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L'Avenir d'Une Illusion

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alable requerrait sans doute, pour des élèves de Terminale en 2007, un réel effort d’imagination. Le plus souvent, il n’a pas été fourni. De là, un affaiblissement, voire une dissipation du problème, en raison de transcriptions brouillonnes et d’approximations impardonnables, qui ont versé, sans coup férir, jusque dans le ridicule et dans l’atroce.

La plus courante confondait esclavage et dépendance « simple ». J’ose espérer que, si vous êtes dépendants de vos parents sous les rapports financiers et moraux, ils se distinguent quand même des Thénardier et que vous ne subissez pas les mêmes humiliations que Cosette ! D’autres confondaient esclavage et fatalité, ou destin. Une autre confusion fréquente identifiait l’esclave et le prisonnier, l’esclave et le malheureux, voire l’esclave et le dépressif ! Dans un cas au moins, l’esclave a été identifié à l’égoïste au motif que celui-ci est « esclave » de ses passions. Enfin, comble du délire, au moins six copies ont affirmé ou laissé entendre que, dans la mesure où ils sont privés de la liberté de travailler, le chômeur et l’inactif sont des esclaves ! On croit rêver ! Peignez-vous un instant un champ de coton en Alabama en 1830. Voyez-vous vraiment beaucoup d’oisifs parmi les esclaves ? Enfin, dans le pire des cas, une lecture complètement viciée du problème a atteint l’obscène : en assimilant hâtivement la liberté à la recherche du bonheur, entendu comme Souverain bien, une copie a fini par suggérer que nous étions esclaves du bonheur. Je souhaite à ce candidat de ne jamais connaître la servitude : il risque d’être surpris.

Il est clair qu’un usage dérivé du mot « esclave » explique, au moins en partie, ces dérapages : on peut parfois dire de quelqu’un, par exagération, qu’il est « esclave du tabac » ; mais on sent bien qu’il s’agit d’une hyperbole car le fumeur n’est tout de même pas privé de son droit de vote, de son droit à une rémunération, de son droit de grève.

Il était tout à fait légitime de traiter la question dans ce sens « dérivé » du mot ; mais dans ce cas, il fallait au moins signaler cet emploi « second » ou « métaphorique » (la meilleure copie a pris cette précaution). Je veux signaler cependant, même si aucune copie ne s’y est risqué, qu’on pouvait aussi traiter le sujet en prenant « esclavage » dans son acception première, et réussir de la sorte une dissertation très différente de ce qui m’a été donné de lire.

Une dernière remarque : sept copies ne définissent explicitement aucun des deux termes. Dans de tels cas, cerner le problème se présente presque comme une mission impossible. Voyez pourquoi dans les conseils de méthode.

1.2. Forme de la question

« Facteur » d’esclavage. La question était précise. Il ne s’agissait pas de prouver par a + b que le développement technique induit nécessairement l’esclavage (ce n’est évidemment pas le cas), mais bien de savoir s’il pouvait, combiné à d’autres éléments, déboucher à terme sur l’esclavage. La meilleure copie a distingué « facteur » et « cause » : elle était la seule. On était pourtant en droit d’attendre de scientifiques que de telles distinctions fussent parfaitement maîtrisées.

1.3. Relations entre les termes

La double signification du mot « esclave » autorisait deux types de mise en relation entre les termes.

- dans la lecture « extensive », où « esclave » s’entend au sens de « totalement soumis à une personne, une chose ou une passion », il s’agissait de se demander si le citoyen normal peut, tout en conservant ses droits, se retrouver dépendant de son environnement technologique quotidien. Dans la mesure, pourtant, où des générations entières ont vécu (et bien vécu) en se passant fort bien de ces machines, on ne voit pas à première vue ce qui pourrait menacer la totale liberté de l’humain dans un choix éventuel de renoncer en bloc à toute la « technosphère ». La seule raison qui pourrait laisser suspecter une difficulté serait à rechercher dans l’hypothèse où, insidieusement, l’humain aurait perdu malgré lui la possibilité effective de couper l’alimentation des machines. En somme, que l’habitude aidant, le renoncement à la technologie ne soit plus une éventualité envisageable pour lui. On voit ainsi que le problème se situe moins au niveau du besoin physiologique qu’au niveau de l’autonomie de la pensée.

- dans la lecture « rigoureuse », où « esclavage » s’entend stricto sensu comme « privation de tous les droits », la relation s’entendait de manière un peu différente ; car à l’évidence, un tel esclavage se présente exclusivement comme une relation interpersonnelle entre deux individus humains, l’un prenant la figure du maître, l’autre celle de l’esclave. Un ensemble de machines ne paraît pas apte à entrer dans une relation d’esclavage (même à titre d’esclave), puisqu’il n’est pas une personne (une copie s’en est avisé : bonus !). Le seul moyen de comprendre le sujet était alors de recentrer la question sur le mot « facteur », en indiquant qu’il n’est bien sûr pas question de nous demander si les robots vont se révolter contre nous, mais plutôt si les machines constituent une pièce maîtresse dans les rapports de force entre des nantis « maîtres » et leurs « esclaves » modernes. Il convenait alors de situer le problème au niveau des conditions de travail en tant que génératrices (ou non) de droits politiques convenables. Je ne proposerai pas de corrigé intégral de cette lecture « serrée » du sujet : j’en dis seulement ici quelques mots.

2. Réponse spontanée et réponse paradoxale justifiées

Par définition, le progrès technique libère. Cette libération est même son motif, son but, et son moteur. On ne voit pas comment il peut être facteur d’esclavage.

La réponse paradoxale consiste à montrer que cette libération s’effectue par le biais d’une puissance technologique accrue ; l’habitude de cette puissance pourrait nous empêcher d’imaginer ce qui se passerait si nous devions nous en passer.

3. Argumentation de la thèse et de l'antithèse

3.1. Thèse : la technologie nous libère

Le plus souvent, les copies ont assez bien argumenté cette partie. Je passe donc sans m’y appesantir : il était en effet assez simple de montrer que la technique a permis de supprimer les tâches les plus ingrates et les plus dures, les réservant aux machines, pendant que d’autres outils nous permettent aujourd’hui des prouesses qu’on n’aurait même pas imaginées voici seulement cent cinquante ans (personne n’a cité l’avion, et je le regrette, tant cette invention avait été jugée « impossible »). Plusieurs copies ont mentionné le lave-linge et Internet. Soit ; mais d’autres exemples pouvaient aussi venir à l’esprit, plus parlants peut-être, et moins banals. Ainsi l’assolement triennal, le tournevis, le moulin à eau, la boussole, le joug à bestiaux, le métier à tisser, l’imprimerie, le marteau-piqueur, la grue, le tout-à-l’égout… (Je déplore quand même que cinq copies n’aient mentionné aucun exemple de technique.)

Deux copies seulement se sont avisées d’une remarque ô combien juste : ce sont justement les sociétés industrialisées qui ont aboli la traite des êtres humains, et qui l’ont incriminée de manière sévère. Cette idée leur a valu un bonus.

Je tiens encore, ici, à signaler la meilleure copie qui a su préparer l’antithèse dès la première partie du devoir, en situant le problème au niveau pertinent. En effet, ce candidat a signalé tout de suite que, non contente d’amoindrir nos fatigues, la technique nous libère l’esprit. Aussi par la réflexion gagnons-nous en sens critique et en culture générale, donc en faculté de choix, En posant en préalable à la pleine liberté l’existence d’une pensée elle-même nuancée, informée et libre, ce candidat s’assurait tout de suite une antithèse solide.

Un point d’érudition philosophique. Il n’existe rien de tel que des « références obligatoires » ; mais Descartes (Discours de la méthode, VI) et son idée de devenir par la technique « comme maîtres et possesseurs de la nature » pouvait ici fournir un coup de pouce appréciable ; de même Bacon et son utopie scientiste (La Nouvelle Atlantide) qui imagine les OGM dès le XVIIè siècle. Ni l’un ni l’autre n’ont été mentionnés, à mon grand regret.

3.2. Antithèse : la dépendance à la technique

La fallacieuse impression de puissance que donne le progrès technique comporte un risque « d’acclimatation » à l’existence de ce progrès. S’ensuit alors un étrange phénomène que Rousseau (cité par une seule copie, hélas !), en son temps, avait déjà signalé : les commodités dégénèrent en « vrais besoins, si bien qu’on [est] malheureux de les perdre sans être heureux de les posséder. » (Discours sur les fondements de l’inégalité parmi les hommes, voir ce cours).

Bien des copies ont mentionné ce risque, mais sans jamais élucider les problèmes suivants, tout de même très gênants.

- Comment un «

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