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Louis Camus

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son horizon est à dix ans, pas plus. «Le plus important, ce sont les premières années», confie-t-il. Celles où le jeune officier s'éclate à la tête de ses hommes, avant de replonger dans les concours et la grisaille des états-majors. Il va donc s'éclater dans les hélicoptères. Car le major de Saint-Cyr a le choix de son «école d'application». Dans le grand amphi de Coëtquidan, les 173 «cyrards», dont quatre femmes, sont appelés en fonction de leur classement. Les meilleurs partent généralement vers les troupes de marine, les paras, la Légion, les blindés et la gendarmerie. Les autres prennent ce qui reste. Le lieutenant Camus ira, lui, dans l'aviation légère de l'armée de terre (Alat), pour devenir pilote d'hélicoptères de combat. C'est un passionné de ce qu'il appelle, en dialecte militaire, «la troisième dimension», le domaine aérien. Il «bricole» dans l'aéromodélisme, aime sauter en parachute et a déjà quelques heures de pilotage à son actif. Jean-Louis n'est pourtant pas un terrien frustré. «Même si j'avais réussi le concours d'entrée à l'école de l'Air pour devenir pilote de chasse, j'aurais choisi l'armée de terre», assure-t-il. D'ailleurs, il a démissionné de l'école navale, qui lui ouvrait le portes prestigieuses de l'Aéronavale. Camus est un militaire indécrottablement kaki.

Ce jeune homme costaud aux cheveux ras a eu «très jeune, le sentiment de vouloir défendre ce que l'on aime: sa famille, la France et ses belles régions». «Je suis attaché à ce que nos anciens ont fait», explique-t-il. Et de citer son héros, le maréchal Leclerc, «son courage, son charisme, son abnégation». «Il est parti d'Afrique avec 300 hommes pour finalement libérer Strasbourg», s'enthousiasme-t-il. Lorsqu'on lui objecte que le futur maréchal fut, en 1940, un officier rebelle aux yeux de l'armée qu'il aime tant, il reste de marbre, comme si ces propos ne trouvaient pas à se faufiler dans son logiciel. Il préfère retourner cette question: «Avez-vous déjà visité les grands cimetières militaires?» Et sans attendre de réponse: «Par rapport à cela, on doit rester humble.» Lorsque, pour la prise de vue, on l'interroge entre quatre yeux, sur le décor qu'il préfère, il avoue un faible pour le monument aux morts. «Là aussi, ce sont nos anciens», explique-t-il. «Heureux ceux qui sont morts pour notre coin de terre», écrivait Péguy, que Jean-Louis a dû chanter à «Coët». Lorsqu'il rêve, il embarque avec Christophe Colomb vers l'Amérique ou avec Champollion vers l'Egypte. Mais son moteur n'est pas l'aventure: «C'est vrai pour les jeunes engagés», dit-il, un rien condescendant. Les saint-cyriens, eux, veulent «servir leur pays» et insufflent à leur mission une dimension sacrificielle.

Jean-François Camus est croyant, et s'il se marie avec Muriel, 20 ans, étudiante en BTS à Nantes, ce sera à l'église. Croyant, «mais pas pratiquant». Cela le distingue des cathos intégristes, nombreux dans les écoles militaires. «La politique et la religion, on n'en discute pas entre nous , ce sont des sujets qui ne nous animent pas», dit-il, en assurant ne pas avoir remarqué qu'il pouvait y avoir des cyrards de tradition maurassienne. Si on le titille sur son vote aux dernières élections, il «ne voit pas l'intérêt de la question», un peu comme si on lui demandait à quel âge il a perdu ses dents de lait.

Les débats qui traversent la société française semblent se tenir quelque peu à l'écart des landes bretonnes, où gîte l'école militaire. On y honore plutôt la mémoire du commandant Morin ­ c'est le nom de la promo de cette année ­ qui créa les bataillons de légionnaires parachutistes en Indochine. Avec la fin de la conscription militaire, l'armée ne court-elle pas le risque de s'isoler du pays, comme le redoute de nombreux officiers? «Ce n'est pas une question de notre niveau», répond le major de Saint-Cyr. Pas plus que d'avoir une idée sur le système de défense qui conviendrait le mieux à la France. Dans le saint des saints de l'enseignement militaire, on aborde peu ces problèmes. On forme des officiers bien «carrés». La réflexion, c'est pour plus tard; comme un film très cochon, elle semble interdite aux moins de 35 ans. On ne s'ennuie pourtant pas durant les trois années de Saint-Cyr. Entre un stage commando et un autre en entreprise, chez Citroën à Rennes, un séjour de survie dans la forêt gabonaise, un échange avec l'école britannique de Sandhurst et trois mois dans un régiment d'infanterie en Allemagne, le sous-lieutenant a eu le temps de réussir son diplôme d'ingénieur. «Ma principale qualité est d'être consciencieux.» Son défaut? Les officiers n'ont pas de défaut. «Peut-être la gourmandise...», ose-t-il. Ce jeune homme qui a choisi le métier des armes n'aime ainsi ni

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