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L'Art n'Est-Il Qu'Une Illusion ?

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bon peintre, ayant représenté un charpentier et le montrant de loin, il trompera les enfants et les hommes privés de raison, parce qu’il aura donné à sa peinture l’apparence d’un charpentier véritable. » Il critique donc la peinture comme art d’imitation, incapable de représenter l’être dans sa réalité vraie et vivante, la considérant donc comme un objet fantomatique, producteur d’illusion. Il sépare donc deux mondes : celui des idées, un monde « intelligible », qui serait le monde dans lequel on pourrait accéder à la vérité absolue, et le monde sensible, par opposition (qui amène donc l’art, qui appelle à la sensibilité esthétique, et serait un monde d’illusion et de tromperie).

Au sens strict du terme, l’art peut en effet créer des illusions, car elle induit les sens en erreur : prenons pour exemple le trompe l’œil, dont le nom est explicite : ce type d’œuvre trompe en effet l’œil, étant une « peinture qui donne à distance l’illusion de la réalité ». (définition du Larousse). Un homme dans la rue qui se promène et voit un trompe l’œil ne verra pas forcément directement une œuvre d’art : si celui-ci est bien fait, il verra tout d’abord l’illusion que l’œuvre incarne. De même pour les effets spéciaux, maquillages et costumes au cinéma : le spectateur est plongé au cœur d’un monde fictif, d’une illusion. Aussi l’on peut faire une courte référence à la publicité : Les publicitaires entretiennent une illusion en représentant un idéal picturale d’un objet ou d’une personne, prônant toujours des produits d’une excellente qualité et d’une incroyable efficacité (par exemple, les produits dits « amincissants », prétendant que des médicaments peuvent faire mincir rapidement et considérablement ).

Il est évident que la nature fait l’objet de beaucoup d’œuvres d’art : aussi bien les paysages que les hommes. Cependant, " Il ne suffit pas d'avoir un modèle et de le copier. Sans doute la nature est la base du travail, mais l'art ne consiste pas à copier la nature. » déclare Aristide Maillol. Par ailleurs, Hegel, dans Esthétique critiquera le fait de peindre la nature, car selon lui, les œuvres d’art ne sont que de pâles imitations de celle-ci : « D'une façon générale, il faut dire que l'art, quand il se borne à imiter, ne peut rivaliser avec la nature, et qu'il ressemble à un ver qui s'efforce en rampant d'imiter un éléphant. » Il cite aussi l’exemple du tableau Enfant aux raisins, de Zeuxis, un peintre grec : « Les raisins peints par Zeuxis ont été donnés depuis l'Antiquité comme le triomphe de l'art et comme le triomphe de l'imitation de 1a nature, parce que des pigeons vivants vinrent les picorer. » Ainsi, en imitant la nature, Zeuxis a créé une telle chimère que des oiseaux prirent les raisins pour des vrais : les oiseaux auraient donc été trompés. L’illusion serait-elle alors dans l’absence de vie ? L’objet représenté n’étant que l’image d’un objet concret, « vivant ». Cependant, certains artistes ont conscience du fait que leur art peut créer des mirages, et jouent sur ce point : Magrit, par exemple, explicite cette idée grâce à son tableau La Trahison des Images : l’œuvre représente une pipe, accompagnée d’une légende disant : « Ceci n’est pas une pipe ». En ajoutant cette indication, Magrit suggère, voire rappelle au spectateur que le tableau n’est pas l’objet lui-même, il n’en est que sa représentation picturale : nous ne pouvons pas la prendre dans la main, ni l’utiliser pour fumer, comme il est possible de faire avec une vraie pipe.

N’y aurait-il donc pas une forme de naïveté à penser que les objets en art pictural sont représentés tels qu’ils sont réellement ? Qu’ils n’ont pas leur place sur un tableau ? L’illusion ne consiste –t-elle pas plutôt à croire que l’on va retrouver tel objet dans le tableau, comme le montre Magrit ?

Car en effet, si l’artiste peut créer de l’illusion, son but premier n’est pas forcément de tromper autrui : Zola, considéré comme le chef du naturalisme (qui est un mouvement littéraire consitant à insérer les sciences humaines et sociales dans ses romans) traduit les mœurs dans leur réalité la plus vive : il ne cherche pas à nous tromper, mais au contraire, à découvrir une forme de réalité grâce à la fiction ; de même que l’artiste réaliste, comme Courbet par exemple, qui, avec L’Origine du Monde, ne donne pas du tout une vision idéaliste de la femme, mais se rapproche de la réalité en montrant ce qui est d’habitude dissimulé ou censuré.

Ainsi, l’illusion génère-t-elle nécessairement dans l’art la fausseté ? Ou au contraire, l’art ne pourrait-il pas déclencher une certaine vérité, un accès à celle-ci ?

L’art peut avoir été considéré comme de l’imitation, mais a cependant une puissante dimension créatrice : l’art ne reproduit pas, il crée. Cela engage l’imagination, mais aussi l’intelligence humaine, la réflexion. L’art suggère donc un passage obligatoire par l’esprit : il nous rapprocherait ainsi de la vérité de l’être humain.

Comme l’a remarqué Hegel, l’art permet de représenter les objets dans leur réalité impérissable, de leur donner une importance autre qui n’existait pas en réalité (par exemple, la représentation d’une tasse, dans la réalité, cette dernière nous sera utile pour boire, sur une toile, nous lui découvrirons un aspect esthétique). S’adonner à l’art est une activité spirituelle, et donc en tant que production, manifestation de l’esprit, elle suggère une importance considérable, voire pour certains une supériorité face à la nature. « L’œuvre d’art vient donc de l’esprit et existe pour l’esprit », ainsi que «(…) il est permis de soutenir dès maintenant que le beau artistique est plus élevé que le beau dans la nature. Car la beauté artistique est la beauté née et comme deux fois née de l'esprit. Or, autant l'esprit et ses créations sont plus élevés que la nature et ses manifestations, autant le beau artistique est lui aussi plus élevé que la beauté de la nature. » d’après Hegel dans Esthétique. En effet, le produit naturel est périssable, alors que l’œuvre d’art se trouve immuable : « (…) sa supériorité [de l’œuvre d’art] consiste en ce que si le produit naturel est un produit doué de vie, il est périssable, tandis qu'une œuvre d'art est une œuvre qui dure. ». Selon Merleau-Ponty, l’art « n’est pas construction, artifice, rapport industrieux à un espace et à un monde du dehors ». En effet, l’art donnerait la vie à l’artiste, et non le contraire : « c’est plutôt le peintre qui naît dans les choses ». Le changement de perspective de l’art moderne serait d’abandonner l’illusion de la profondeur afin de partir de l’intériorité de l’artiste qui se substitue au monde du dehors : c’est le sujet qui perçoit le monde.

L’artiste offre à chacun son sentiment personnel sur tel objet, telle idée. Ce sentiment peut prendre une dimension universelle : comme les poètes romantiques, le « je », le « moi intime » devient un « je » universel, les hommes se différencies physiquement mais ont des points communs moraux, spirituels. L’art nous permettrai ainsi de prendre conscience de l’autre, du monde, grâce à ses langages aussi diverses que complémentaires, invoquant les cinq sens et les sentiments. Par ailleurs, l’art abstrait, bien que très intrigant à première vue, ne serait-il pas un appel à la réflexion, l’invocation des sens, justement, pour les spectateurs ? Prenons pour exemple Carré blanc sur fond blanc de Malevitch : cette œuvre ne serait-elle pas plus vraie que l’imitation figurative ? Car en peignant ceci, Malevitch déclare avoir peint « le monde blanc de l’absence », qui serait donc l’évocation de l’absence par le visuel L’art élève l’âme, elle est éducative, permet à l’artiste de mieux se connaître. . La fonction essentielle de l’art serait donc, d’après Hegel, celle de l’éveil de l’âme.

De plus, d’après Bergson, l’artiste nous fait voir ce que l’on ne peut percevoir seuls, il nous fait ressortir des émotions de par son propre point de vue. En effet, l’homme serait « un homme qui voit mieux que les autres car il regarde la réalité nue sans les voiles. Voir avec des yeux de peintre, c’est voir mieux que le commun des mortels ». Selon le philosophe, nous avons perdu la capacité de voir les choses telles qu’elles sont parce que le côté utilitaire des choses nous intéresse d’avantage, en premier lieu. En ce sens, il y aurait un abandon d’une certaine illusion dans la travail de l’artiste puisqu’il nous dévoile la réalité telle qu’elle est dans sa nudité et non pas comme la perçoit le commun des mortels, à travers son activité et ses besoins. La convention nous détournerait donc d’une vérité essentielle des choses, empêcherait l’esprit de se développer, contrairement

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