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Fichage W ou Le souvenir d'enfance de Georges Perec

Fiche : Fichage W ou Le souvenir d'enfance de Georges Perec. Rechercher de 54 000+ Dissertation Gratuites et Mémoires

Par   •  1 Juillet 2026  •  Fiche  •  10 418 Mots (42 Pages)  •  5 Vues

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FICHAGE W ou LE SOUVENIR D'ENFANCE GEORGES PEREC

Récit italique ( fiction )

Récit autobiographique

PREMIERE PARTIE Chap 1 : le narrateur exprime sa difficulté à écrire dû à ce qu'il avait vu et à sa mission . Il précise au lecteur qu'il n'était qu'un simple TEMOIN. Il s'engage militairement quand il quitte R à 16 ans. Mais après 1 an il se rend compte que ce n'est pas fait pour lui , il quitte la France pour aller en Allemagne , déserte ses opérations lors d'une permission.

Chap 2 : pas de souvenirs d'enfance , il était en pension durant les années où il y avait la guerre à Villard-de-Lans , se fait adopté par sa tante et son mari . Une autre Histoire était plus importante et répondait à sa place sur ses souvenirs «  l'Histoire avec sa grande Hache » : les camps de concentration.A 13 ans il a inventé une histoire du nom de W : îlot de feu , obsédé par le sport., quinze ans plus tard retrouve le récit et le poursuit

Chap 3 : A H depuis 3 ans , il reçoit une lettre de  Otto Apfelstahl , MD ( = « medical doctor »?), il émit des hypothèses sur ce que ça peut vouloir signifier que cette lettre et pourquoi vouloir le rencontrer . S'interroge s'il doit fuir ? Il parti en disant à son patron que sa mère était morte , c'est son enterrement à D. en Bavière

Chap 4: 1e souvenir lorsqu'il était un bébé , de 3 ans, sa famille se mettait autour de lui en cercle , il montre une lettre hébraïque , désigne une lettre ( gammeth ou gammel ) . 2e souvenir ( il pense plus que c'était un rêve ), quand son père rentrait le soir il lui donnait une clé , ( variantes des fois elle est en or des fois non ) , des fois il est sur le pot quand son père rentre , ou des fois il mange la clé et on la retrouve dans ses selles

Chap 5 : Entretien dans un bar , on lui propose des bretzels , mais il n'en veut pas , à 6h20 quand il se décide à partir , 5 personnes arrivent s'attablent bruyamment . Homme 40 ans , cheveux courts , impression d'être un homme d'affaire . Le questionne sur s'il sait ce qu'il est « advenu de l'individu qui vous a donné votre nom ? »

Chap 6 : lorsqu'il était enfant , Hitler était déjà au pouvoir en Allemagne . Son prénom déclaré par son père à la mairie : Georges = français. Ses deux parents étaient polonais

Chap 7 : Il porte le nom d'un enfant , dont sa mère est cantatrice , qui on embraquait dans un bateau , sauf que le bateau s'est échoué , sa mère et les autres sont mort , mais l'enfant dont il porte le nom n'est pas dans le bateau . On a le passeport de l'enfant. On pense que il a pu survivre sur l'îlot de feu. , mais plus possible qu'il se soit noyé. Famille Winckler. Caecilia Winckler, mère du jeune Gaspard, était membre d'une organisation fournissant de faux papiers. Elle avait embarqué avec quatre passagers et son fils pour un tour du monde dans le but de guérir le jeune Gaspard de son mutisme et de son rachitisme. Le Sylvandre, leur yacht, sombra mystérieusement alors qu'ils approchaient de la Terre de Feu.

Chap 8 : il a une photo de ses parents . Le narrateur se rend sur la tombe de son père , qui était militaire , il est mort lorsqu'il a rencontré un obus . Sa mère quant à elle est allée à Paris ( il pense à ce qu'elle a pu ressentir en découvrant la ville ) , elle s'est faite emmenée et tuée dans un camp de concentration avec sa sœur , où elle y est morte , Auschwitz ou un autre non loin . Le narrateur continue de vouloir écrire SON histoire , s'interroge sur son nom , comme ses parents polonais , « Perec » est un nom russe ou polonais , pour ça que l'on prononce [é] , en Hongrois « Perec » = bretzel

Chap 9 : Naufrage du Sylvandre remonte à 15 mois , aucun signal de l'enfant , Otto attend du narrateur à ce qu'il parte en expédition à la recherche de l'enfant et de retrouve Gaspard Winckler. Pendant ce temps les deux hommes sont seuls dans le bar , Otto admire la cantatrice qu'il a entendu chanté une fois , il tient une organisation maritime pour les bateaux naufragés.

Chap 10 : La rue Vilin : perec décrit la rue où il a grandi dans le 20 e arrondissement de Paris . La rue est aujourd'hui en grande partie détruite , maisons abattues , terrains vagues , façades avaeugles. Il évoque la maison de ses parents au n° 24 et celle de ses grands parents au n° 1 . Il raconte ses tentatives de retrouver cette rue à travers les années , sans jamais vraiment parvenir à l'identifier dans ses souvenirs. Deux photos : Perec décrit deux photographies de sa mère . La première ( 1938, boulevard de Belleville) montre sa mère et lui enfant , dans les bras l'un e l'autre. La seconde ( 1939 , Vincennes) est à moitié découpée , il y décrit minutieusement les vêtements et le visage de sa mère , avec une tendresse mélancolique. L'exode : il évoque ses souvenirs flous de l'Exode ( 1940). Sa tante Fanny s'occupait de lui. Il se souvient vaguement d'un village en Normandie, des bombardements , de sa tante qui lui cachait des choses. L'école : trois souvenirs d'école : le masques à gaz dans une cave , une médaille arrachée injustement par une maîtresse et le séances de jeu organisées à l'école. Le départ : Sa mère l'accompagne à gare de Lyon pour un convoi de la crois rouge vers Grenoble . C'est leur dernière séparation , elle ne reviendra pas . Il part avec un bras en écharpe ( hernie, appendice) , seul , vers sa famille adoptive.

Chap 11 : Otto fait le résumé des escales du bateau ainsi que des morts retrouvés . Le Sylvandre s'est éventré sur les brisants d'un minuscule îlot", au sud de l'île Santa Inès. Le choc fut si violent que Angus Pilgrim écrasé contre la paroi de sa cabine . Hugh Barton , la tête écrasée par la chute du grand mât , Zeppo déchiqueté par les rochers . Felipe décapité par un filin d'acier . Caecilia ( la mère ) les reins brisés par une malle qui avait été arrachée de son logement lors de la collision . Pas de traces de l'enfant . C'est l'ancien secrétaire de Caecilia qui a donné le nom de l'enfant au narrateur [pic 1][pic 2]

DEUXIEME PARTIE Chap 12 : description de l'île imaginaire , W , située à «  l'autre bout du monde » , près des côtes sud américaines . Elle mesure environ 14 km de long et a la forme d'un crâne de mouton . Elle est pratiquement inaccessible : pas de point de débarquement naturel , des récifs dangereux , des falaises de basalte et des marécages pestilentiels alimentés par deux rivières ( l'Omègue et le Chalde ) . Le paysage intérieur est austère , landes , tourbières , oiseaux marins , et le climat glacial , venteux . L'ïle a été colonisée par un groupe dont les descendants constituent aujourd'hui toute la population . Ni Patagons ni Fuégiens , leur origine reste floue et mal documentée , explorateurs , géographes et marins n'avaient pas achevé leur reconnaissance de l'île =. La tradition nomme un certain Wilson comme fondateur , mais avec de nombreuses variantes , les habitants sont majoritairement des blancs d'origine anglo-saxonne ( Wasp ) , fiers et organisés en une société à part. Ce qui frappe avant tout sur W , c'est que le sport y est roi. La devise « Fortius Altius Citius » orne les portiques des villages. Stades entretenus , journaux muraux affichant les résultats en temps réel, triomphes quotidiens, survêtements frappés d'un grand W blanc...tout concourt à faire de W une nation d'athlètes où la vie entière est organisée autour de la performance sportive et de la gloire du corps.

Chap 13 : réflexion sur la nature des ses souvenirs : ils existent , amsi rien ne les relie entre eux. Il les compare à son écriture non liée d'enfant , de slettres isolées incapable de former des mots , et à ses dessins de l'époque de W ( entre 11 et 15 ans ) des personnages aux membres déconnectés , des navires disloqués , des machines de guerre aux mécanismes impossibles. Tout se fragmente , se dissocie , rien ne tient ensemble. Ce qui caractérise cette période , c'est l'absence de repères , pas de chronologie , pas de lieux fixes , pas de visages stables . Le temps passait de façon arbitraire , sans début ni fin . Il vivait chez des tantes , des cousines , une grand mère , des gens qu'on rencontrat puis oubliait , sans jamais vraiment savoir qui ils étaient. Chez ses tantes , il se souvient d'une cuisine après le diner , d'une table avec une toile cirée , d'un abat jour , d'une suspension , des détails matériels précis qui contrastent avec le vide affectif ambiant.

Chap 14 : organisation spatiale et sportive de W . Les habitants sont répartis en quatre villages : W , Nord-W , Ouest-W et Nord-Ouest W , suffisamment proches pour être reliés en une matinée de course , ce qui constitue d'ailleurs un exercice d'entraînement . Chaque village est équipée d’infrastructures sportives complètes ( stade , piscine , gymnase , salles de massage ) et d'une forteresse au sud-ouest , où vivent les jeunes athlètes encadrés par des directeurs sportifs , des juges , des arbitres formant une hiérarchie stricte. Les compétitions s'organisent selon trois niveaux : les championnats internes au village , les championnats locaux entre villages connexes , et les rencontres de sélection entre villages non connexes , ces dernières culminant dans les trois grandes épreuves que sont les Olympiades , les Spartakiades et les Atlantiades , ouvertes à tous les athlètes. Ce système crée une rivalité permanente entre villages , les athlètes étant poussés à se surpasser pour monter dans la hiérarchie , ou risquer d'en descendre.

Chap 15 : souvenirs de Villard-de-Lans , où Perec il a passé une partie de son enfance pendant l'Occupation. Il évoque sa famille adoptive élargie : henri , sa tente esther , sa cousine ela , son cousin nicha , qui s'étaient tous réfigués dans ce village de montagne , comme beaucoup de familles juives fuyant la France occupée . Il décrit avec précision les lieux ( la villa isolée appelée Frimas , la grand-place , la patinoire) et les perosnnes notamment sa cousine ela , dont il analyse longuement une phtoographie avec la même minutie que pour sa mère. Il s'attarde ensuite sur deux souvenirs corporels marquants : une chute à la patinoire qui lui a cassé un os , et un accident de vélo qui lui a fracturé l'omoplate. Ces blessures donnent lieu à une longue réflexion sur le bras en écharpe comme métaphore récurrente dans sa vie , de son départ en convoi jusqu'à ces accidents d'enfance et sur les mots omoplate et clavicule qui lui on ttoujours été étrangement familiers , comme des points de suspension désignant des souleurs dont les vraies raisons n'étaient dites qu'à voix basse.

Chap 16 : les compétitions comprennent 22 épreuves d'athlétisme : 12 courses , 3 sauts , 4 lancers et 2 concours mixtes ( pentathlon et décathlon) auxquelles participent les 330 athlètes permanents de chaque villages , répartis en 22 équipes de 15. La spécialisation est totale : chaque athlète est formé pour exceller dans une seule épreuve , ce qui rend le cumul de victoires théoriquement possible mais socialement impensable , car cela troublerait la mosaïque humaine que forment les 264 concurrents des Olympiades. Le système de sélection est rigoureusement hiérarchisé : les trois meilleurs de chaque village accèdent aux Olympiades , les deux suivants aux Atlantiades , et les derniers aux Spartakiades. Cas particulier révélateur : le pentathlon et la décathlon sont réservés aux athlètes inaptes à toute performance sérieuse , ils deviennent des épreuves burlesques , où les concurrents déguisés en clown courent à cloche pieds ou en sac , offrant au public hilare un spectacle de dérision. Ce détail , apparemment anecdotique , laisse entrevoir la cruauté sous-jacente du système de W , où l'échec sportif mène à une humiliation publique.

Chap 17 : Évoque le séjour du narrateur dans un HOME d'enfants à Villard-de-Lans dirigé par un certain M.Pfister . Ses souvenirs sont flous , il je se rappelle même plus le nom exact de la pension . Il décrit une visite chez sa tante Esther où il retrouve son cousin Henri et un certain Robert en train de jouer à la bataille navale mouvante ; ils refusent de l'intégrer à leur jeu , le juge trop petit , ce qui l'humilie . Ce souvenir d'exclusion enfantine contraste avec le chaos du monde extérieur donc il ne perçoit rien : il sait vaguement qu'il y a la guerre , es réfugiés ( dont l'un s’appelait Normand et habitait chez un M.Breton , première plaisanterie dont il se souvient) et des soldats italiens en uniformes verts , réputés bêtes et inoffensifs . Il vit la guerre de manière périphérique et naïve.

Chap 18 : L'organisation sociale au service de la compétition , toute la structure de W n'a qu'une seule finalité : exacerber la compétition. La devise implicite est le « struggle for life » , ce n'est pas l'amour du sport lui-même qui anime les hommes , mais exclusivement la soif de vaincre à tout prix. Le traitement des vainqueurs , les champions sont célébrés avec un faste extraordinaire : cérémonies officielles , décorations , uniformes brodés , banquets , toasts et libations. La ville entière, les Officiels et le gouvernement leur rendent hommage. Le piège alimentaire et physiologique , les athlètes sont chroniquement sous-alimentés en sucre dans leur régime quotidien. Le repas du soir , réservé aux vainqueurs , constitue donc un apport glucidique crucial. Mais ce privilège devient un piège : grisés par leur victoire et affamés , les champions mangent et boivent excessivement , passent des nuits blanches et se retrouvent dans un état physique dégradé. Un système auto destructeur , ce mécanisme crée un cercle vicieux : la victoire entraîne des excès qui compromettent les performances futures , ce qui explique qu'il soit rarissime qu'un athlète gagne deux fois de suite. Les Officiels et Directeurs sportifs, loin de freiner ces excès , les encouragent même , car une rotation rapide des vainqueurs sert les intérêts collectifs de l'équipe.

Chap 19 : Le narrateur décrit le collège Turenne ( aussi appelé « le clocher ») , une batisse rose située à l'écart de Villard , près de Frimas. Dans un souvenir d'enfant , c'était un lieu isolé et presque coupé du monde, qu'il redécouvrit avec étonnement en y retournant en décembre 1970. Une institution religieuse stricte , le collège est dirigé par deux sœurs sévères , austères , vêtues de longues robes grises et portant de gros trousseaux de clés. A l'opposé , le directeur des études , le père David , moine franciscain ou dominicain, est décrit avec une grande affection , presque de la vénération. Le baptême du narrateur , célébré à l'été 1943, dans une atmosphère mêlant ferveur sincère et souci du rituel. Il revêt pour l'occasion un costume marin emprunté à son parrain , un jeune réfugié belge. La cérémonie est marquée par un souvenir précis et presque comique : les directrices qui le cherchent , le déshabillentt et le plongent dans un cuve d'eau froide . Le Père david lui confie un rôle de responsable de prière dans son dortoir. Le narrateur aspire à devenir enfant de choeur , mais il doit d'abord accomplir sa première communion , sa communion solenelle et sa confirmation. Il décrit avec précision les sept sacrements , fasciné notamment par la confirmation , acte unique et solennel impliquant un évêque . Un évêque vient au collège pour confirmer les éléèves en leur donnant symboliquemtn un soufflet. Le narrateur est légèrement déçu par la tenue sobre de l'évêque , sans mitre ni crosse. Il garde aussi un souvenir flou mais attendri des litanies , des comptines religieuses détournées en calembours par les élèves , mêlant piété enfantine et espièglerie.

Chap 20 : L'origine du système des noms-titres , dès la fondation de W , il fut décidé que les noms des premiers vainqueurs seraient transmis à tous leurs successeurs au palmarès. Ainsi le champuion du 100 m reçoit le titre de « jones » , celui du 200 m celui de « Macmillan », etc. Ce système s'étendit progressivement à toutes les compétitions : Spartakiades, championnats locaux , épreuves de sélection. En parallèle , les athlètes se donnèrent des sobriquetss informels basés sur des traits physiques , moraux , ethniques. L'administration ne les reconnut jamais officiellement , mais ne put les éradiquer non plus. Avec le temps , ces sobriquets perdirent leur caractère évocateur et devinrent de simples . L'identité d'un athlète se construit entièrement autour de ses victoires : il n' a pas de nom propre ,seulement les titres que ses performances lui ont valus. Un même athlète peut cumuler jusqu'à six noms selon ses différentes victoires. Sur les 1 320 athlètes en exercice , seuls 330 ont le droit à une identité officielle. Le titre le plus stable est celui de champion olympique , qu'on conserve à vie même sans le renouveler . Les autres titres ( championnants locaux , sélections , classemnts ) doivent être défendus presque chaque semaine. Pour éviter le confusion entre un ancien et un actuel champion , l'usage consiste à redoubler la première syllabe du titre, on dit ainsi le « Kekekkonen » ou me « Jojones » pour désigner les anciens champions. Le nombre de noms détermine les privilèges concrets : un seul nom donne accès libre au stade central, deux noms donennt droit à des douches supplémentaires, trois noms à un entraîneur particulier ( l'Oberschrittmacher) , quatre noms à un survêtement neuf. Les noms ne sont donc pas de simples titres honorifiques , mais de véritables marqueurs de statut social au sein de la société W

Chap 21 : un matin, des officiers allemands visitent le collège, consultent les registres et repartent en réquisitionnant le cochon du cuisinier. Cette scène, racontée avec une neutralité presque enfantine, rappelle discrètement le contexte de l'Occupation.

La photo avec la tante Esther:le narrateur décrit longuement une photographie prise en 1943 avec sa tante Esther, devant un chalet alpin. Il effectue une description minutieuse et presque analytique de chaque personnage visible sur le cliché — la chèvre, sa tante, lui-même tenant un chevreau — révélant un rapport à la mémoire fondé sur l'observation méticuleuse des détails plutôt que sur les émotions. Un autre souvenir surgit : courant vers une silhouette qu'on lui dit être sa tante, il découvre une inconnue. Ce moment cristallise pour lui un sentiment profond d'hostilité et de méfiance envers les étrangers, une vérité intérieure qu'il peine encore à formuler clairement.Le narrateur évoque ensuite les activités de son enfance à Villard : faire les foins, cueillir des myrtilles avec un instrument appelé "peigne". Mais c'est surtout le ski qui occupe une place centrale, pratiqué tout l'hiver avec une aisance naturelle et sans leçons. Il développe longuement ses connaissances techniques sur le matériel — choix des skis en hickory, taille idéale, types de fart, fixations — avec une précision encyclopédique et nostalgique. Un incident violent dans le couloir à skis ,un autre garçon lui assène un coup de bâton au visage ,lui laisse une cicatrice à la lèvre supérieure. Cette marque physique prend une importance considérable dans sa vie : elle devient un signe distinctif personnel, inscrit sur ses papiers d'identité, et surtout elle oriente toute son œuvre littéraire. Elle le conduit à s'identifier au Portrait d'un homme dit Le Condottiere d'Antonello de Messine, tableau du Louvre, qui deviendra le centre de son premier roman (Le Condottiere), puis réapparaîtra dans Un homme qui dort et dans le film tiré de ce livre, où l'acteur Jacques Spiesser porte par hasard une cicatrice presque identique coïncidence que l'auteur vécut comme secrètement déterminante.

Chap 22 :Le chapitre s'ouvre sur le principe fondamental de W : aux privilèges des vainqueurs répondent symétriquement les humiliations des vaincus. La plus connue de ces brimades est une coutume tolérée par l'Administration ,bien qu'officiellement interdite ,qui consiste à forcer le dernier d'une série à courir un tour de piste avec ses chaussures à l'envers, pratique en apparence anodine mais en réalité extrêmement douloureuse, qui compromet les performances futures de la victime. Plus la compétition est importante, plus les sanctions s'alourdissent. Lors des Olympiades, le dernier du 100m peut être mis à mort par lapidation si un spectateur le désigne comme lâche sa dépouille exposée trois jours dans les villages. Ces morts restent rares mais constituent une menace permanente qui intensifie la terreur de la défaite.L'auteur révèle que ce qui distingue fondamentalement W de toute autre société, c'est que l'injustice y est non pas un accident mais une politique délibérée et institutionnelle. Les résultats officiellement proclamés sont en réalité fondés sur une discrimination organisée dès le départ, que les Juges, Arbitres et Chronométreurs appliquent avec rigueur. Les Officiels ne s'y opposent pas, ils considèrent que l'injustice est le meilleur stimulant de la combativité. Ces inégalités prennent deux formes. Les premières, officielles, sont annoncées en début de réunion : handicaps positifs ou négatifs imposés à certains athlètes, équipes ou villages entiers (une équipe court 420m pendant que l'autre court 380m, par exemple). Les secondes sont imprévisibles, laissées à la discrétion des Organisateurs : les haies déplacées pour gêner certains concurrents, ou l'arbitre qui crie "stop" au moment le plus défavorable, forçant les athlètes à se figer dans une posture insupportable ,et c'est souvent celui qui tient le plus longtemps qui sera déclaré vainqueur. L'incertitude permanente ,même le meilleur ne sait pas s'il gagnera, même le plus faible ne sait pas s'il perdra , entretient une tension et une terreur constantes chez tous les participants.

Chap 23 :un souvenir de printemps/été 1944 : sous prétexte d'une promenade habituelle du jeudi, les enfants du collège sont emmenés dans une clairière où les attend un groupe d'une douzaine de résistants maquisards. Les enfants leur remettent leurs musettes  qui contenaient en réalité de la nourriture de ravitaillement. Le narrateur, fier d'avoir compris que cette rencontre n'était pas fortuite, observe avec fascination l'un des maquisards portant des grenades défensives accrochées à ses bretelles. Ce n'est que bien plus tard qu'il apprendra que les directrices du collège étaient elles-mêmes membres de la Résistance.

Quelques jours avant Noël 1943, une petite troupe d'enfants et d'adultes part en forêt chercher un arbre. C'est l'occasion pour le narrateur de découvrir la différence entre le pin et le sapin  les vrais sapins n'existant pas dans le Dauphiné. On abat donc un pin, et le professeur de gymnastique, homme à tout faire, grimpe à son sommet en s'aidant d'une sangle en cuir pour couper la cime. L'après-midi précédant Noël, l'arbre est installé dans le grand hall du collège, décoré de guirlandes, étoiles, bougies et boules en papier mâché aux couleurs ternes. Le soir, une blague est faite au professeur de gymnastique : on glisse dans ses immenses chaussures de ski, laissées autour de l'arbre, un paquet gigantesque ne contenant finalement... qu'une seule carotte. Seul dans son dortoir après la messe de minuit, le narrateur se réveille au milieu de la nuit, impatient de savoir s'il a reçu un cadeau. Il se lève pieds nus, longe les couloirs jusqu'à la galerie surplombant le hall et aperçoit en bas l'arbre illuminé, les chaussures disposées autour, et dans l'une des siennes une grande boîte rectangulaire. Le cadeau, envoyé par sa tante Esther, contient deux chemises à carreaux style cow-boy. Elles piquaient. Il ne les aimait pas. — Cette conclusion lapidaire dit tout de la solitude affective et de l'absence de tendresse familiale qui marquent cette période de son enfance.

Chap 24 :  A W, la Loi est à la fois absolue et totalement arbitraire. Nul ne peut l'ignorer, mais nul ne peut vraiment la connaître. L'athlète n'a aucun contrôle sur les décisions qui le concernent. Il peut finir dernier et être proclamé vainqueur, ou l'inverse. La victoire n'est pas un droit mais une grâce : le hasard y joue autant que le mérite, comme le résume la formule : "Am Stram Gram" peut décider du résultat d'une épreuve. Pour corriger partiellement cette injustice structurelle, W a institué les Spartakiades ,des jeux ouverts aux athlètes sans nom, c'est-à-dire non classés, qui n'ont accès ni aux championnats locaux, ni aux Olympiades. Ces épreuves très disputées, appelées dans l'argot du public "l'Écurie" ou "les crouilles", rassemblent 1 056 athlètes contre seulement 264 aux Olympiades. Leur enjeu est crucial : un vainqueur de Spartakiade obtient un nom, des droits et des avantages, et bénéficiera d'un handicap favorable dans le championnat de classement suivant. L'autre institution clé est le Système des Défis. Un athlète sans nom peut défier un vainqueur classé immédiatement après sa victoire. Le vainqueur ne peut pas refuser. L'enjeu est radical : si le "coincheur" (celui qui lance le défi) gagne, il remporte le nom et tous les privilèges de sa victime ; s'il perd, il lui cède son propre titre le plus précieux. L'Officiel fixe le handicap, qui peut avantager ou désavantager le défiant selon sa convenance rendant l'issue encore une fois imprévisible. Les Officiels ne sont pas opposés à cette impudence : ils l'encouragent même, car elle leur permet de précipiter dans la défaite les champions que leurs victoires auraient rendus arrogants. Le sport sur W est ainsi présenté comme une école de modestie forcée : nul ne peut se croire durablement au sommet dans un système où la loi elle-même est conçue pour renverser ceux qui s'y croient installés.

Chap 25 :Le narrateur revient sur ces moments où il se retrouvait seul dans le collège vide. Un après-midi d'été, il découvre le grenier : un long corridor rempli de valises, de malles et de rouleaux de pellicule. Il déroule ces films à la lumière  la plupart sont sans intérêt, mais l'un d'eux représente un désert avec des palmiers, des oasis et des chameaux. Il en garde un grand morceau, fasciné. À la rentrée, il utilise ce fragment de film comme preuve d'un mensonge élaboré : il annonce à ses camarades qu'il partira l'année prochaine en Palestine, brandissant le film comme témoignage. Son but est pratique  obtenir les portions de goûter de ses camarades en échange de la promesse de leur envoyer des oranges depuis là-bas. Un seul enfant accepte le marché, lui donne la moitié de son goûter... puis court immédiatement le dénoncer à la directrice. Le narrateur est puni sévèrement, mais ne se souvient plus de la punition elle-même.

Ce souvenir soulève pour lui des interrogations restées sans réponse : comment se faisait-il qu'il soit le seul enfant dans ce collège pendant les vacances ? Où allaient les autres ? Et surtout, comment savait-il qu'il devait aller en Palestine ? Il comprendra plus tard que ce n'était pas un simple mensonge d'enfant c'était un projet réel formé par sa tante Esther et sa grand-mère Rose. Persuadées que sa mère ne reviendrait jamais, elles voulaient l'emmener à Haïfa, chez le fils de la grand-mère, Léon. Mais celui-ci et sa femme avaient déjà trois enfants et hésitèrent à en adopter un quatrième, si bien que la grand-mère finit par partir seule en 1946. En 1943-1944, la grand-mère Rose avait un logement à Villard, puis alla vivre dans un home d'enfants à Lans en l'y emmenant. Le narrateur avoue ne se souvenir d'elle qu'une seule fois pendant tout son séjour au collège Turenne non qu'elle ne soit pas venue, mais parce qu'il n'en garde aucun souvenir. Il suggère qu'il a peut-être déplacé mentalement certaines scènes de Lans vers Villard. Ce flou mémoriel renvoie à un autre souvenir, tout aussi fort mais fondamentalement différent, qui sera évoqué ensuite , signe que la mémoire de l'enfance reste pour lui fragmentée, incertaine et douloureuse.

Chap 26 : l'Atlantiade, la compétition organisée pour la reproduction. La conception des enfants y est une grande fête collective et ritualisée.

Les femmes vivent enfermées dans des gynécées entourés de clôtures électrifiées, non par crainte de leur fuite , leur docilité est totale ,mais pour les protéger des athlètes qui tentent régulièrement de s'y introduire par effraction. La sanction pour intrusion est graduée selon la distance parcourue : exécution immédiate près de la clôture, bastonnade si l'on franchit le mur, et si par l'impossible un athlète atteignait les dortoirs, il serait célébré comme "Casanova d'honneur". Le nombre de femmes reste limité ,rarement plus de cinq cents , car on ne garde qu'une fille sur cinq à la naissance. Une fois par mois environ, les femmes présumées fécondes sont amenées au Stade central, dévêtues et lâchées sur la piste. On leur laisse prendre un demi-tour d'avance, puis les 176 meilleurs athlètes W (les deux meilleurs de chaque discipline dans chaque village) sont lancés à leur poursuite. Un seul tour de piste suffit généralement pour les rattraper, et c'est le plus souvent face aux tribunes d'honneur qu'elles sont violées. Ce protocole exclut totalement les athlètes non classés et les troisièmes des championnats de toute chance de reproduction. Par ailleurs, comme le nombre de femmes est inférieur à 176, la plupart des athlètes autorisés à courir n'obtiendront rien. La nature même de l'épreuve ,demi-fond sur courte distance , favorise structurellement les coureurs de demi-fond et les sprinters de 400m, tandis que les sprinters de 100m s'asphyxient et que les lanceurs ou sauteurs sont pratiquement éliminés d'avance. Pour compenser ces déséquilibres, l'Administration a progressivement toléré puis intégré dans les règles des comportements d'une violence croissante : coups de coude, de genou, strangulations, morsures, coups portés au sexe... Si certaines formes d'agression trop extrêmes furent temporairement interdites, elles sont devenues si fréquentes qu'elles ont fini par être admises. La seule règle absolue est que les femmes doivent être entièrement nues ,mesure justifiée par le fait qu'il s'agit d'une "course", même si les chaussures des athlètes, aux pointes acérées et lacérantes, transforment l'épreuve en un carnage aux conséquences imprévisibles.

Chap 27 :Le narrateur ne se souvient plus exactement des circonstances de son départ du collège Turenne. Il pense que ce fut après la montée des Allemands à Villard, peu avant leur offensive contre le Vercors. Ce qu'il retient, c'est une image simple et poignante : lui et sa grand-mère marchant sur une route en plein été, elle portant une grosse valise, lui une petite. Ils s'arrêtaient souvent, épuisés par la chaleur, pour parcourir les sept kilomètres entre Villard-de-Lans et Lans-en-Vercors un trajet qui leur prit tout une après-midi. Le home d'enfants à Lans où ils s'installèrent était beaucoup plus petit que le collège Turenne. Le narrateur en garde un souvenir très flou  ni le nom, ni l'aspect du bâtiment. Sa grand-mère y travaillait comme cuisinière, et comme elle ne parlait pratiquement pas le français et qu'un accent étranger aurait pu la trahir dangereusement, il fut convenu qu'elle passerait pour muette. Le seul souvenir précis que le narrateur garde de cette pension est un incident traumatisant : une petite fille fut trouvée enfermée dans un cagibi. Tout le monde l'accusa d'en être responsable. Il reconnaît qu'il était seul dans la salle de jeux tout l'après-midi et qu'il aurait pu l'enfermer mais il affirme ne l'avoir fait ni par méchanceté, ni exprès, ni même consciemment. Il refusa d'avouer, fut mis en quarantaine, et plusieurs jours durant personne ne lui adressa la parole. Peu après ,dans ce même espace, dans un souvenir indissociable du premier ,une abeille se posa sur sa cuisse et le piqua. Sa cuisse enfla de façon colossale. Pour tous ses camarades, et surtout pour lui-même, cette piqûre fut interprétée comme la preuve que le Bon Dieu l'avait puni ,confirmation divine de sa culpabilité dans l'affaire de la petite fille enfermée. Ce double souvenir :la faute, réelle ou non, et le châtiment providentiel constitue l'un des moments les plus denses et les plus douloureux de toute son enfance.

Chap 28 : Aucune compétition sur W n'égale le spectacle des Atlantiades. Contrairement aux autres épreuves, régies par une discipline stricte avec juges et arbitres, les Atlantiades se déroulent sous le signe de la liberté totale  sans Juges de touche, ni Chronométreurs, ni Arbitres. Les 176 concurrents sont massés sur une zone de départ séparée des femmes par un treillis électrifié. Quand celui-ci est coupé, les hommes se lancent à la poursuite des femmes.

Une guerre avant même la course La compétition a en réalité commencé bien avant le signal : les participants sont désignés plusieurs jours, parfois semaines à l'avance, ce qui donne à chacun le temps d'éliminer ses futurs adversaires. Un tiers des concurrents sont déjà pratiquement hors course au moment du départ assommés, blessés aux pieds et aux jambes par les chaussures à pointes des autres. Cette guerre préliminaire dans les vestiaires, dortoirs, douches et réfectoires constitue pour l'auteur l'une des grandes Lois de la vie W, trouvant ici son terrain d'action le plus favorable. Sur la piste, chaque concurrent adopte une stratégie selon ses capacités : les bons coureurs de demi-fond s'éloignent vers l'arrière pour produire leur effort au bon moment ; les pugilistes et lanceurs, sans chance à la course, cherchent à éliminer le maximum d'adversaires dès le départ. Des alliances se forment  soit par nationalité (village), soit par spécialité  pour se partager les femmes au final. Ces alliances peuvent se retourner brutalement : un lanceur allié peut soudainement attaquer son propre compatriote pour s'emparer de sa part. En coulisses, un marché noir florissant se développe : on achète les conseils des vétérans, on négocie des indulgences, on promet des récompenses dérisoires (une demi-cigarette, du beurre, du chocolat) aux non-classés pour obtenir leur aide. Des athlètes sont noyés dans les lavabos, d'autres laissés pour mort dans les dortoirs. L'Administration fait afficher des interdictions, mais ne fait rien pour y remédier vraiment  elle s'en accommode, y voyant la preuve que la vigilance des athlètes s'exerce partout et à tout instant. Contrairement aux autres compétitions qui se déroulent dans le silence, les Atlantiades sont accompagnées des hurlements de la foule, retransmis à pleine puissance par des haut-parleurs disposés autour du Stade. Le vacarme atteint son paroxysme lorsque les derniers rescapés rejoignent leurs proies pantelantes  un déchaînement tel qu'on pourrait presque croire à une émeute.

Chap 29 :Le narrateur évoque la Libération avec une neutralité déconcertante : il n'en garde aucune image, aucun souvenir marquant. Il revint à Villard avec sa grand-mère, où ils vécurent quelques mois dans leur ancien logement. À la rentrée, il intègre l'école communale en huitième l'équivalent du cours élémentaire. Il liste ensuite sa scolarité de façon mécanique et distante, comme un inventaire : 1945, la rue des Bauches ; le concours des Bourses ; 1946, le lycée Claude-Bernard ; 1948, le latin ; 1949, le grec puis l'abandon du grec pour l'allemand ; la 4e redoublée à Étampes, etc. Cette énumération froide dit en creux l'absence de repères affectifs stables dans cette période.

La gaucherie : une marque identitaire :Le narrateur développe longuement sa gaucherie contrariée il écrit de la main droite mais est naturellement gaucher. Il en a gardé des séquelles durables : une légère inclinaison de la tête, une incapacité chronique à distinguer droite et gauche (ce qui lui a valu de rater son permis de conduire et de faire de lui un mauvais rameur), et une difficulté générale avec tout ce qui implique une latéralité ou une dichotomie : concave/convexe, afférent/efférent, métaphore/métonymie, etc. Il recourt à des procédés mnémotechniques pour compenser.Il relate aussi un souvenir haut en couleur : une descente en bobsleigh le long de la grande route des Frimas, interrompue par une sortie de route dans un ravin  heureusement amortie par la neige. Il ne sait plus si c'est un souvenir réel ou emprunté. Sa grand-mère et sa tante Esther regagnèrent Paris, et il alla vivre chez la belle-sœur d'Esther, la tante Berthe, et son fils Henri, dans le bas de Villard, non loin de la patinoire. Il garde de ce séjour quelques souvenirs épars : une belle chambre avec un balcon de bois, une maladie soignée par des ventouses et des infusions de queues de cerises, et les opérations culinaires minutieuses de Berthe découpant la pâte au moyen d'un verre, disposant les sablés sur une plaque huilée des images de douceur domestique qui tranchent avec la solitude des années précédentes.


Chap 30 : Dès la naissance, les nourrissons passent leurs premiers mois auprès de leurs mères dans des pouponnières chauffées, avant d'être transférés à la Maison des Enfants, un vaste bâtiment sans cloisons situé en dehors de la Forteresse, qui sert à la fois de dortoir, de salle de jeux, de réfectoire et de cuisine. Les enfants y grandissent par milliers, filles et garçons mélangés, dans une promiscuité décrite comme heureuse, surveillés par à peine une dizaine d'adultes dont le rôle est essentiellement sanitaire :contrôles médicaux, dépistage, opérations de routine. Les plus âgés s'occupent naturellement des plus jeunes, et tous gèrent librement leurs horaires et leurs activités. Cette liberté apparente est cependant trompeuse : le monde extérieur leur est totalement inconnu, séparé d'eux par des fossés, des clôtures électrifiées et des champs de mines, et la Loi W n'a jamais besoin d'être explicitement imposée car elle est intégrée organiquement, dès l'enfance, dans les désirs et les comportements de chacun. À quinze ans survient la rupture : les filles rejoignent les gynécées pour n'en sortir qu'aux Atlantiades, tandis que les garçons intègrent les villages pour devenir de futurs Athlètes. Ce départ est vécu sans trop de douleur, car l'enfant reste convaincu de retrouver bientôt ses camarades. Mais c'est alors que commence la Quarantaine, les six premiers mois de noviciat considérés comme la période la plus douloureuse de toute la vie d'un Sportif W : le novice est menotté, enchaîné la nuit à son lit, souvent bâillonné, soumis à des humiliations, des coups et des injures d'une intensité que rien de ce qui suivra n'égalera jamais. Le choc est d'autant plus violent que l'enfant, nourri depuis toujours d'images de fêtes grandioses et de gloire sportive entrevues de loin, découvre une réalité sordide et brutale : des Athlètes épuisés qui s'effondrent, se battent sauvagement pour un morceau de saucisson, un peu d'eau ou une bouffée de cigarette, et des Vainqueurs gavés de mauvaise nourriture et d'alcool s'effondrant dans leurs vomissures. Les anciens novices tentent parfois d'expliquer, de préparer les nouveaux arrivants, mais ils n'y parviennent jamais vraiment, car ce qu'il faut comprendre est proprement indicible : ce n'est pas un cauchemar passager, c'est la vie réelle, la seule qui existe, sans recours, sans pitié, sans espoir que quoi que ce soit change jamais. Il faut se battre chaque jour pour survivre, il n'existe aucune alternative possible. Face à cette réalité totale et écrasante, très peu de novices tentent de se suicider, très peu deviennent fous, mais la grande majorité finit par se taire obstinément, tandis que la devise olympique « Plus vite, plus haut, plus fort » s'inscrit lentement et irrémédiablement dans leur esprit, achevant leur soumission complète à l'ordre W.

Chap 31 :premières lectures transmis par cousin Henri. Le premier livre dont il se souvient est un roman-feuilleton d'aventures, probablement Le Tour du monde d'un petit Parisien, dont une couverture représentant un enfant marchant sur un sentier étroit au bord d'un précipice lui est restée durablement en mémoire. Le deuxième était Michaël, chien de cirque, dont il retient surtout un épisode marquant où un athlète, apparemment écartelé par quatre chevaux, sourit sous la torture car les câbles sont en réalité dissimulés sous ses vêtements mais le directeur de cirque l'oblige quand même à feindre la plus grande souffrance. Le troisième, et le plus important, était Vingt ans après de Dumas, que Perec connaissait si bien qu'il pouvait en réciter par cœur les moindres détails ,les coins de vermeil de la table de Mazarin, la lettre de Porthos dans la poche d'un vieux justaucorps, la trousse de Grimaud , et qu'il relit encore aujourd'hui avec la même jouissance, trouvant dans cette relecture une forme de complicité, de connivence, voire de parenté profonde. Ces trois livres avaient cependant quelque chose de troublant en commun : ils étaient tous incomplets, renvoyant à d'autres volumes absents et introuvables, ce qui entretenait chez l'enfant une frustration mêlée de désir. Henri, lui, avait lu Les Trois Mousquetaires et Le Vicomte de Bragelonne, et c'est ainsi qu'il apprit à Perec comment mouraient les personnages principaux : Porthos, Athos, Raoul, d'Artagnan dans des scènes que Perec n'avait pas encore lues. Ce qui transportait le plus le jeune Perec, c'était la mort de d'Artagnan, que Henri lui racontait en marchant à ses côtés dans une petite charrette lors de grandes balades à la campagne. Un jour cependant, alors que Henri confectionnait avec soin des damiers pour jouer à la bataille navale avec Perec, il fut pris d'une colère inexplicable et les déchira et les piétina. Perec, des années plus tard, continuait à évoquer cet incident avec Henri, incapable d'en comprendre la logique, et ce qu'il en avait finalement retenu, plus sourdement, n'était pas qu'Henri était simplement un enfant — mais que celui qu'il avait voulu croire être un être infaillible, un modèle et un détenteur du savoir, ne l'était pas, ou ne l'était plus tout à fait.

Chap 32 : le passage officiel du statut de Quarantaine à celui de novice, ainsi que le système de tutelle qui en découle. À l'issue des six mois de Quarantaine, le nouvel arrivant est solennellement intronisé lors d'une cérémonie publique sur le Stade central : on lui retire ses menottes, ses fers et ses boulets, et on lui remet un large triangle d'étoffe blanche qu'il coud sur le dos de son survêtement, insigne de sa nouvelle fonction. Un discours officiel exalte les vertus du Sport et les principes de l'Idéal olympique W, puis une rencontre amicale  sans homologation ni récompense réunit novices et Athlètes pour clôturer la cérémonie. La seconde manifestation, elle, est d'abord secrète et privée, se déroulant dans les chambrées : il s'agit de désigner parmi les Athlètes un tuteur pour chaque novice, c'est-à-dire un protecteur qui se chargera de son entraînement, lui enseignera les techniques du Sport et les règles sociales du village, et viendra à son secours en cas de menace. En contrepartie, le novice servira ce tuteur avec dévouement  lui faisant son lit, lavant son linge, lui apportant ses repas, entretenant son équipement sportif. Ce tuteur est désigné à l'issue d'un combat singulier opposant les deux meilleurs Champions olympiques du village, qui se disputent âprement l'honneur de protéger les novices car cela leur confère un pouvoir social considérable. En pratique, chaque Champion accumule ainsi de nombreux filleuls, en garde quelques-uns pour lui et monnaye les services des autres auprès des Athlètes moins titrés, constituant de véritables réseaux de clientèles hiérarchisés qui structurent toute la vie sociale du village. Ce pouvoir est immense : les Champions protecteurs peuvent user de leurs novices et de leurs crouilles pour harceler, épuiser, priver de nourriture et de sommeil leurs rivaux les plus dangereux  ceux qui les talonnent dans leur spécialité et dont la victoire serait le signal d'une impitoyable vengeance. Mais ce système est aussi fragile qu'il est féroce : un seul revers sportif, un arbitrage défavorable peut suffire à faire perdre au Champion tous ses titres durement acquis, et aussitôt toute sa clientèle se retourne contre lui pour aller mendier les faveurs des nouveaux Vainqueurs.

Chap 33 : les souvenirs de guerre et d'histoire que Perec partageait avec son cousin Henri durant son enfance chez tante Berthe. Tout part d'un grand dictionnaire Larousse en deux volumes qui se trouvait dans la maison, et dont Perec ne retient qu'une planche en couleurs représentant les drapeaux de toutes les nations souveraines. Cette image l'avait particulièrement marqué car Henri et lui confectionnaient à l'époque une collection de drapeaux aux couleurs alliées et allemandes, qu'ils utilisaient pour suivre jour après jour, sur une grande carte d'Europe punaisée au mur, l'avance des armées alliées telle que la rapportait leur journal quotidien, Les Allobroges. Chaque drapeau correspondait à une armée ou une division, et l'essentiel était que le nom d'un général y figure  Perec se souvient encore de Joukov, Eisenhower, Montgomery, Patton, Omar Bradley, et surtout de son favori, le général de Larminat, ainsi que de Thierry d'Argenlieu, le seul amiral qu'il connût, et dont il aimait qu'on dît qu'il était moine. Un autre souvenir fort est lié à François Billoux, une sorte d'idole politique pour lui, dont le passage à Villard donna lieu à un rassemblement gigantesque sur la place du village ; Henri tenait ce jour-là le livre d'Ilya Ehrenbourg, La Chute de Paris, et parvint à le faire dédicacer par Billoux. Perec, lui, réussit seulement à lui serrer la main. Il se souvient aussi du jour de mai 1945 où il alla chercher le journal et trouva la place noire de monde, rentrant en courant dans les rues encombrées d'une foule enthousiaste en brandissant Les Allobroges et criant que le Japon avait capitulé. Enfin, il évoque une soirée au cinéma avec Henri, Berthe et Robert  le père d'Henri  pour voir Le Grand Silence blanc, un film dont Henri attendait une histoire de Grand Nord avec des chiens de traîneaux et des Esquimaux, mais qui se révéla être en réalité l'histoire de Charles de Foucauld dans le désert du Sahara. Le film se termina sur la mort de Foucauld, attaché à un poteau, une balle lui entrant dans l'œil, le sang coulant sur sa joue , image violente et précise dont Perec garde un souvenir net et troublant.

Chap 34 :la frontière entre Sportifs et Officiels dans la société W, et révèle progressivement que cette frontière, présentée comme franchissable, est en réalité un piège supplémentaire. Les Lois W, habituellement laconiques et menaçantes, sont ici étonnamment détaillées et généreuses : elles décrivent avec précision toutes les voies par lesquelles un Athlète peut accéder à un poste d'Officiel  Directeur d'équipe, entraîneur, masseur, coiffeur dans son village, ou sur les Stades une multitude de petits postes hiérarchisés comme serveur, crieur, balayeur, lanceur de colombes, porteur de torche, musicien, calligraphe, etc. Ces postes offrent des privilèges considérables  exemption de corvées, accès aux douches, logement individualisé, libre accès aux Stades et salons de réception  qui s'avèrent en réalité indispensables à la simple survie du vétéran. Un système de points, primes et bonifications cumulés sur toute la carrière permet en principe, au bout de quatre ans de performances régulières, d'obtenir d'office une place privilégiée. Des combinaisons de victoires : le Brelan, le Double, le Carré, le Tiercé  permettent même d'accélérer ce passage, bien que certaines de ces combinaisons soient statistiquement quasi impossibles. Il existe aussi des systèmes fondés sur le seul hasard, permettant théoriquement à n'importe quel Athlète médiocre de devenir Officiel du jour au lendemain. Mais Perec révèle aussitôt l'hypocrisie de ce système : cette apparente générosité des Lois n'est qu'une ironie féroce, car chaque décision est en réalité soumise au bon vouloir de la hiérarchie  ce qu'un Chronométreur suggère, un Arbitre peut le refuser ; ce qu'un Juge propose, un Directeur en dispose ; ce qu'un Officiel concède, un autre peut l'annuler. Les grands Officiels ont tout pouvoir, décident et reviennent sur leurs décisions à leur guise. Ainsi, un Athlète ne sait jamais avec certitude s'il deviendra Officiel, ni s'il le restera. Ceux qui échouent  les vétérans chassés des équipes sans avoir obtenu de poste, appelés les mulets  n'ont absolument aucun droit ni aucune protection : les dortoirs, réfectoires, douches et vestiaires leur sont interdits, ils ne peuvent ni parler ni s'asseoir, on les dépouille de leurs vêtements et chaussures, ils s'entassent près des poubelles et rôdent la nuit autour des gibets pour tenter d'arracher quelques lambeaux de chair aux cadavres des vaincus lapidés et pendus. Face à cette misère absolue, les petits Officiels, eux, sont tout-puissants sur les Athlètes : ils font claquer leurs fouets, tournent négligemment les robinets d'eau bouillante ou glacée, donnent le signal des huées, et font respecter les Lois du Sport avec une sauvagerie décuplée par la terreur  car leur propre sort dépend entièrement, à tout instant, de l'humeur d'un regard ou d'une facétie d'un juge.

Chap 35 : le voyage de Perec enfant depuis Villard-de-Lans jusqu'à Paris, en compagnie de son cousin Henri. Avant de rejoindre la capitale, ils s'arrêtent une journée entière à Grenoble, où le téléphérique de la Grande Chartreuse est en panne. Henri l'emmène alors dans un petit cinéma appelé Le Studio, une salle élégante avec tapis et grands fauteuils, très différente des hangars et salles de patronage que Perec avait connus jusque-là. Ils y voient La Vie privée d'Henry VIII d'Alexandre Korda avec Charles Laughton, et Perec retient avant tout le coup de gong majestueux des films Rank, ainsi qu'une seule scène du film : le vieux roi dévorant en cachette, à pleines dents, un poulet entier. Le voyage jusqu'à Paris est long, et Henri lui apprend à mesurer les kilomètres en observant les panneaux bleus à chiffres blancs sur le bord extérieur de la voie  une habitude que Perec dit avoir conservée depuis. Ils arrivent à Paris le lendemain après-midi, accueillis à la gare par la tante Esther et l'oncle David ; en sortant, Perec demande le nom du bâtiment impressionnant devant lui et apprend que c'est simplement la gare de Lyon. On monte dans la onze-chevaux noire de l'oncle, on dépose Henri et ses parents avenue Junot à Montmartre, puis Perec rejoint sa tante rue de l'Assomption. Les jours qui suivent sont évoqués par une série de souvenirs brefs et accumulés, notés comme autant de premières fois : l'école communale rue des Bauches, un goûter de Noël offert par des soldats canadiens, un défilé devant un général où Perec porte une grande gerbe rouge aux côtés de deux autres enfants portant des gerbes bleue et blanche. Puis, avec sa tante, une visite à une exposition sur les camps de concentration, tenue du côté de La Motte-Picquet-Grenelle c'est aussi ce jour-là qu'il découvre l'existence des métros aériens. Il se souvient des photos montrant les murs des fours lacérés par les ongles des gazés, et d'un jeu d'échecs fabriqué avec des boulettes de pain. Ce dernier souvenir, mentionné sans commentaire, constitue l'une des rares allusions directes à la Shoah dans la partie autobiographique du livre, et son apparente neutralité de ton en accentue encore la brutalité.

Chap 36 : l'Athlète W n'a aucun pouvoir sur sa vie, aucun secours à attendre du temps qui passe, des saisons ou des jours. Sa vie entière n'est qu'un effort acharné et incessant vers un triomphe illusoire qui ne vient presque jamais, et quand il vient, il est dérisoire. Le texte bascule alors dans une litanie haletante de verbes à l'infinitif :courir, ramper, s'accroupir, se relever, sauter, rester au garde-à-vous ,qui mime par sa forme même l'épuisement mécanique et sans fin du corps soumis. Immergé dans un monde sans loi compréhensible, ignorant tout de ses véritables ennemis, l'Athlète W ne sait même pas qu'il pourrait les vaincre, ni que cette Victoire serait la seule qui pourrait le délivrer. Il y a deux mondes, celui des Maîtres et celui des esclaves, mais l'Athlète ne le sait pas ,il préfère croire à son étoile, espérer que le hasard le désignera un jour pour porter la Flamme olympique, ce qui lui vaudrait une protection permanente. Toute son énergie est consumée par cet espoir misérable. Pour tromper le destin, les Sportifs se fabriquent des osselets avec de la mie de pain, collectionnent des talismans ,une pointe de chaussure de Champion, un ongle de pendu et pratiquent des paris clandestins sur les numéros matricules des vainqueurs des épreuves olympiques. Puis le texte bascule vers une description des Jeux eux-mêmes, et le contraste est saisissant : d'un côté la pompe officielle  orphéons en uniformes chamarrés jouant l'Hymne à la joie, milliers de colombes et de ballons lâchés dans le ciel, Athlètes entrant en rangs impeccables bras tendus vers les tribunes où les grands Dignitaires les saluent  et de l'autre la réalité des corps : des athlètes squelettiques aux crânes luisants, à l'échine courbée, aux yeux pleins de panique, couverts de plaies purulentes, trottinant à cloche-pied entre deux haies de Juges armés de verges et de gourdins. Les performances enregistrées sont pathétiques  le 100 mètres couru en 23 secondes, le meilleur sauteur n'ayant jamais dépassé 1,30 m  et Perec conclut que seul un anéantissement systématique, conscient et organisé des hommes peut expliquer une telle médiocrité. Le chapitre se termine sur un passage d'une violence symbolique absolue : celui qui pénétrerait un jour dans la Forteresse y trouverait d'abord des pièces vides et grises, puis, enfouis dans les profondeurs du sol, les vestiges d'un monde qu'il croyait avoir oublié des tas de dents d'or, d'alliances, de lunettes, des milliers de vêtements en tas, des fichiers poussiéreux, des stocks de savon de mauvaise qualité. C'est ici que W se révèle dans sa vérité nue : W n'est pas une utopie sportive, c'est un camp d'extermination. La métaphore, entretenue depuis le début du livre, se déchire enfin, et la fiction rejoint l'Histoire avec une brutalité absolue.

Chap 37 :Perec lève définitivement le voile sur ce que W a toujours été. Il commence par un aveu personnel : pendant des années, enfant, il a dessiné des sportifs aux corps rigides et aux faciès inhumains, décrit leurs combats incessants, énuméré leurs palmarès sans fin  sans comprendre ce qu'il était en train de faire. Puis, des années plus tard, en lisant L'Univers concentrationnaire de David Rousset, il tombe sur un passage qui fait éclater rétrospectivement le sens de toute la fiction W. Ce texte, qu'il cite, décrit le fonctionnement des camps de répression nazis : pas de travail véritable, du « sport » imposé comme torture, une nourriture dérisoire, des coups à toute heure du jour et de la nuit, des détenus forcés de s'habiller et se déshabiller plusieurs fois par jour à la matraque, de courir, de ramper dans la boue, de se relever cent fois de rang, de s'inonder d'eau froide et de garder vingt-quatre heures leurs vêtements mouillés tout cela sous les ordres criés en allemand et les coups des S.S. La correspondance est totale, mot pour mot, geste pour geste, avec ce que Perec a décrit pendant tout le livre sous le nom de W. La fiction n'était pas une métaphore : c'était une mémoire. Perec conclut en une phrase sobre et accablante : il a oublié les raisons qui, à douze ans, l'ont poussé à situer W en Terre de Feu, mais les fascistes de Pinochet se sont chargés de donner à son fantasme d'enfant une ultime résonance plusieurs îlots de la Terre de Feu sont aujourd'hui des camps de déportation. Le livre se ferme sur la mention Paris-Carros-Blévy, 1970-1974, et ce silence final est le plus éloquent de tous : W ou le Souvenir d'enfance est un livre sur la Shoah écrit par un enfant qui n'avait pas les mots pour en parler, et qui les a trouvés, sans le savoir, dans le sport et la fiction.

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