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Jsai Pa

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res persanes.

Un être caractérisé par son état civil[modifier]

Comme beaucoup de personnages imaginés par Voltaire, Micromégas est doté d’un nom fantaisiste, destiné à produire un effet comique. Précisément, l’étymologie du mot – un nom propre – induit adroitement le thème du conte philosophique ainsi titré, Micromégas. Il se compose de deux éléments d’origine grecque : micros qui signifie « petit » et mégas qui veut dire « grand » (oxymore). Leur association incite à une comparaison fondée sur la relativité des proportions ; il en résulte un nom propre aux connotations scientifiques dans lequel s’est inscrit le sens de cette histoire : chaque être dans l’univers, qu’il soit Sirien, Saturnien ou Terrien, apparaît comme une tension entre le micro et le méga.

Un portrait physique qui ne paye pas de mine[modifier]

Ainsi commence ce chapitre premier, qui invite tout de suite à faire connaissance avec le seul personnage auquel je me trouve pour l’instant confronté : « Il avait huit lieues de haut : j’entends, par huit lieues, vingt-quatre mille pas géométriques de cinq pieds chacun [ … ] puisque monsieur Micromégas, habitant du pays de Sirius, a de la tête aux pieds vingt-quatre mille pas, qui font cent vingt mille pieds de roi, et que nous autres, citoyens de la terre, nous n’avons guère que cinq pieds, et que notre globe a neuf mille lieues de tour, ils trouveront, dis-je, qu’il faut absolument que le globe qui l’a produit ait au juste vingt et un million six cent mille fois plus de circonférence que notre petite terre. » D’emblée, ce personnage hors du commun est un être extraordinaire, qui habite Sirius, la plus éclatante des étoiles ! Sa ceinture peut avoir cinquante mille pieds de roi de tour, ce qui fait une très jolie proportion. Les premières éditions ( 1762, 1763 ) ajoutaient alors les dimensions du nez : « Son nez était le tiers de son visage, et son beau visage étant la septième partie de la hauteur de son beau corps, il faut avouer que le nez du Sirien a six mille trois cent trente-trois pieds de roi plus une fraction, ce qui était à démontrer. » Le nez de Micromégas mesure donc plus de deux kilomètres.

Un caractère aimable et sans vergogne[modifier]

Du fait de son âge de deux cent cinquante ans, c’est un enfant sage qui compose « un livre fort curieux » sur les petits insectes qui n’ont pas cent pieds de diamètre. Le muphti de son pays le poursuivant en justice pour des propositions suspectes, malsonnantes et sentant l’hérésie, Micromégas se défend avec esprit en mettant les femmes de son côté. Mais le muphti aura réussi à faire condamner le livre, l’auteur sirien ayant ordre de ne paraître à la cour de huit cents années. Celui-là n’en tire pas vraiment ombrage et cela ne l’empêche pas du tout de continuer à vivre : « Il ne fut que médiocrement affligé d’être banni d’une cour qui n’était remplie que de tracasseries et de petitesses. Il fit une chanson fort plaisante contre le muphti, dont celui-ci ne s’embarrassa guère ; et il se mit à voyager de planète en planète, pour achever de se former l’esprit et le cœur, comme l’on dit. » Par beaucoup de ses qualités psychologiques, Micromégas apparaît comme un double de Voltaire. Mais le Sirien, comme son créateur, paie cher son désir de connaître la vérité. Comme lui, il appartient à la catégorie des Bannis et des Exilés, dont on ne supporte pas « les propositions suspectes, malsonnantes, téméraires, hérétiques… »

Un savant à l’esprit critique[modifier]

Micromégas est présenté dès le quatrième paragraphe du chapitre premier comme un savant. C’est un mathématicien qui « devina, par la force de son esprit, plus de cinquante propositions d’Euclide." L’auteur abonde sciemment dans le sens du portrait intellectuel en indiquant de manière explicite que son héros est bien meilleur Géomètre et Métaphysicien que Blaise Pascal. Effectivement, dans sa Vie de M. Pascal, Marguerite Périer écrit que son frère, passionné de Géométrie, n’ayant encore que douze ans « poussa sa recherche si avant qu’il en vint jusqu’à la trente-deuxième proposition du premier livre d’Euclide ». Mais après, comme ne manque pas de le prétendre Voltaire en une ironie acerbe, Pascal n’aura été qu’un "médiocre Géomètre". C’est pour dire le caractère génial de son personnage principal tout en lui conférant d’emblée une force de pensée et une puissance intellectuelle inégalées, comme pour mieux railler les auteurs contemporains.

Son personnage extraterrestre, venu d’une autre planète – d’où la connotation astronomique, donc scientifique, et liée à sa bizarre origine – est un savant né ; tout est inné en lui et il fait de la Science pour se distraire. Ainsi utilise-t-il des loisirs forcés à voyager « de planète en planète ». L’auteur évoque à cet égard le « petit voyage philosophique » qu’il entreprend avec son partenaire. Son personnage apparaît ainsi de facto comme un excellent observateur de l’espèce humaine par le biais d’un examen objectif. Celui-là permet de situer la position de cette « petite race » des hommes, « en qui il aperçoit de si étonnants contrastes ». Par l’entremise de son narrateur au point de vue omniscient, Voltaire, qui a tout de suite donné une dimension cosmique à sa créature, lui attribue un regard supérieur tout en relativisant son positionnement socio-théologique. Il ne s’agit pas d’un regard divin, même s’il est au-dessus des hommes, mais humain, auquel est conférée une qualité scientifique : le personnage pose un regard d’entomologiste sur ces hommes qu’il compare à des insectes. Pour mieux parfaire le portrait intellectuel et moral de ce « jeune homme de beaucoup d’esprit » qui sait « mettre les femmes de son côté », il le pourvoie du « don des langues », autrement dit d’une grande aptitude à la communication et d’une authentique bienveillance pour les autres...

Le héros d’un roman de formation[modifier]

Malgré sa brièveté, Micromégas apparaît comme un roman de formation [ sous-genre romanesque issu du Bildungsroman ]. Cette forme romanesque est fondée sur la narration descriptive de l’évolution d’un jeune héros qui, après des expériences et des épreuves, prend peu à peu possession de lui-même et acquiert une identité… Le processus d’exclusion dont il est victime, joint au désir de compléter par lui-même son éducation, font de Micromégas un voyageur mû par une curiosité intarissable et par la volonté de se faire une idée aussi juste et lucide que possible de la vie. En ce sens ressemble-t-il à Candide, sorte d’alter ego intertextuel du roman d’apprentissage, bildungsroman que constitue en son essence même le conte philosophique voltairien. A l’instar de Candide, Micromégas est habité par un idéal de perfection, de sorte qu’il rêve à la manière du personnage principal de Novalis d'un « pays où il ne manque rien », puis-je comprendre à la lecture du chapitre second. Cela est flatteur pour les Terriens contemporains de Voltaire puisque le personnage pense satisfaire sa quête de bonheur sur Terre, comme on le remarque dans le chapitre septième… Mais il sera vite détrompé, ce qui ne l’empêchera pas de devenir, comme ses confrères Candide et l’Ingénu, un philosophe des Lumières accompli. Le personnage de Micromégas ressemble beaucoup au Baron de Gangan, personnage principal de Voyage du Baron de Gangan, une historiette d’auteur anonyme non datée, mais bien antérieure à la publication de Micromégas. Micromégas n’a pas de titre de noblesse, mais est également appelé « Son excellence » dans le chapitre premier. Gangan, ancêtre de Micromégas, est un voyageur, « céleste », sans doute issu d’une autre planète ; il a également la faculté de se déplacer dans les airs. Gangan est un philosophe qui se distingue par son appréciation intrinsèque des choses ; il l’emporte sur les hommes par un jugement plus mûr et une imagination plus vive. Ainsi met-il ses voyages au service de sa philosophie, pour s’instruire et exercer son esprit critique. Son caractère est aussi terrien, car malicieux, avec le goût de la satire et le sens du ridicule. Par delà les ressemblances significatives de Micromégas avec ce Gangan sorti par Jacques Van den Heuvel des oubliettes de l’histoire littéraire, il est remarqué par ce dernier, éminent spécialiste de la question, que le patronyme de Gangan est emprunté au vocabulaire des Grandes Chroniques, alors que celui de Micromégas est nettement plus philosophique. Certaines séquences du récit et même le contenu narratif du conte présentent de troublantes analogies. Le procédé abonde d’autant dans le sens de la similitude que cette trope – souvent ironique – est généralement paradoxale. Par exemple, Gangan disparaît prématurément alors que Micromégas apparaît tardivement. Il est donc fort tentant d’assimiler également ces deux livres dans leurs grandes lignes.

Somme toute, malgré son intelligence d’un jeune homme de

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