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Obéir aux lois, c'est être libre

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e contrainte, le conflit avec les lois est beaucoup moins catégorique. Il est donc important de faire la différence entre la liberté populaire, dite «absolue», et la liberté sociale, plus philosophique et, surtout, plus réaliste.

L'autre composante à ressortir du point de vue de Rousseau concerne l'obéissance aux lois. L'être humain, en plus d'être un être essentiellement social, est un animal doué d'intelligence. Il peut donc réfléchir à sa propre vie et ainsi exercer son pouvoir de la rendre meilleure. Or, les lois sont le meilleur moyen qu'il a trouvé pour appliquer ce pouvoir. C'est ce qui explique la prolifération des lois à l'intérieur de notre société moderne, et qui rend indispensable l'élaboration d'un concept d'obéissance éclairée, et non aveugle et inconditionnelle, aux lois.

I- Différentes visions d'une même citation

Le moins que l'on puisse faire, avant d'analyser une idée, est de cerner ce qu'entend par là son auteur. Sur quoi se base donc Jean-Jacques Rousseau pour affirmer qu'«obéir aux lois, c'est être libre»? Nous ne nous lancerons pas, ici, dans une analyse exhaustive de la philosophie rousseauiste sur l'origine de la société; nous dirons seulement que, selon cette philosophie, l'être humain, en perdant graduellement son état de nature au profit de l'état de société, a cherché à se rapprocher de ses semblables pour former une volonté commune et créer ainsi «une forme d'association qui défende et protège de toute la force commune la personne et les biens de chaque associé, et par laquelle chacun s'unissant à tous n'obéisse pourtant qu'à lui-même et reste aussi libre qu'auparavant.»1 L'auteur ajoute également que «les lois ne sont proprement que les conditions de [cette] association civile.»2 Ce qu'il décrit ici n'est rien d'autre que l'entente fondamentale à la base de la société, qu'il a nommé le «contrat social».

Sommes-nous plus libres sous le joug de cette entente, obéissant aux lois, que dans notre état de nature, n'obéissant qu'à nous-mêmes? Rousseau répond oui, car en adhérant au contrat social, nous nous donnons une liberté supérieure à celle que nous aurions pu trouver à l'état de nature. En effet, l'égalité civile, donnant à tous les individus les mêmes droits et les mêmes devoirs, est de loin plus avantageuse pour tous que le principe naturel nous donnant la liberté de combler tous nos besoins par nos seuls et uniques moyens, laissant les plus faibles à la merci des plus puissants. Les lois nous protègent donc contre tout individu voulant combler ses besoins en empiétant sur les nôtres.

La doctrine rationaliste a, elle aussi, amplement creusé la question de la liberté en regard des lois. Mais il est d'abord utile d'exposer sa vision particulière de l'être humain. Les rationalistes identifient dans l'être humain deux aspects en opposition<+>: un aspect rationnel, qui le différencie du simple animal, et un aspect instinctuel. L'instinct, commun à tous les animaux, pousse à agir inconsciemment, tandis que la raison, propre à l'être humain, est la faculté qu'a celui-ci de réfléchir sur le monde qui l'entoure pour le comprendre et, au besoin, le changer. Se laisser aller à ses instincts, c'est en être esclave, puisqu'ils ne nous permettent aucunement de choisir ou de décider. À l'opposé, se servir de sa raison pour contrôler ses instincts, c'est avoir le choix de ses actions et donc, être libre. La liberté, au sens rationaliste du terme, désigne donc «un état idéal où la nature humaine serait exclusivement gouvernée par ce qu'il y a en elle de supérieur»3, ce qu'il y a en nous de supérieur étant évidemment la Raison.

Par ses définitions de l'être humain et de la liberté, la philosophie rationaliste apporte un nouveau sens à la citation de Rousseau. En effet, les lois étant issues de la raison pour contrôler et limiter les passions et les instincts, leur obéir, c'est être libre. Ces lois issues de la raison humaine sont nombreuses et certaines sont presque universelles, comme les lois interdisant de voler, ou celles interdisant les rapports sexuels sans consentement de la part des deux partenaires, autrement dit les lois interdisant d'assouvir nos pulsions, nos instincts comme et quand bon nous semble. Mais encore faut-il exercer sa raison et ne pas obéir aveuglément à n'importe quelle loi, comme on obéirait à un instinct. Nous verrons plus loin l'importance d'une obéissance éclairée aux lois.

«Obéir aux lois, c'est être libre» convient aussi, dans un sens différent, à la conception marxiste de la liberté. En effet, celle-ci «n'est pas dans une indépendance rêvée à l'égard des lois de la nature, mais dans la connaissance de ces lois et dans la possibilité donnée par là même de les mettre en oeuvre méthodiquement pour des fins déterminées.»4 Selon Marx et Engels, on ne peut donc faire abstraction des lois, pour la simple raison qu'elles existent et qu'elles sont nécessaires à la société pour fonctionner. Il faut donc les respecter, mais pour en tirer le meilleur parti possible et pour obtenir une certaine liberté, elles doivent également être comprises. En comprenant les lois de la nature, il est possible de n'être plus leur esclave ignorant et soumis, mais bien de pousser leurs limites toujours plus loin : «[...] le feu par frottement a donné à l'homme pour la première fois l'empire sur une force de la nature et, en cela, l'a séparé définitivement du règne animal.»5 Lorsque l'être humain a appris à produire le feu (presque) à volonté, il a effectué son premier pas vers la liberté au sens marxiste du terme.

II- Une liberté nuancée

Chaque doctrine étudiée plus haut semble accepter l'idée de Rousseau, tout en y intégrant son optique particulière. Mais chacun sait qu'une idée ne peut être considérée comme vraie pour la seule raison que beaucoup y croient. Il faut d'abord analyser en profondeur l'idée qui nous est soumise. Selon nous, qu'est-ce qu'être libre?

Nous avons parlé plus haut du paradoxe engendré par la définition rousseauiste de la liberté en regard de la conception populaire. En fait, qu'est-ce donc que cette conception qui semble si problématique? La vox populi définit la liberté comme le pouvoir de faire ce que l'on veut, quand on le veut, où on le veut, sans aucune contrainte ni conséquence. Elle entre évidemment en conflit avec celle de Rousseau qui définit la liberté comme étant l'obéissance aux lois. Mais un bémol se pose quant à la logique de la définition populaire; même sur une île déserte, ne souffrant plus aucune contrainte d'aucune société ni d'aucun autre être humain, un individu est soumis à des lois auxquelles il ne peut absolument pas déroger, telles les lois physiques qui constituent son essence propre : manger, boire, dormir, respirer, etc... Ce sont là des lois encore plus sévères que celles qui régissent notre pays, puisque la peine encourue pour l'infraction de l'une d'entre elles n'est ni plus ni moins que la peine de mort... Il faut aussi considérer que bien d'autres lois que celles qui gouvernent notre corps et notre société nous ont créés, nous et notre univers : les lois de la gravité et de l'attraction universelle, les lois de la physique et de la chimie, du temps et de l'espace, etc. Nous subissons ces lois probablement plus que nous leur obéissons, mais nous ne pouvons leur désobéir. La liberté «absolue», conçue comme absence de toute loi, n'est donc pas seulement impossible, mais également irréaliste.

Cette liberté dite absolue, dont rêvent bien des gens, est également une entrave à l'atteinte de toute liberté, puisque la majorité des gens, rêvant à une liberté impossible, désespèrent de ne jamais être libres et se laissent mener par des hommes et des femmes d'État qui utilisent leur pouvoir de créer des lois à des fins personnelles. Puis la roue tourne, les lois se multiplient, les rêveurs d'«absolu» désespèrent de plus en plus et se laissent gouverner bêtement, sans dire un mot. La conception populaire de la liberté est le moteur de cette roue.

Du moment où l'on a pu se débarrasser de cette idée dévastatrice de liberté «absolue», il nous est possible de considérer d'autres définitions comme pouvant être plus réalistes et réalisables. La liberté a été analysée par toutes les doctrines, tous les philosophes, dont ceux présentés plus haut. Il m'est d'autant plus nécessaire d'expliquer ce que j'entends personnellement par liberté que plusieurs définitions différentes coexistent. La plus importante distinction à faire est sans contredit la différence entre la liberté «absolue», définie ci-haut, et la liberté sociale, à laquelle la grande majorité des philosophes se sont déjà ralliés, pour la simple raison qu'elle est la plus logique pour l'être humain, un être social qui a, et aura toujours, besoin de ses semblables pour survivre, vivre et s'épanouir. Il faut donc adoucir la conception «absolue» de la liberté et la modifier pour la rendre applicable à la condition humaine. Cette liberté réaliste est définie par Le Petit Robert comme étant le «pouvoir d'agir, au sein d'une société organisée, selon

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