DissertationsEnLigne.com - Dissertations gratuites, mémoires, discours et notes de recherche
Recherche

Commentaire La Fontaire

Rapports de Stage : Commentaire La Fontaire. Rechercher de 53 000+ Dissertation Gratuites et Mémoires
Page 1 sur 8

les actions de la grue (v27-28), dans une énumération qui met en valeur des images fortes (« croque » / « tue » / « gobe »), avec des vers courts (octosyllabes) qui rendent le rythme plus vif, et des sonorités dures (« qui les croque, qui les tue, / qui les gobe).

Dans cette fable cependant, La Fontaine semble s’amuser lui-même des effets de la personnification, en jouant sur les mots. Ainsi, au vers 5, l’expression « tomber du ciel » qui a un sens abstrait, prend-elle une valeur concrète, puisque effectivement Jupin (Jupiter), dieu romain qui ici est aussi dieu des grenouilles, leur envoie un morceau de bois. La réclamation des grenouilles au vers 25 a le même double sens : elles veulent un roi « qui se remue » physiquement, qui ne soit pas de bois, et un roi plus actif que « débonnaire ». Les images sont aussi insolites ; La Fontaine compare les grenouilles à une « fourmilière » v20, et évoque leur « tanière », v17. La personnification acquiert un aspect humoristique, qui ajoute au plaisir du lecteur.

B°) La composition du récit

La fable de La Fontaine fait le récit des changements politiques opérés chez le peuple de la « gent marécageuse » à cause de son éternelle insatisfaction. Mais les différents régimes ne sont pas développés de la même manière : deux vers sont consacrés à la Démocratie (v1-2) afin d’en signaler la rapide disparition ; la Monarchie avec un roi « tout pacifique » occupe une vingtaine de vers ; celle avec un roi cruel, quatre vers. Cette différence de longueur s’explique par le sens même du récit, les grenouilles rejetant la première forme de régime politique, et n’ayant pas le temps de connaître la troisième. Elle permet surtout au fabuliste de développer un moment comique, les grenouilles prenant un « Soliveau » pour un « Roi », et de décrire cette « gent fort sotte et fort peureuse ». La morale finale est quant à elle explicite dans les paroles d’un personnage, Jupin ; il s’agit presque des seules paroles au style direct, ce qui met en valeur ce passage et permet aussi à La Fontaine de varier les effets.

La Fontaine a écrit un récit divertissant en jouant des effets de la personnification et en agençant son récit de manière à le rendre rythmé et agréable. La longue description des grenouilles doit maintenant nous amener à nous interroger sur le choix de ces animaux, leurs caractéristiques et les analogies que l’on peut trouver avec les hommes.

II – Des grenouilles et des Hommes

A°) Les caractéristiques des grenouilles

Les grenouilles sont dès le début de la fable dévalorisées. La Fontaine les décrit comme une « gent fort sotte et fort peureuse ». Ces deux caractéristiques sont reprises tout au long du texte. Le vers 13, avec le verbe « croire », met en avant leur bêtise. Le champ lexical de la « peur » (v15) est plus développé : les grenouilles vont se « cacher » v9, avancent en « tremblant » v18, et le verbe « oser » est utilisé deux fois pour insister sur leur couardise.

Ces bêtes apparaissent par ailleurs sans gêne, puisqu’elles se permettent, de façon « familière », de « sauter sur l’épaule du Roi », et d’interpeller continuellement Jupin qui en a « la cervelle rompue ».

C’est que ces grenouilles ont un autre défaut, celui d’être toujours mécontentes. Le vers 3 évoque « leurs clameurs », dont la continuité est mise en relief par la consécutive (« firent tant que ») et le résultat obtenu. Les grenouilles ne savent que « se plaindre » v29 et attendre la réalisation de leur « désir » v30. Ainsi donc, cet animal peu présent chez La Fontaine représente-t-il ici la bêtise dans ce qu’elle a d’exaspérant.

B°) Ce qu’il faut en conclure sur les hommes

Le lecteur des Fables, habitué au procédé de la personnification, doit se retrouver dans ce portrait peu flatteur. La Fontaine utilise de nombreux procédés pour amener le lecteur récalcitrant à adopter cette lecture. Tout d’abord, les grenouilles sont douées de parole (le vers 25 les fait entendre), même si elles ne sont pas très polies… Elles ont pour interlocuteur un dieu, Jupin, dieu romain. Surtout, elles se soucient de politique, puisque la fable évoque « l’état Démocratique » et le « pouvoir Monarchique » ; les paroles finales de Jupin ne s’adressent pas à des grenouilles, mais bien à des humains, puisque toute mention d’animalité, après l’épisode de la dévoration par la Grue, est exclue. La Fontaine veut donc représenter les hommes en société, et montrer leurs défauts lorsqu’il s’agit de faire des choix politiques, qui leur permettent de mener une vie paisible ensemble. Le choix des animaux dans les fables est souvent lié à une symbolique héritée de la tradition ; en ce qui concerne les grenouilles, même si l’inspiration, on l’a dit, vient d’Esope, le choix semble plus motivé par l’aspect de ces bêtes, et les caractéristiques morales que l’auteur a loisir de leur prêter. Comme tous les animaux des Fables, elles servent aussi ici à « instruire les hommes », selon les mots de La Fontaine dans sa dédicace au Dauphin.

III – Quel enseignement ?

A°) Un constat

La longue description des grenouilles invite les lecteurs à analyser leurs propres comportements lorsqu’il s’agit de vivre en communauté. Or, contrairement au peuple d’Esope qui connaissait l’anarchie et avait besoin d’un guide, ou même à celui de Phèdre qui n’avait pas su préserver sa liberté faute de discipline, les grenouilles chez La Fontaine vivent au départ dans un « état Démocratique », mais se « lass[e]nt » v1 : c’est le peuple lui-même qui demande un roi. On peut voir là un hommage détourné à Louis XIV, mais ce changement soulève cependant une question : le peuple est-il digne de se gouverner lui-même, alors qu’il se montre inconséquent ? De plus, le peuple veut un « roi qui se remue », un roi qui dissimule sa douceur sous peine de passer pour un faible et de se faire mépriser : les grenouilles sautent sur l’épaule du roi « débonnaire et doux ». Il semble bien que le peuple ait besoin d’un homme fort, afin de se diriger ; La Fontaine en fait le constat dans la fable et invite le lecteur à méditer sur cette donnée politique. Partant, il sera sans doute mieux à même de se comporter en citoyen plus responsable.

B°) Une leçon politique

Au-delà de ce constat, la Fontaine délivre dans la fable une leçon politique. C’est par l’intermédiaire de Jupin que la morale est exprimée : le personnage évoque les changements successifs de régimes politiques:

...

Télécharger au format  txt (10.9 Kb)   pdf (103.6 Kb)   docx (9.6 Kb)  
Voir 7 pages de plus »
Uniquement disponible sur DissertationsEnLigne.com