DissertationsEnLigne.com - Dissertations gratuites, mémoires, discours et notes de recherche
Recherche

Prendre Conscience De Soi Suffit-Il a Être Libre?

Mémoires Gratuits : Prendre Conscience De Soi Suffit-Il a Être Libre?. Rechercher de 53 000+ Dissertation Gratuites et Mémoires
Page 1 sur 10

la conscience semble bien en partie recevable d’après les données éthologiques. L’association cartésienne de la conscience à une conscience de soi rationnelle et dotée d’un libre-arbitre semble du point de vue scientifique actuel peu défendable en l’état. Bergson dans L’évolution créatrice distingue deux grands types de conscience animales : celle qui privilégie l’instinct et celle qui privilégie l’intelligence. Le modèle de la conscience instinctive est celui des insectes : leur comportement est parfaitement déterminé par des automatismes comportementaux. Comme Pascal le remarquait la nature modifie les comportements de certains animaux mais sans leur en laisser une connaissance. Seul l’homme quand il modifie son comportement fait par là-même évoluer ses connaissances et pour Pascal cette accumulation des connaissances donne toujours aux modernes un avantage sur les anciens. Le modèle de la conscience intelligente est celui lié à la culture humaine. La conscience humaine plus que n’importe quelle autre conscience animale peut accumuler par son expérience des connaissances qui lui donne de plus en plus de puissance d’action et donc de liberté. La conscience réflexive qui donne à l’homme le pouvoir de prendre un point extérieur à soi lui permet d’accumuler une culture et de la transmettre. Le langage humain qui permet de manipuler virtuellement des aspects de la réalité permet à l’être humain d’échapper à la limitation des connaissances empiriques acquises par les circonstances. Par son langage l’être humain peut avoir l’intelligence de provoquer les expériences grâce à des modèles théoriques. Sa compréhension des nécessités de la nature devient un moyen de les contourner. Spinoza ou Descartes n’ont pas la même conception de la liberté humaine. Mais si on considère leur rationalisme qui selon eux est essentiel au développement de leur conception de la liberté, nous pouvons affirmer sans plus de précision qu’une conscience intelligente est la condition nécessaire pour être libre quoi qu’on entende métaphysiquement par ce mot.

2.

Spinoza et Descartes malgré leur désaccord sur le contenu de la liberté sont donc tout deux d’accord sur l’importance de la raison. Un être qui suit ses pulsions et ses désirs sans qu’ils soient réfléchis rationnellement de façon rigoureuse n’est pas libre. Trop souvent encore les êtres humains confondent la liberté avec l’idée de suivre leurs pulsions et leurs désirs comme bon leur semble. Dans une telle optique les autres sont toujours des freins à notre liberté car ils imposent des contraintes. Cette approche conduit à vivre conflictuellement avec dans sa conscience des représentations des exigences des autres qui s’opposent à nos pulsions et à nos désirs. L’homme qui développe vraiment sa conscience au niveau de la raison ne vit plus dans ce conflit. Du point de vue rationnel, moi et l’autre avons des points de vue en grande partie interchangeables, je peux me considérer comme n’importe quel autre. Ce qui est rationnel est d’abord universel, j’apprends donc à ne pas considérer mon point de vue individuel comme plus important que celui des autres. Je comprends alors que les contraintes exercées par les autres sont la plupart du temps liées au respect universel de tous les individus. Lorsque je suis mes désirs et mes pulsions sans les réfléchir rationnellement, je me maintiens dans un point de vue irrationnel. Les contraintes exercées par les autres lorsque se développe en moi une authentique conscience rationnelle s’avèrent avoir été rétrospectivement une condition nécessaire de ma liberté. Du point de vue de la raison, je ne subis pas une contrainte, je me sens obligé par l’universel au sens où quelqu’un se sent l’obligé d’un autre par qui il a reçu. L’obligation est comme une gratitude rationnelle vis-à-vis de ce qui donne vie, elle est la re-connaissance rationnelle de l’être universel par lequel l’individuel agit pleinement.

Une certaine lecture de Descartes par Sartre nous a habitué à croire que nous disposons tous en tant qu’être humain d’un libre-arbitre en parfait état de marche. La psychanalyse et tous les développements postérieurs de la psychologie soulignent que ce n’est pas le cas. Il faut peut-être revenir à Descartes lui-même lorsqu’il nous parle du plus bas degré de la liberté à savoir la liberté d’indifférence. Celle-ci est bien loin d’être une donnée spirituelle pour tous. Lui-même d’ailleurs le reconnaît lorsqu’il fait face à ses propres passions. Etre indifférent à tous les contenus de sa conscience est très difficile : cela signifierait que nous serions capable de douter de tout. Dans la quatrième méditation métaphysique où il est question de cette forme de liberté, il est encore question du point de vue d’un cogito qui est capable de douter de ses idées même s’il ne doute pas qu’il pense, qui est capable de douter de ses passions même si elles ont une consistance corporelle et qui est capable de douter de ses sensations même si elles ne peuvent absolument fausses si Dieu qui existe selon Descartes n’est pas un dieu trompeur. Le plus bas degré de la liberté selon Descartes repose sur la capacité de douter de tous les contenus de notre conscience. Or qui peut prétendre aisément à se détacher ainsi de tous les contenus de sa conscience ? Pour les bouddhistes, une telle puissance de détachement constitue un pas majeur vers ce qu’il nomme l’éveil et qui n’est jusqu’ici que l’apanage du petit nombre. Si l’intelligence rationnelle repose sur la capacité de douter et l’indubitabilité, être cartésien et donc pleinement éveillée à la lumière rationnelle de la conscience suppose un détachement intérieur ou une liberté d’indifférence peu commune. Nous nous croyons doté d’un libre-arbitre parce que nous sommes capable d’un minimum de réflexion et nous nous croyons libre de suivre tel ou tel désir, telles ou telles pulsions parce que nous pouvons les justifier par des raisons. Mais sommes-nous capable de regarder nos désirs et nos pulsions avec une authentique liberté d’indifférence ou avec un détachement total qui ni ne les rejette ni ne les approuve ? Ainsi avec Spinoza prenant au mot la conception cartésienne du libre-arbitre nous pouvons affirmer qu’être conscient ne suffit pas pour être libre.

3.

Le saut abrupt vers la liberté d’indifférence n’est peut-être pas impossible mais il n’est pas à notre portée et dans ce cas c’est l’analyse de Spinoza de nos déterminismes qui semble prévaloir car elle nous offre des moyens de nous libérer des illusions déterministes. Spinoza distingue ainsi trois modes de connaissances. Il y a une connaissance par imagination à la quelle la plupart des êtres humains a accès quand par exemple il y a justification d’un appétit, d’un désir ou d’un préjugé. Il y a aussi une connaissance par raison commune. Celle-ci est de deux types : l’une s’appuie sur l’expérience et c’est celle-ci qui s’exprime dans les scholies de L’Ethique, l’autre s’appuie sur le raisonnement géométrique et déductif et c’est celui qui s’exprime dans les axiomes, les définitions et les démonstrations des propriétés de son éthique. Se libérer consiste donc à passer d’une réflexion qui procède de l’imagination à une véritable réflexion rationnelle. Ce développement n’est pas impossible dès lors qu’en nous les contraintes sociales ont intériorisé des désirs moraux qui s’opposent aux désirs égocentriques. La réflexion morale offre un premier visage relatif de l’universel. Quand nous aurons la compréhension que la nature ne recèle pas en elle d’intention morale et que nous verrons nos passions d’un œil scientifique et rationnel alors nous les comprendrons sans les juger moralement comme le résultat d’une expression individuelle de la nature universelle. Cette compréhension lorsqu’elle devient capable d’intuition du sens universel de ce qui est singulier paradoxalement transforme en action ce qui était subi. Au fond on pourrait voir en la psychanalyse une propédeutique à la sagesse spinoziste. Ainsi de même que Spinoza, il s’agit d’assimiler dans la conscience ce qui était inconscient. Mais pour Spinoza, la prise de conscience dont il est question n’est pas seulement individuelle, elle est une prise de conscience universelle de la nature au travers d’une de ses individualisations. L’homme, dit-il, n’est pas comme un empire dans un empire. L’homme n’est qu’une partie de la nature même si en tant que partie il implique la totalité de la nature et que par son sens de l’universel il peut en avoir une forme de conscience.

Le désir et les appétits (pulsions) sont les phénomènes vécus de l’intérieur par les hommes parallèles aux forces de la nature qu’on peut observer de l’extérieur à l’œuvre matériellement. D’un côté, il y a des forces matérielles, de l’autre il y a en parallèle des forces de conscience. Elles s’éprouvent d’abord comme appétit. Si elles sont conscientes de leur force de conscience, elles sont alors désirs. Quand un désir devient réfléchi c’est-à-dire appétit conscient qui se sait alors commence à émerger la connaissance. Ainsi la conscience de la nature elle-même s’individualise et peut à travers certaines de ses individualisations devenir plus ou moins consciente d’elle-même. L’homme contemporain qui n’ignore pas l’évolution de la conscience peut aisément réinterpréter ces degrés de conscience comme significatif de l’évolution. Le cerveau reptilien pulsionnel

...

Télécharger au format  txt (16.3 Kb)   pdf (130.4 Kb)   docx (10.6 Kb)  
Voir 9 pages de plus »
Uniquement disponible sur DissertationsEnLigne.com