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Qu'Est Ce Que Philosopher ?

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out aussi rigoureuses. On caractérisera donc ce régime de discours comme hypothético-déductif.

C'est ainsi que si le mathématicien pose une hypothèse vraie, la vérité de l'hypothèse se communiquera, par déduction, à tout un ensemble de propositions. Ainsi le mathématicien construit une univers de sens parfaitement cohérent. Et donc le mathématicien ne reçoit pas le sens des dieux, il recommence à zéro un ordre de signification. L'univers de sens qu'il construit est conditionné par les hypothèses qu'il a posées. Et le mathématicien est maître de ces conditions.

De plus on s'aperçoit que le langage mathématique permet de décrire les lois qui organisent le monde matériel. Ainsi Thalès calcula la date à laquelle devait se produire la prochaine éclipse de soleil. Ce qui fut vérifié. Les phénomènes naturels apparaissent donc comme calculables et donc maîtrisables. De fait les sciences qui sont l'expression de la puissance du logos permettent de concevoir des techniques qui mettent la nature au service des besoins et des désirs des hommes.

Ainsi le logos apparaît comme un univers de sens où l'esprit humain d'une part, est maître de lui-même, et d'autre part, capable de maîtrise sur la nature puisqu'il peut décrire les lois qui règlent, de manière rationnelle et nécessaire, les phénomènes naturels.

La philosophie va naître de la décision de généraliser la pratique du logos, de ce discours rationnel qui s'exprime dans sa pureté dans le langage mathématique, à toutes les dimensions de l'existence humaine.

Notons que c'est un langage totalement artificiel de nature purement idéale qui permet d'expliquer rigoureusement les phénomènes naturels. C'est comme si les phénomènes naturels s'articulaient les uns aux autres selon des articulations purement rationnelles que permet d'articuler le logos. C'est comme si il y avait un parallélisme entre les structures fondamentales de la nature et celle du langage rationnel des mathématiques. C'est donc comme si l'être de ce qui existe obéissait aux lois de la raison, comme si le réel était rationnel.

Du coup on comprend que l'activité solitaire de celui qui pratique le logos puisse s'adresser à tous car l'élément (au sens des éléments comme l'eau, l'air etc...) de cette pratique est la rationalité dont tous les hommes sont capables et qui, de plus, structure la nature dont tous les hommes font partie.

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On aurait pu penser que le muthos allait totalement disparaître à cause de la maîtrise de soi et de la nature que semblait promettre à l'homme, cet animal fragile et inquiet, la puissance du logos.

Or il n'en fut rien. Ainsi chez Platon reviennent des mythes quand il s'agit de traiter de la question de l'origine de l'humanité ou de sa fin (le destin des âmes après la mort). La puissance du logos doit donc se confronter à des événements (la naissance, la mort, par exemple) qui mettent en échec sa puissance d'anticipation, sa puissance de calcul. De fait ma naissance est un événement qui ne peut se déduire de manière nécessaire d'aucune hypothèse théorique. De même pour ma mort. Ainsi, les médecins, sont parfois étonnés de constater que des personnes guérissent d'un cancer qui semblait, au vu des examens cliniques, les condamner à court terme.

D'où vient qu'il y ait dans l'expérience humaine quelque chose comme des événements ? D'où vient qu'il y ait des événement que ne ne puissions anticiper, calculer, à partir d'hypothèses ? D'où vient que nous soyons confronter à de l'anhypothétique ? D'où vient que nous soyons confrontés à des événement dont nous ne pouvons poser la condition de possibilité ? D'où vient que nous soyons confrontés à de l'inconditionné ?

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La lecture et l'interprétation du mythe de Prométhée et d’Épiméthée dont on trouve une version dans le dialogue de Platon nommé Protagoras va nous permettre de travailler cette question.

Le nom des deux titans jumeaux que sont Prométhée et Épiméthée nous indiquent d'emblée cet enjeu crucial, pour l'existence humaine, du calculable -qui permet de prévoir- et de l'incalculable qui nous confronte à l'imprévisible. En effet, étymologiquement Prométhée signifie « prévoyant » et Épiméthée « imprévoyant ». Les deux noms seraient dérivés de la racine indo-européenne man qui signifie pensée, réflexion ou sagesse. Le préfixe pro signifie « avant » et le préfixe épi « au-dehors ». Prométhée est donc celui qui réfléchit avant et Épiméthée celui qui réfléchit après-coup.

Ce mythe nous raconte l'origine des mortels et en particulier l'origine du mortel doué du logos qu'est l'homme. Les dieux, nous raconte cette fable, confièrent à nos deux titans la responsabilité de distribuer les qualités qui donnent aux mortels la capacité de vivre durablement sur terre. Épiméthée demande à son frère de faire le travail, Prométhée accepte et dit qu'il viendra après-coup contrôler l'ouvrage de son frère. Mais il s'avère que l'imprévoyant Épiméthée se rend compte quand il doit donner des qualités au dernier des mortels dont il s'occupe, et qui est ce mortel doué de logos qu'est l'homme, qu'il a déjà distribué toutes les qualités. Ainsi le mortel doué de logos est voué à naître sans qualités. Dans ces conditions il est donc voué à une mort certaine. Arrive son frère Prométhée qui comprend immédiatement la gravité de la situation et vole à « Héphaïstos et Athéna le génie créateur des arts, en dérobant le feu », pour en faire don aux hommes.

Prométhée fait échapper l'homme à une mort certaine par ce don car il permet à l'homme de se doter par lui-même de qualités qui lui permettront de vivre. Ces qualités ne seront donc pas chez l'homme une donnée naturelle mais un produit de la culture, un produit des arts, de ce que les grecs nommaient tekhnè. Et de fait la fin du mythe décrit trois dimensions de la culture : la religion qui est une manière de se rapporter l'inconditionné, à l'anhypothétique (qui prend ici la forme des dieux) ; le langage qui constitue un élément symbolique sans lequel les hommes ne pourraient se rapporter à l'inconditionné (le mythe que nous lisons nous permet de le mettre en scène) et enfin les techniques qui permettent aux hommes de satisfaire leurs besoins vitaux.

Ainsi ce mythe nous enseigne pourquoi les hommes sont soumis à l'épreuve d'événements qui les confrontent à l'inconditionné, à l'anhypothétique. Nous appelons événements ce qui nous arrive en débordant absolument tous nos pouvoirs, tous nos savoirs qui nous permettraient de les prévoir et de les anticiper et ainsi de savoir d'avance comment répondre à ce qui nous arrive et répondre de ce qui nous arrive. Cela tient à la condition humaine qui est telle que originairement, les hommes naissent sans qualités. C'est ainsi que :

« le monde repose sur rien »

comme l'affirme le philosophe contemporain Jean-Luc Nancy[1]. Et il ajoute :

« et c'est là le plus vif de son sens. »

En effet, si le sens n'est pas donné une fois pour toute à l'origine, c'est nous, les mortels doués de logos qui devons en répondre. Ce qui veut dire que répondre de ce qui nous arrive par les événements exige de nous risquer à inventer et à créer, à « recommencer à zéro dans l'ordre des significations » (J.-L. Nancy), pour donner forme à ce qui arrive et le reconnaître.

Parce que le sens du monde humain n'est pas donné à l'origine, parce qu'il n'est pas derrière nous l'expérience la plus vive de ce sens nous arrive sous la forme d'une remise en question radicale. Remise en question radicale car nous n'avons pas le pouvoir de poser cette question, nous sommes ex-posés à cette question du sens qui nous arrive dans l'épreuve des événements. Épreuve dont nous nous protégeons ordinairement en nous réfugiant dans le confort de nos habitudes, de nos idées toutes faites, de nos croyances, de nos préjugés, de nos opinions, qui nous donnent l'illusion de connaître d'avance le sens de ce qui arrive, et nous évite l'épreuve d'avoir à répondre en se risquant à l'articuler dans une parole ou une œuvre.

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Le vide de l'origine (le fait que le sens de notre humanité ne nous est pas donné à l'origine) nous confronte à un à venir im-prévisible, in-calculable, in-anticipable. Autrement dit le vide de l'origine (nous naissons sans qualités) se rappelle à nous dans l'épreuve de ce que nous nommerons l'ouvert. Notre avenir ne se referme en effet sur aucune possibilité déterminée que je pourrais connaître d'avance. Les possibilités d'inventer un sens à l'humanité dans l'invention d'un art de vivre sont infinies et imprévisibles.

En témoigne la diversité prodigieuse des cultures dans le temps et dans l'espace, en témoigne la singularité des manières d'être des individus, en témoigne que nous ne pouvons

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