Émile Zola, L'œuvre (1886)
Fiche de lecture : Émile Zola, L'œuvre (1886). Rechercher de 54 000+ Dissertation Gratuites et MémoiresPar fannief • 7 Janvier 2026 • Fiche de lecture • 1 282 Mots (6 Pages) • 72 Vues
Lecture linéaire : Émile Zola, L'œuvre (1886) [gemini]
Introduction
Accroche :
Émile Zola, chef de file du mouvement naturaliste, a consacré son cycle romanesque des Rougon-Macquart à « l'Histoire naturelle et sociale d'une famille sous le Second Empire ». Son ambition était de peindre la totalité du monde moderne en s'appuyant sur les nouvelles connaissances scientifiques.
Présentation du texte :
L'extrait est tiré de L'œuvre, roman qui explore le milieu artistique parisien et la figure tragique de l'artiste maudit. Il met en scène un dialogue passionné entre le peintre Claude Lantier et l'écrivain Pierre Sandoz, alter ego de Zola. Dans ce passage, les deux amis partagent leur vision d'un art nouveau, exprimant avec une ferveur quasi mystique l'idéal qui les anime.
Problématique :
Comment ce dialogue met-il en scène l'exaltation créatrice des artistes, une force si démesurée qu'elle porte en elle les germes de la destruction ?
Annonce des mouvements :
Nous analyserons ce texte en suivant trois mouvements.
Le premier (l. 1 à 9) expose le rêve d'une œuvre totale qui passe par la destruction des hiérarchies anciennes, dans un registre lyrique et polémique.
Le deuxième (l. 9 à 17) déploie ce programme de manière frénétique dans le champ de la peinture, sur un registre épique.
Enfin, le troisième mouvement (l. 17 à 21) prend un recul narratif pour analyser cette exaltation, source de force mais aussi de démesure.
Analyse linéaire
Premier mouvement : Rêver une œuvre-monde : détruire l'ordre pour créer le "grand tout" (l. 1-9)
Le rêve d'une création totale (sous-partie A) :
Le texte s'ouvre sur un registre lyrique, marqué par l'interjection « Ah ! » et la phrase exclamative au conditionnel : « Que ce serait beau [...] ». Le rythme de la phrase est ample et solennel, traduisant la grandeur du rêve. L'ambition est démesurée, comme le montre l'hyperbole « donner son existence entière à une œuvre ». Le champ lexical du sacré et de la totalité (« existence entière », « universelle », « grand tout ») culmine avec la métaphore biblique de « l’arche immense ! ». L'artiste se rêve en Noé moderne, dont l'œuvre serait une nouvelle création capable de contenir le monde.
La destruction des hiérarchies (sous-partie B) :
Cette création passe par une destruction radicale. Le registre devient polémique avec la négation « Et pas dans l’ordre des manuels de philosophie » et l'adjectif péjoratif « imbécile ». Zola rejette la pensée académique. À la place, il veut une création organique, suggérée par la métaphore de la « pleine coulée de la vie universelle », où l'allitération en [l] crée une impression de fluidité. L'artiste doit aussi détruire l'orgueil de l'homme : « un monde où nous ne serions qu’un accident ». La formule finale, « le grand tout, sans haut ni bas, ni sale ni propre », utilise des négations pour détruire toutes les catégories traditionnelles, avec un rythme ternaire qui martèle ce refus des distinctions.
Le doute face à la science (sous-partie C) :
Le champ lexical de la connaissance (« science », « romanciers », « poètes ») identifie la source de ce nouvel art. Pourtant, cette source est aussi une cause de doute : « Mais, voilà ! que lui prendre, comment marcher avec elle ? ». Le rythme se brise, devient haché, mimant le désarroi de l'artiste qui « patauge ». La répétition angoissée et musicale « Ah ! si je savais, si je savais » exprime cette frustration. L'ambition créatrice reste cependant violente, comme le montre le verbe « je lancerais » : l'œuvre est un projectile lancé « à la tête de la foule », un acte qui mêle création et agression.
Deuxième mouvement : L'ivresse de la modernité : peindre la vie pour faire éclater le Louvre (l. 9-17)
Un programme pictural monumental (sous-partie A) : Claude Lantier prend le relais sur un registre épique. Son programme est totalisant : « tout voir et tout peindre ! ». Le champ lexical de la monumentalité (« lieues de murailles », « hautes comme le Panthéon ») et les hyperboles traduisent un gigantisme qui vise à détruire l'art bourgeois. La violence de cette ambition se lit dans l'insulte familière « crétins ! », qui fait basculer le discours dans un registre polémique et moderne.
La vie moderne comme sujet (sous-partie B) : Le cœur de cette création est « la vie telle qu’elle passe dans les rues ». Une longue énumération au rythme haletant, presque sans verbes, liste les sujets de cette nouvelle esthétique : « la vie des pauvres et des riches, au marché, aux courses [...] ». Cette accumulation frénétique mime le bouillonnement de la vie moderne. L'artiste se décrit avec une force presque animale (« brute ! ») et l'urgence de créer se traduit par la sensation physique : « J’en ai des fourmillements dans les mains », où l'allitération en [m] semble faire vibrer la phrase. Le champ lexical de la vie sociale est omniprésent (« pauvres », « riches », « marché », « métiers », « paysans »).
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