qui n’est à ses yeux qu’une étrangère. « Troyenne » rappelle d’ailleurs qu’Andromaque est dans le camp des vaincus. c. À plusieurs reprises, Hermione laisse entendre qu’elle se vengera : ses menaces sont à peine voilées. Expliquez ce qu’il y a de menaçant et d’inquiétant dans ses propos. Analysez le jeu des sonorités dans le vers 1386 et précisez l’effet produit. Une première menace apparaît au vers 1373, p. 104, qui peut être compris de deux façons différentes : Hermione parle à Pyrrhus pour la dernière fois soit parce qu’elle va mourir, soit parce que Pyrrhus va mourir… Les menaces se font plus explicites à partir du vers 1382, p. 104. Elle promet au roi la colère des dieux, offensés par le parjure de Pyrrhus, et finit par annoncer qu’il la retrouvera encore « au pied des autels » (v. 1385, p. 104), qu’elle sera donc là, près de lui, pour son mariage — et cette présence ne laisse rien présager de bon. Le vers 1386 est marqué par un jeu d’allitération en [r] liquides : « Va, cours. Mais crains encor d’y trouver Hermione ». Cette allitération crée comme un effet de sourd grognement de colère, lourd de menaces.

II. L’expression du déchirement et de l’aliénation

a. Cette scène nous met en présence d’un personnage fortement déstabilisé. Dégagez les signes de cette déstabilisation intérieure en étudiant par exemple les jeux de répétition, l’usage des marques affectives (exclamations et interrogations) et de la juxtaposition. De nombreux procédés dans cette tirade montrent que le personnage est dominé par ses émotions et ne parvient plus à produire un discours raisonné. La syntaxe est élémentaire, les propositions indépendantes juxtaposées les unes aux autres, et très peu de connecteurs sont utilisés pour exprimer un lien logique. Le rythme d’ensemble est d’ailleurs plutôt haché, il y a très peu d’enjambement, en général un vers correspond à une phrase, et on a même parfois deux courtes phrases en un seul vers. D’autres signes de déstabilisation peuvent être relevés : les modalités interrogatives (v. 1356, p. 103, v. 1365 et v. 1375, p. 104) ; les répétitions anaphoriques de « je » aux vers 1356-1359, et 1361-1363, p. 103 ; de « tu » au vers 1379, p. 104 ; de « va » aux vers 1381-1382 et 1386, p. 104 ; la répétition de « dieux » au vers 1383, p. 104. b. Suivant qu’elle emploie le « vous » ou le « tu », Hermione met ou pas à distance sa passion pour Pyrrhus. Justifiez l’usage des pronoms personnels de la deuxième personne tout au long du texte et dégagez, à partir de cette alternance, la structure de la tirade. — v. 1356 à 1368, p. 103-104 : emploi du « tu ». — v. 1369 à 1375, p. 104 : emploi du « vous ». — v. 1376 à 1386, p. 104 : retour à l’emploi du « tu ». Quand Hermione emploie la deuxième personne du singulier, c’est qu’elle est dominée par sa passion et ne parvient plus à se contrôler. Elle a d’ailleurs recours au « tu » les deux fois où Pyrrhus commet une maladresse et où elle explose de colère. C’est alors à l’amant qu’elle parle. À l’inverse, elle emploie le « vous » quand elle se ressaisit, qu’elle retrouve la maîtrise de ses émotions et les met à distance. À ce moment, elle feint la résignation et s’adresse moins à l’amant qu’au roi (« Seigneur » v. 1369, p. 104). c. Hermione, tout en restant lucide, se sent dépassée, et même dépossédée d’elle-même par son amour. Justifiez cette remarque en vous appuyant sur les vers 1365-1368, et précisez en quoi elle renonce à son honneur et à sa dignité dans cette tirade. Hermione a conscience de ses contradictions intérieures. Aux vers 1365-1368, p. 104, elle dit explicitement qu’elle aimait Pyrrhus même quand il lui était infidèle, et que même en ce moment où il vient lui « annoncer le trépas » (en lui annonçant qu’il épouse Andromaque, il la tue), elle continue encore de l’aimer. C’est en ce sens qu’elle renonce à sa propre dignité : alors que Pyrrhus ne cesse de la repousser et de l’offenser, elle ne peut s’empêcher de l’aimer, faisant même honte à son peuple (v. 1360, p. 103).

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Les trois questions de l’examinateur

Question 1. Commenter le terme de « cruelle » au vers 1366. Ce terme relève du vocabulaire galant, et a dans ce cadre un sens figuré et hyperbolique : est cruel celui qui reste indifférent à l’amour de l’autre. Mais Racine ici revivifie le mot en le faisant glisser du champ de la galanterie à celui de la tragédie. En effet, il ne s’agit plus d’une image hyperbolique, le mot reprend son sens propre et renvoie à une réalité : celle de la mort. En refusant de l’aimer, Pyrrhus condamne Hermione à la mort, il la tue littéralement, il vient bel et bien lui « annoncer le trépas » (v. 1367, p. 104).

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A ndroma qu e

Question 2. En quoi Hermione apparaît-elle comme une héroïne tragique dans ce passage ? Hermione a ici toutes les caractéristiques du héros tragique telles que les a définies Aristote (voir « Rappelez-vous » p. 107). Hermione est à la fois coupable et victime (coupable de manipuler Oreste et de vouloir la mort de Pyrrhus, mais victime des tergiversations et de l’indifférence de ce dernier). Elle effraie le spectateur par sa brutalité mais suscite aussi en lui de la compassion. Hermione est également une révoltée, incapable de se maîtriser, perdant tout contrôle de soi, et déchirée entre l’amour et la haine, la tendresse et la fureur. Elle est écrasée par la fatalité, qui revêt ici la forme de la passion amoureuse puisque chez Racine, comme chez son modèle grec Euripide, la fatalité est intériorisée. Question 3. Quels sont les enjeux dramatiques de cette scène 5 ? Cette scène à proprement parler ne fait pas avancer l’action. Elle est toutefois l’occasion pour l’auteur d’accentuer la tension dramatique : par sa maladresse, Pyrrhus se condamne définitivement (v. 1281-1298, p. 100-101), et à la fin de cet acte, le spectateur se doute qu’il ne le reverra plus. Mais surtout cette scène permet à Racine de répondre aux attentes du spectateur : en effet, c’est la seule et unique scène de la pièce qui met en présence Hermione et Pyrrhus, et le spectateur espérait cet entretien. En ce sens, cette scène est ce que l’on appelle une « scène à faire ».

Arrêt sur lecture 5

p. 124-129

Pour comprendre l’essentiel p. 124-125

Un dénouement de tragédie classique, moral et terrifiant

Au XVIIe siècle, la tragédie constitue une école de moralité : les méchants doivent y être châtiés, et les bons au contraire doivent survivre. Dressez un bilan du sort de chaque personnage en montrant que le dénouement de la pièce est moral. Pyrrhus, guerrier sanguinaire et bourreau d’Andromaque, est assassiné. Hermione, princesse égoïste et manipulatrice, se suicide. Oreste, amoureux trop aveugle et régicide, devient fou — ce qui est une sorte de mort à soi-même. Seule Andromaque, victime qui s’est tout au long de la pièce distinguée par sa lucidité, son courage et sa grandeur d’âme, est épargnée. D’esclave elle est même devenue reine tout en sauvant son fils. Même si elle reste ouverte, la pièce s’achève clairement sur la victoire du bien. Suivant la théorie de la catharsis, la tragédie doit provoquer terreur et pitié. En vous intéressant à la violence des récits et en revenant sur le sort des personnages, montrez que l’acte V suscite ces deux sentiments chez le spectateur. On a finalement pitié de tous les personnages parce qu’ils meurent tous d’amour et que leur mort est l’aboutissement d’une souffrance longue et aiguë. On peut compatir avec eux, avec Oreste surtout peut-être, plus victime que coupable, en tout cas plus faible que méchant. Jusqu’au bout d’ailleurs il aura des scrupules (v. 1497-1498). La terreur, elle, vient avant tout de la violence des récits, de leur dramatisation et de leurs détails aussi précis que sanglants. « coups » (v. 1412, p. 112, v. 1519, v. 1527, v. 1533, p. 117 et v. 1631, p. 122), « frapper » (v. 1516, p. 116 et v. 1612, p. 121), « abattre » (v. 1517, p. 117), « tomber » (v. 1520, p. 117 et v. 1612, p. 121), « poignard » (v. 1611, p. 121), « sang » (v. 1496, p. 116, v. 1524, p. 117, v. 1540, p. 118, v. 1566, p. 119, v. 1578, p. 119, v. 1608, p. 121, v. 1622, p. 121 et v. 1628, p. 122) : l’omniprésence du champ lexical de la violence est flagrante. Les tableaux de Pyrrhus percés de dizaines de coups de glaive et d’Hermione plantant un poignard dans son cœur sont saisissants et suscitent un sentiment de terreur, d’effroi. Selon une légende française, une petite colonie de survivants troyens aurait donné naissance à un prince nommé Francus, qui aurait été à l’origine de la lignée des rois de France. Montrez qu’en laissant place aussi à un nouvel espoir, le dénouement d’Andromaque renvoie à cette légende et revêt alors une fonction politique. Un espoir de paix commandait aussi le mariage de Pyrrhus avec Andromaque. Il scellait en tout cas la réconciliation entre deux peuples autrefois ennemis. Avec la

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mort de Pyrrhus, cette réconciliation reste possible puisqu’Andromaque, ancienne princesse troyenne, est reine d’Épire (reste à savoir toutefois si le peuple acceptera longtemps une reine étrangère…). D’autre part, Astyanax est sauvé, et avec lui peut ressusciter le peuple troyen. Il est d’ailleurs nommé « roi des Troyens » par Pyrrhus, juste