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Victor Hugo, Les contemplations (I-IV)

Dissertation : Victor Hugo, Les contemplations (I-IV). Rechercher de 47 000+ Dissertation Gratuites et Mémoires

Par   •  10 Janvier 2021  •  Dissertation  •  1 722 Mots (7 Pages)  •  7 Vues

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Sujet : Le poète peut-il, comme l'écrivait Baudelaire à propos de l'auteur des Contemplations, devenir une « âme collective » ?

Vous répondrez à cette question en vous appuyant sur Les Contemplations de Victor Hugo ainsi que sur des lectures personnelles.

1) Introduction:

Les poètes romantiques ont dû se défendre contre de nombreuses attaques. Aussi Victor Hugo, dans la préface des Contemplations, répond-il à ceux qui se plaignent « des écrivains qui disent moi ». Il assure que le « moi » du poète peut aussi se transformer en « nous ». Mais peut-on aller jusqu'à affirmer que le poète devient une « âme collective », comme le fait Baudelaire dans un article consacré à Victor Hugo en 1861 ? Pour mieux comprendre les liens qui unissent le poète et son lecteur, nous commencerons par analyser le rôle du « je ». Nous montrerons ensuite que le « moi » peut se faire le porte-parole de ceux qui sont condamnés au silence. Les mots du poète gagnent alors une portée universelle.

2) Des voix singulières

Le « moi » occupe bien une place importante dans Les Contemplations. Victor Hugo nous propose par exemple une série de rêveries qui mettent une « âme » à nu. C'est le cas dans « Les Oiseaux » :

Je rêvais dans un grand cimetière désert ;

De mon âme et des morts j'écoutais le concert,

Parmi les fleurs de l'herbe et les croix de la tombe.

[…] Autour de moi, nombreux,

[…] Des moineaux francs faisaient l'école buissonnière.

Non seulement l'âme du poète est la source de la rêverie, mais c'est bien autour du « moi » que gravitent les oiseaux et le reste du poème. Victor Hugo va plus loin en mettant un événement intime au centre des Contemplations : la mort de sa fille Léopoldine. Si le recueil s'assombrit peu à peu, le début de « Pauca meae » marque bien une rupture. Le poète, pourtant si prolixe, devient même silencieux dès lors qu'il s'agit d'évoquer le 4 septembre 1843, date de la mort de sa fille et de son gendre. Les mots ne semblent plus capables de traduire son trouble. Il poursuit tout de même son chemin et fait revivre un passé chéri pour oublier un morne présent :

Oh ! je l'avais, si jeune encore,

Vue apparaître en mon destin !

C'était l'enfant de mon aurore,

Et mon étoile du matin ! (IV, 6)

Ce recueil peut alors rappeler les Méditations poétiques de Lamartine. Ce dernier évoque lui aussi, dans « Le Lac », une douloureuse disparition :

Ô lac ! l'année à peine a fini sa carrière,

Et près des flots chéris qu'elle devait revoir,

Regarde ! je viens seul m'asseoir sur cette pierre

Où tu la vis s'asseoir !

3) De la musique avant toute chose

Il ne faut cependant pas considérer le poème comme un récit autobiographique. Il ne s'agit pas seulement de raconter une série de souvenirs personnels : il importe avant tout de les sublimer par la beauté du chant poétique. Le poète devient ici l'égal d'Orphée, qui utilisait lui aussi sa lyre pour charmer et évoquer sa peine. Hugo fait souvent référence à ce mythe dans son recueil, à tel point qu'il écrit : « j'entends ce qu'Orphée entendit ». Le lyrisme ne repose donc pas seulement sur l'expression de sentiments personnels. Il s'accompagne d'une musicalité que les vers parviennent à restituer. Les cordes de la lyre deviennent alors, pour le poète, « les fibres mêmes du cœur de l'homme », comme l'écrit Lamartine. Dans « La Fête chez Thérèse », la musique vient même de la nature, et le poème de Victor Hugo s'en fait l'écho :

Si bien qu'à ce concert gracieux et classique,

La nature mêlait un peu de sa musique.

« De la musique avant toute chose », conseille justement Verlaine au début de son célèbre « Art poétique ». Cette musicalité est intimement liée au travail sur les rythmes et les sonorités. C'est pourquoi Hugo, loin de s'en tenir à un seul type de vers, manie aussi bien un vers court comme l'octosyllabe qu'un vers long comme l'alexandrin. Il utilise également différents schémas de rimes. C'est aussi ce travail formel qui doit mettre en valeur les émotions du « moi » en leur permettant de trouver une nouvelle forme, capable de toucher les lecteurs. On comprend dès lors pourquoi Hugo peut affirmer, dans la préface des Contemplations, que le recueil renferme « les mémoires d'une âme ». Mais cette plongée dans l'intime n'exclut pas le détour par l'altérité.

4) La voix des sans voix

On sait combien Victor Hugo, dans ses romans ou ses discours, a accordé d'importance aux « misérables », pour reprendre le titre d'une de ses plus célèbres œuvres. On se tromperait en pensant que ses poèmes font exception. Parler de lui n'empêche pas le poète de penser aux autres. C'est aussi en ce sens qu'il a « charge d'âmes ». Ainsi, même si son recueil se compose d'éléments très intimes, Hugo se fait le porte-parole de ceux qui sont condamnés au silence. La misère qu'il évoque contribue à obscurcir cette « Aurore » qui semblait pourtant si lumineuse au début du recueil. « Écoutez », nous ordonne-t-il dans « Melancholia ». Il nous invite à tendre l'oreille, pour entendre la douleur d'« une femme au profil décharné, / maigre, blême, portant un enfant étonné / […] qui se lamente au milieu de la rue ». Il dénonce également le travail des enfants :

Où vont tous ces enfants dont pas un seul ne rit ?

Ces doux êtres pensifs, que la fièvre maigrit ?

Ces filles de huit ans qu'on voit cheminer seules ?

Ils s'en vont travailler quinze heures sous des meules.

Au XXe siècle, Claude Roy a lui aussi utilisé la poésie pour faire entendre la voix de ceux qui souffrent. Comme il l'écrit :

Le poète n'est pas celui qui dit Je n'y suis pour personne

Le poète dit J'y suis pour tout le monde.

5) La poésie comme arme

La poésie peut donc servir à dénoncer les injustices, et les poètes sont souvent en première ligne pour attaquer ceux qui sont responsables du malheur des hommes. Les surréalistes l'ont bien montré durant la Seconde Guerre mondiale en participant au recueil L'Honneur des poètes. Dans « Ce cœur qui haïssait la guerre », Robert Desnos proclame ainsi

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