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Joël Cornette, Le Roi de guerre: Essai sur la souveraineté dans la France du Grand Siècle,Payot,1993

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Par   •  21 Novembre 2021  •  Fiche de lecture  •  4 858 Mots (20 Pages)  •  16 Vues

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Fiche de lecture

CORNETTE Joël, Le Roi de guerre. Essai sur la souveraineté dans la France du Grand Siècle, Paris, Payot, 1993

        

        L’auteur, Joël Cornette est né en 1949  à Brest. Étudiant à l’’École Normale Supérieur de Saint-Cloud il se passionne pour les grands historiens comme Pierre Goubert. C’était la période des thèses d’histoire régionale qui l’ont profondément marqué, notamment celle de LeRoy Ladurie sur les Paysans de Languedoc. Il intégra au même moment une équipe de chercheurs qui travaillait sur les cahiers de doléances de 1789, et choisis d’étudier la sénéchaussée de Ploêrmel en Bretagne. Après cette étude, il consacra une thèse sur Benoit Lacombe, un bourgeois bordelais traversant la période mouvementé de 1759 à 1819, entre Révolution et Restauration. Cette étude l’a amené à déconstruire des stéréotypes grâce aux sources, chose qui l’a passionné et qui l’a conduit au métier d’historien. Lorsqu’on regarde ces ouvrages, on retrouve des études qui s’adressent aux chercheurs, d’autres destinés aux étudiants (comme l’ouvrage qui nous intéresse ici) et enfin des livres qui visent le grand public. Joël Cornette travaille avec des sources divers, de l’architecture à la peinture en passant par les sources écrites bien sûr. Au début de sa carrière d’historien, son étude se porte sur l’histoire régionale, économiques et financière particulièrement au XVIIIe siècle. Puis, vers 1985, son intérêt se porte sur l’étude de l’État au XVIIe siècle. Il explique ce changement par sa fonction d’enseignant. En effet, entre 1985 et 1995, il est maitre de conférences à l’université Paris I. Ayant la responsabilité de la question de CAPES et d’agrégation, il traita une question qui est tombée au début des années 1990, « Guerre et paix en Europe au XVIIe ». Le thème de ce cours est devenu l’objet du livre qui nous intéresse, Le Roi de guerre édité en 1993.

        Dans son introduction, il fait une brève analyse de l’historiographie moderne traditionnelle et notamment de la place qu’occupe son objet d’étude, la souveraineté dont la guerre, la violence, et le roi furent des instruments essentiels. Il remarque que ces sujets ont été traités par des historiens mais de façons séparés. Par exemple, l’État royal fut étudié pour ses institutions, la guerre étudiée pour ses conséquences financières ou dans le cadre d’une histoire militaire. Cet ouvrage a pour ambition d’étudier la guerre comme une partie constitutive de la souveraineté dans tous ces aspects. L’auteur prend l’objet « guerre » comme un facteur d’explication et de compréhension de la construction et du fonctionnement de l’État, et donc de l’autorité souveraine. L’étude portera un regard privilégié sur la France, de par son implication dans les conflits mais également par le poids que porte la guerre sur les représentations qui contribuèrent à fonder le pouvoir de Louis XIII et Louis XIV.

Dans une première partie, l’auteur portera un regard analytique sur les aspects de la guerre en Europe au XVIIe (diversité, évolutions,..), mais également sur la relation constante qu’elle entretient avec l’État royal, qui domestique cette violence, qui devient génératrice de pouvoir.

Puis, dans une second temps, il étudiera la relation privilégiée entre la guerre et le souverain, à travers la notion de guerre juste qui est la « chose du roi », puis en s’intéressant à  la place qu’occupe la guerre dans l’apprentissage du métier de roi, pour enfin s’intéresser à la présence du prince sur le champ de bataille.

Enfin, dans une dernière partie, Joël Cornette va s’intéresser à la place centrale que la guerre  occupe dans les outils symboliques de la puissance royale, en étudiant plusieurs exemples comme le sacre ou Versailles.

        

        La première partie de l’ouvrage est consacrée à la guerre au XVIIe siècle, sa diversité, ses évolutions, son art pratique; mais également sa relation constante avec l’État royal, qui, au cours du XVIIe siècle domestique cette violence qui devient génératrice de pouvoir.

Dans un premier temps intitulé « Siècle de guerre, siècle de fer », Joël Cornette dresse un portrait  de la guerre en Europe, dans le « siècle de fer », où la guerre est omniprésente. Il commence par la guerre de Trente Ans (1638-1668) et s’achève en 1721 avec le traité de Nystadt qui mit fin au conflit entre la Russie et la Suède. Pour montrer la diversité des formes conflictuelles, il utilise l’expression de « guerre caméléon ». En effet, ces conflits ont des enjeux variés et des formes variées, de la razzia légère menée par les Tartares en Ukraine à la bataille navale en ligne anglo-hollandaise (1652-1654) en passant bien sur par la guerre de siège menée par Louis XIV. Ces conflits touchent tous les groupes sociaux, du manoeuvrier transformé en fantassin aux courtisans transformé en négociant. Les sociétés sont touchées par les « malheurs de la guerre », qui se traduisent par exemple par le passage des troupes qui sème la pagaille ou des destructions de ferme. L’auteur utilise les travaux de Norbert Elias sur la gestion de la violence par l’État. Ce dernier montre que malgré l’omniprésence de la guerre, la pulsion de violence est affinée et civilisée. Il appelle ce phénomène la « civilisation des moeurs ». Les espaces où s’exprime cette violence sont circonscrit, l’espace militaire est rejeté à l’extérieur du territoire contrôlé par le souverain. En opposition, l’espace civile est lui en voie de pacification. On voit cette volonté de préservation du territoire émerger à la fin du XVIe siècle, avec l’édification d’un réseau de forteresse par les Province-Unis qui se constituèrent en modèle pour l’Europe. Le royaume de France suivra cet exemple avec l’édification au XVIIe siècle de la Ceinture de Fer de Vauban qui marque la sanctuarisation d’un territoire, géré par le souverain, protecteur de ses sujets. La « civilisation des moeurs » s’effectue à travers un travail de discipline, résultat de l’évolution technique des combats (arme à feu,..) qui nécessite une obéissance accrue de la part des guerriers sur le champ de bataille. Pour répondre à ce besoin, la tactique change, l’entrainement est amélioré, les exercices sont répétés. L’auteur nous montre qu’il y a également une meilleure hiérarchisation des fonctions militaires, comme le témoigne la création en 1606 de l’Académie des exercices à Sedan. Ces évolutions tendent à transformer le soldat en un véritable technicien de la guerre, suivant le modèle du XVIIe, le « parfait soldat stoïcien ». Pierre Charron dans son Traité de la sagesse, publié en 1601, dresse le portrait de ce soldat idéal forgé par le néostoicisme qui incarne la discipline et la maitrise de soi. Cet idéal du soldat a contribué  à la reconstruction d’une société civile sur des bases nouvelles, il constitue un véritable modèle de la discipline de l’État.

Dans un second temps, l’auteur expose la relation qu’entretient l’État avec la violence. Joël Cornette pose la guerre de Trente Ans comme un système autorégulé de pouvoir et de violence, géré par des entreprises concurrentes et privées, sans que le contrôle des États puissent seffectuer. Le but des campagnes militaire était le contrôle dun territoire à exploiter plutôt que des objectifs religieux ou politiques. Ce système à vue éclore de véritables « entrepreneurs » de la guerre, comme Wallenstein (1583-1634). Ce dernier connu une grande ascension lors de ce conflit, passant d’un gentilhomme tchèque à un quasi-souverain. Il commandait au sommet de sa gloire 150000 hommes, venant de toute l’Europe. Ces entrepreneurs de la guerre se nourrissaient du système de « contribution », en vigueur dans le Saint Empire à partir de 1625 et qui autorise le chef de guerre à prélever son dut directement sur la population, ce qui occasionne des pillages.  La violence résultant de la guerre de Trente Ans est exprimé par l’auteur Grimmelshausen, bien conscient de ce système de violence, avec la métaphore de l’ « arbre de guerre ». Les branches les plus hautes de l’arbre sont occupés par les officiers, aristocrates qui sont promis à la gloire. Les plus basses sont occupées par les fantassins promis à la mort. Le tronc est glissant ce qui empêche toute ascension sociale. Enfin, les racines sont composées du menu peuples, qui nourrit l’arbre de guerre dans l’ombre. Cette violence fait renaitre les réflexions autour de ses origines et les moyens de la contenir. Pour Hobbes, dans son oeuvre Leviathan publié en 1651 , seul un pouvoir surpuissant pourrait faire barrage aux passions destructrices dans cette dimension de « guerre permanente » où la violence est partout, définie comme l’état de nature. Pour Grotius, il faut donner des bornes étroites à cette violence qui est naturelle. Ils insistent sur la mise en place d’un contrat qui transforme l’homme violent de nature, en sujet obéissant. Ces réflexions sur la violence donnent une légitimité à l’État, qui a pour vocation de faire barrage à la nature humaine. Selon Hobbes, l’autorité souveraine qui a absorbé les violences individuelles, doit elle seule détenir le pouvoir de décider la paix ou de déclarer la guerre. C’est ainsi que la violence légitime c’est installé au coeur de l’État et lui permet d’imposer un violent processus de discipline et de contrainte sociale pour assurer la paix civile. Joël Cornette prend l’oeuvre de Jacques Callot, Misère et malheurs de la guerre, 1633; pour illustrer ce phénomène de répression. Par l’image, cette oeuvre témoigne du processus d’éradication des violences intérieures. Il montre une violence omniprésente (soldat pillard, vengeance paysanne) qui est punis par divers châtiments (envoie de l’armée, destruction des tours et rempart d’une ville, augmentation des impôts,…).  Le souverain est montré dans la position centrale et dominante de celui qui rétablit l’ordre et la légitimité de la seule violence admise, celle de l’État. Le roi doit aussi canaliser la violence aristocratique, exprimé principalement par le duel qualifié de crime de lèse-majesté en 1599. La guerre est vue comme un remède contre les maux de l’État, comme une « guerre purgative ». Elle a une fonction régulatrice des tensions sociales. Au contraire, la paix est génératrice de tensions à l’intérieur du royaume. Joël Cornette utilise l’exemple de Louis-Dominique Bourguignon (1693-1721) dit Cartouche le « roi des voleurs ». Il a constitué de 1715 à 1721 un vaste réseau de receleurs et de voleurs composés de soldats redevenus civils.

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