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Développement De La Vie Affective Et Sexuelle Des Personnes Handicapées

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es, anatomiques ont marqué leur destin « in utero ». Pour d’autres, à la naissance ou dans la prime enfance, d’autres pathologies ont marqué un coup d’arrêt au développement psychomoteur. Et pour quelques-uns les carences relationnelles massives ont eu les mêmes effets que la maladie.

Les personnes handicapées mentales sont en fait des personnes désemparées. Situées dans un monde où elles sont minoritaires et où, par la faiblesse de leurs moyens cognitifs, elles ne peuvent revendiquer comme le ferait une minorité agissante « intelligente », elles sont l’objet du bon vouloir d’autrui dans leur relation immédiate, et du degré de tolérance sociale au sens politique. Ce qui les caractérise est donc une extrême dépendance qui les mène, de façon corrélative, à des besoins affectifs immenses. Jusqu’à ce jour, elles ont plutôt connu l’ostracisme, le rejet dans une société où la performance devient la seule reconnaissance. Evoquer leur sexualité, leur vie sentimentale résonne encore pour beaucoup comme une incongruité. Un peu comme au 19ème siècle quand on évoquait la sexualité des enfants. Pour cette population, nous imaginons d’ailleurs une espèce d’infantilisation qui la mettrait hors jeu, hors jeux amoureux tout particulièrement. Cette réaction n’est pas le fait du grand public peu préoccupé du problème.

Une analyse statistique très pertinente de Monsieur GIAMI a montré que l’on notait les mêmes réticences envers les manifestations sexuelles des déficients cognitifs auprès de leurs parents et à un moindre degré auprès des éducateurs spécialisés.

En milieu institutionnel nous avons pu observer que, quelle que soit la profondeur du handicap mental, la sexualité impulsive, neurohormonale pour les physiologues, principe de plaisir pour les psychanalystes, est toujours présente. Et rien, en dehors d’atteintes neurologiques graves, ne peut la réduire.

Quand les handicapés mentaux sont des enfants, ils bénéficient de la même tolérance presque du même regard sur la sexualité que les enfants normaux. L’enfant, dit Freud, est un pervers polymorphe, le jeune handicapé aussi. Mais il vient un temps, où l’éducation, la normalisation sociale doit apporter une régulation à cette vie instinctive. Pour trouver sa place dans le groupe humain, l’enfant puis l’adolescent doit tempérer ses tensions sexuelles et donner du sens à sa vie affective. Les lois doivent être entendues, comprises et intégrées dans une structure mentale qui agira sur le mode d’un code moral exigeant. Les individus intelligents s’accommoderont de ce surmoi et sauront gérer principe de plaisir et principe de réalité. Et l’intelligibilité du monde, sublimée dans des mécanismes de création ou de pouvoir, pourra être une forme de sexualité dégagée, en tout ou en partie, de la génitalité.

Les personnes handicapées mentales ne bénéficient pas de l’instrument cognitif qui leur permettrait d’atteindre ce très subtil équilibre entre l’affect et le désir. Pour la plupart, ils vivent dans un perpétuel abandonnisme. Leur sexualité est primitive, répétitive et peu satisfaisante. L’abandon est très souvent réel. Quand bien même ils ont reçu beaucoup d’attention, ils ne peuvent ultérieurement se consoler du statut d’infériorité que leur confère le handicap. Ils ne sont pas chez eux, ils sont en institution. Ils ont l’obligation d’une vie de groupe. Ils doivent s’accommoder de la présence non choisie d’autres handicapés. Il ne bénéficient que d’une part de l’intérêt de l’éducateur qui doit veiller au bien-être de tous. Ils investissent, parfois surinvestissent, des gens qui ne seront que brièvement présents dans leur vie. Et quand vient le temps des ébauches de vie amoureuse, des passages à l’acte sexuel, ils seront presque systématiquement en échec. Leur besoin de reconnaissance, leur besoin de normalité les amèneront à multiplier les expériences. Leur faiblesse de jugement en fera les victimes faciles des cyniques ou des pervers. Leur méconnaissance de l’hygiène, de la contraception peut leur valoir maladie et grossesse inattendue.

La réalité quotidienne de la vie affective et sexuelle en institution se décrit donc en fonction de l’âge et de l’intelligence de la personne handicapée. L’évolution de l’instinct sexuel et des affects n’est cependant pas parallèle à ce gradient intellectuel. La vie affective, c’est-à-dire le besoin de vie relationnelle chaleureuse, tolérante et gratifiante n’est absente chez aucune des personnes handicapées. Cette exigence n’est pas très éloignée de celle que tout un chacun ressent. Même les autistes parfois réputés inaffectifs sont en fait de grands blessés de l’échec de la vie relationnelle. Plus que d’autres, ils sont à réapprivoiser et doivent être éloignés des formes d’attachement archaiques à la mère. Ils sont l’exemple d’une relation apparemment riche car intense, mais pauvre car exclusive et fermée au reste du monde.

A l’exception de cet exemple extrême, nous constatons plutôt dans l’institution une avidité affective multiforme bien plus que des appétits ou des manifestations érotiques. Ces besoins affectifs intenses sont, bien entendu, la conséquence de la détresse morale et physique des personnes handicapées et de leur dépendance systématique. La sexualité est, en quelque sorte, un « luxe » que l’on ne peut envisager que si l’on est à peu près bien dans son corps et dans sa tête . Nous en faisons, nous aussi, l’expérience dans notre vie .

Les problèmes pratiques que nous souhaitons développer dans notre discussion sont de deux ordres.

En premier lieu, comment agir face aux manifestations sexuelles excessives, inappropriées, en contradiction avec les exigences de la pudeur ?

En second lieu, nous évoquerons les problèmes que suscitent la gestion des transferts de toutes sortes que nous sommes amenés à rencontrer. Transterts actifs, c’est-à-dire projections quasi amoureuses des soignés à l’égard des soignants ou parfois des soignants à l’égard des soignés. Nous évoquerons les limites et les dangers de cette forme d’investissement.

En sortant des limites institutionnelles, il faudra étendre notre réflexion au vécut « extra muros » de nos résidents, auprès de leur famille ou famille d’accueil. Nous aurons à évaluer les effets de cette intrication des expériences extérieures et intérieures. Et, toujours à l’extérieur de l’institution, nous essayerons d’analyser sans complaisance la réalité du vécu affectif et sexuel de la personne handicapée, seule ou en couple, placée dans la société non- protégée.

2. Les exigences de la pudeur

Voir, être vu et montrer, c’est bien autour du regard que se joue en grande partie notre tolérance à la vie sexuelle. Celle-ci est faite d’instincts, de stimulations neurohormonales qui parcourent le corps et aboutissent à une appétence pour un objet sexuel vécu comme attractif et désirable. La vie sexuelle n’est discrète que pour ceux qui, très socialisés, savent la dissimuler à bon escient. Mais la vie sexuelle a ses localisations apparentes dans le corps, elle a une gestuelle évidente. Et quand n’existe pas ce rideau légèrement opaque, légèrement transparent qu’est la pudeur, nous sommes heurtés, nous ne voulons pas voir trop clairement la part animale de notre sexualité, nous ne voulons pas être le témoin du désir de l’autre, nousi voulons ignorer notre propre désir.

En institution, il faut tenir compte des sentiments de pudeur des résidents. Si nous voulons obtenir un comportement pudique, il est clair que nous devons nous-mêmes respecter la pudeur des personnes handicapées lors des bains, douches ou changement de couches. Nous devons être aussi exigeants que nous le serions pour nous mêmes si nous devions subir le regard des autres. Voilà en quelques mots ce qu’il en est des préoccupations de pudeur des intervenants.

Evoquons maintenant l’impudeur de certaines personnes handicapées, et tout particulièrement celle concernant les personnes dont les fonctions cognitives sont les plus frustes (celle que l’on rencontre dans les encéphalopathies graves ou les autismes profonds). Le problème est bien souvent celui d’une masturbation frénétique qui se manifeste au vu et au su de tous, parfois pendant de longues périodes. La personne intéressce n’est en général que peu influencée par des admonestations de type moral : « ce n’est pas bien, ça ne se fait pas ». Elle ne renonce en général à son activité que quand elle est momentanément satisfaite, ou cède à des injonctions autoritaires dont la compréhension est aussi banale que "cesser de manger ou de courir" .

Dans ces situations, nous évitons que l’intéressé de surcroit ne s’exhibe. Nous l’isolons autant que possible et tentons de l’occuper avec des activités dérivatives. Pour d’autres enfants ou adolescents dont les moyens cognitifs sont de l’ordre de la débilité moyenne ou légère, nous procédons comme avec tout enfant normal en lui faisant comprendre ce qu’on attend de lui. Paradoxalement, les manifestations excessives des grands déficients sont à peu près gérables car les appétits sexuels sont réduits par les traitements neuroleptiques ou anti-épileptiques qui sont indispensables à ces personnes. Et surtout cette activité reste solitaire. L’autre n’est guère concerné en-dehors de quelques attouchements furtifs. Mais quand les adolescents, des jeunes gens ou des adultes passent à l’acte, la situation

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