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Le Poilu Victorieux

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115 x 99 cm

Ce tableau représente l’intérieur de l’une des synagogues de la ville natale de Felix Nussbaum. Cette synagogue richement décorée, avec de nombreux objets d’or et des colonnes finement ornées d’entrelacs, est en fait une synagogue récemment inaugurée.

Au premier plan, deux hommes font face au spectateur. Leurs attitudes sont foncièrement différentes. Le plus jeune, à droite, regarde fixement le spectateur et semble en proie à un fort questionnement. Felix Nussbaum, alors âgé de 16 ans, est figuré sous les traits de ce personnage interrogateur. Sa position plus ou moins agressive, et son regard pénétrant et rude, interpellent. L’artiste s’est représenté avec un châle de prière (tallit), attribut de l’homme pieux. Le second personnage à gauche, plus âgé, est le chantre* de la communauté juive d’Osnabrück, Elias Abraham Gittelsohn. Légèrement penché en avant, il serre sur sa poitrine un livre de prières : les yeux mi-clos, il semble plongé dans ses pensées ou en extase religieuse. Dans une dissociation spatiale et temporelle, le chantre est à nouveau représenté à l’arrière-plan, de dos, officiant devant le pupitre. A l’arrière-plan, assis sur les bancs de la synagogue, quelques fidèles, sont représentés assis ou debout. La moitié d’entre eux portent un costume noir, un haut-de-forme et le châle de prière blanc drapé comme une écharpe, à la manière des juifs assimilés. Les autres hommes sont vêtus du sargeness, la longue chemise blanche mortuaire et coiffés d’une calotte blanche, comme le veut l’usage chez les juifs de stricte observance, pour le jour du Yom Kippour, la fête la plus solennelle de l’année juive. Nussbaum donne des informations sur la communauté d’Osnabrück, composée à la fois de juifs orthodoxes et d’adeptes du judaïsme réformé. Felix Nussbaum a souhaité représenter le conflit des générations, incarné dans l’opposition entre la très forte piété orthodoxe, ignorant le monde et ses changements, et le mouvement réformé, plus récent, qui prône l’ouverture au monde contemporain. Le titre Les Deux Juifs qui pourrait s’entendre comme "les deux judaïsmes" exprime cette tension entre deux courants du judaïsme allemand dans les années 20, tension que le jeune Felix Nussbaum relie ici fortement à son expérience personnelle.

La moitié des fidèles sont vêtus de noir, tandis que les autres sont vêtus du sargeness blanc. Le chantre, Elias Abraham Gittelsohn représenté à l’arrière plan, de dos, officiant devant le pupitre de lecture.

Le chantre de la communauté juive d’Osnabrück, Elias Abraham Gittelsohn.

Felix Nussbaum recouvert d’un châle de prière.

* chantre : personne qui chante lors des offices religieux. Pour aller plus loin :

Le cantor Elias Abraham Gittelsohn après le service dans la synagogue d’Osnabrück 1928 Photographie de Lori Gittelsohn © Osnabrück, Felix-Nussbaum-Haus

Ce tableau représente un chemin, peut-être une digue, que vient croiser une terrasse surplombant une étendue d’eau. La vue sur la mer est Souvenir de Norderney, 1929 obstruée par un dispositif théâtral qui envahit l’espace central du Osnabrück, Felix-Nussbaum-Haus tableau : une carte postale surdimensionnée sur laquelle figure une Huile sur toile joyeuse bande de baigneurs (la famille et les amis de Nussbaum), 98 cm x 113,5 cm cachant une imposante bâtisse fin-de-siècle, la villa Nordsee. Le regard du spectateur débouche sur une ligne d’horizon formée par les tons verts de la mer et quatre voiliers. Dans cette composition, on peut également voir la proue d’un cotre* à gauche, le crâne d’un animal au premier plan et une roue à droite du tableau. Le texte de la carte postale livre l’explication de cette mystérieuse scène : « Sentiment de deuil – lequel roule sur notre état d’esprit comme une roue. Mais, malgré tout, je ne suis pas un rabat-joie – et nous sommes une petite bande bien joyeuse. Laissons donc aux peintres modernes les choses que nos yeux ne peuvent voir. Pour le présent, je vous envoie mes salutations et mes baisers les plus sincères. Votre fils qui vous aime, Felix. » La famille Nussbaum passait régulièrement ses vacances d’été sur l’île de Norderney, une station balnéaire de renom de la mer du Nord. Des photographies datant de cette époque rappellent l’atmosphère gaie et quelquefois turbulente de ces réunions familiales. L’artiste figure ce souvenir, en une « image de carte postale ». La représentation des personnages est d’un style pictural naïf emprunté au Douanier Rousseau et donne au sujet un dynamisme enfantin. En contrepoint, Nussbaum développe le thème du deuil au travers de l’artificialité du paysage et des motifs qui, comme la roue ou le crâne, symbolisent la morbidité et le délabrement. Adoptant une distance résignée à l’égard des « peintres modernes », il veut que son art dévoile aussi ses sentiments et donc « les choses que nos yeux ne peuvent voir ». Il s’agit souvent de choses très personnelles, ainsi qu’en témoigne ce tableau, où l’artiste fait ses adieux à une enfance protégée. Cette toile correspond à une étape essentielle dans la maturation de l’artiste. La juxtaposition et la superposition des divers éléments dans le tableau, les disproportions, les perspectives paradoxales confèrent au paysage le caractère d’une nature morte. Ceci, conjugué aux ombres très dessinées suggérant des sources de lumière différentes, génère une atmosphère étrange et irréelle. Ce tableau est une remarquable démonstration de l’influence sur Felix Nussbaum de la peinture de Giorgio De Chirico et de la discontinuité spatiale à l’œuvre dans la pittura metafisica. Nussbaum avait pu découvrir la peinture de Chirico à la faveur d’une exposition à la galerie Paul Cassirer en 1929.

* petit voilier ayant un seul mât

Proue d’un cotre* dont le bout-dehors transperce la carte postale.

Une roue, dont un rayon est cassé, se dresse sur le chemin de la promenade.

Crâne d’un animal la gisant sur terrasse. Felix Nussbaum se représente à l’écart dans la joyeuse scène de la carte figurant sa famille et ses amis.

Pour aller plus loin:

Fête à la plage 1923 De droite à gauche : Felix Nussbaum, sa compagne Frieda Edelstein et son cousin Georg Gossels Photographie, 11,1 x 8,2 cm

©Osnabrück, Felix-Nussbaum-Haus

Destruction 2, 1933 Osnabrück, Felix-NussbaumHaus Huile sur toile 53 x 76 cm

Ce tableau représente une vaste place, encadrée par les hauts murs sombres de deux maisons massives, au milieu de laquelle gisent des tableaux détruits. A droite de la composition se trouve une villa romaine, bâtiment de couleur marron/ocre, aux fenêtres obscures. A gauche, se dresse un bloc gris/noir presque aveugle, n’ayant qu’une petite ouverture circulaire en hauteur et quatre arcs en plein-cintre sur le mur de droite. L’ouverture et les arcs ne sont pas très visibles car absorbés par le gris/noir profond du bâtiment. Debout devant ce bâtiment austère, un couple apeuré s’enlace. Le Colisée s’élève à l’arrière-plan de la vaste place, situant immédiatement cette scène en Italie. Au premier plan gisent des débris de tableaux : il s’agit d’œuvres de Felix Nussbaum. Une peinture encadrée avec soin représente un calvaire ; elle symbolise l’anéantissement de la culture et de l’art de l’Occident chrétien. On reconnaît dans le plus petit fragment le coin supérieur gauche de La Place folle, qui avait marqué, en 1931, l’émergence de Nussbaum sur la scène artistique berlinoise. En situant la scène en Italie, l’artiste permet de rapprocher cette œuvre de Destruction (1). Si les deux œuvres forment une séquence, elles offrent l’impression que la dévastation s’est transformée en une étendue déserte. On retrouve d’ailleurs dans les deux tableaux la présence du même couple. Le 17 mai 1933, Felix Nussbaum est expulsé de la villa Massimo dont il est pensionnaire en tant que lauréat de l’Académie, à la suite d’une rixe avec un étudiant. Il a essayé en vain de faire prolonger son permis de séjour et s’inquiète pour la situation de ses parents à Osnabrück. Destruction (2) apparaît comme l’illustration de sa propre impuissance face à la violence destructrice de l’Allemagne national-socialiste. Il se sert ici à plusieurs reprises du répertoire iconographique de Giorgio De Chirico : les contours tranchés des éléments du tableau marquent leur isolement ; les ombres portées, sombres et dures, obéissent à leurs propres lois. Le désert de la place comme l’homogénéité des murs donnent le sentiment d’un vide absolu. Sans oublier le motif du bâtiment à arcade avec arc en plein-cintre romain (élément architectural majeur des compositions de Chirico) ou les colonnes. C’est l’utilisation de ces outils iconographiques qui permet en 1933 à Felix Nussbaum d’exprimer sa vision d’une catastrophe imminente.

Le couple terrifié, s’étreint.

Le Colisée.

Les débris de tableaux.

Pour aller plus loin: La Place folle (Pariser Platz La Place de Paris), 1931 ©Berlinische Galerie - Landesmuseum für

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