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Jean Giono - La Recherche Des Joies

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ière qu’il façonne, à l’utilité humaine qu’il a. Sa richesse ne dépend pas de son salaire mais de ses joies ; il en trouve dans le fer, dans le bois, dans le cuir, dans le blé. Il en trouve dans la possession de lui-même, dans l’obéissance à sa nature d’homme. Sa science le rend clair et frémissant ; il la sent qui chaque jour s’affine et se complète dans l’exercice de ce travail manuel où toutes les lois de l’univers se mêlent sous ses mains. C’est alors, assis près de l’âtre, que tu ne pourras plus lui contester la compréhension des rythmes, quand il tressera peu à peu la jarre avec des tourillons de sagnes

. Il est beau de savoir que le forgeron est un agrégé des lettres ; il a un magnifique poème dans son atelier. Il est beau de savoir que le laboureur a des grades très élevés en mathématiques, la loi des nombres est dans les montagnes, dans les forêts, le ciel de jour et le ciel de nuit. Direz-vous qu’il a réussi celui qui, s’étant gardé libre, amoureux de son travail, entouré d’armes et d’ailes magiques, aura fait en pleine santé des enfants solides avec une femme robuste et passé sa vie dans la paix des champs ? Ne fais pas métier de la science ; elle est seulement une noblesse intérieure. Ne crois pas que, la possédant, tu te déconsidères en travaillant les champs ou la matière. Je n’ai pas maudit la dureté des temps quand j’ai rencontré aux Carrières du col de Lus cet étudiant en philosophie qui travaillait avec les ouvriers. J’ai fait dix fois le voyage pour aller passer des soirées avec lui. On ne pouvait rien lui souhaiter. Il avait une poitrine de héros ; une force joyeuse le portait avec élégance. Il faisait des mines dans le silex au sommet de cette épine rocheuse qui soutient la Montagne de France. Sous lui vivaient la forêt et ses clairières puis les champs et les villages. Il avait gardé ses livres. Il les lisait. Il s’en allait au bord du torrent avec Platon, Hésiode ou un petit Virgile. Il s’arrêtait parfois de lire pour pêcher des truites à la main. [. . .]

Ne crois pas que ce soit tout ce que je désire pour toi ; je te veux plus beau encore. Tu ne pourras rien posséder sans la pauvreté, mais tu n’as pas le droit d’être pauvre tant qu’on paiera ton travail avec des feuilles sèches. Cette société bâtie sur l’argent, il te faut la détruire avant d’être heureux. Posséder est bien la gloire de l’homme quand ce qu’il possède en vaut la peine. Ce qu’on te propose ne vaut pas la peine. Tu sens bien que notre époque est énervée et tremblante ; trop d’hommes sont privés des joies naturelles. Tous. Car le plus riche ne s’est pas enrichi : il est toujours un pauvre homme. Je ne te dis pas de te sacrifier pour les générations futures ; ce sont des mots qu’on emploie pour tromper les générations présentes, je te dis : fais ta propre joie. Vis naturellement ; et, puisque dans la société moderne on le considère comme une folie, installe la société qui le trouvera logique. Il ne faut plus qu’une petite poussée de tes mains pour qu’elle soit. La féerie, je n’ai pas cessé de te la raconter. Tu lui reproches d’être féerique ? Si tu la voyais ! Ce dont on te prive, c’est de vents, de pluies, de neiges, de soleils, de montagnes, de fleuves et de forêts, les vraies richesses, ta patrie. On t’a donné à la place une patrie économique, un monstre qui exige pé- riodiquement le sacrifice de jeunes hommes. Tu songes avec terreur à ces temps de l’ancien Mexique où l’on vendangeait tous les mardis des grappes d’hommes sur l’autel de Tezcatlipoca. La patrie qu’on t’a inventée a plus d’appétit encore. Tu es aussi loin d’elle que de ce jaguar à torse de fournaise. Rien ne t’attache humainement à ce faisceau de lois inhumaines et cruelles. Rien n’a été fait pour tes pieds, pour tes bras, pour ton cœur, pour tes lèvres. Ton intelligence est incapable de te défendre contre le monstre ; il bave une salive intelligente, un alcool qui te fait accepter aveuglément d’être jeté dans le brasier de son ventre. Les morts sont morts. Dès qu’ils ont passé la porte,

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