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L'Islam Et Démocratie

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’un seul et même a priori ce qui constitue aujourd’hui une multiplicité de modèles politiques et culturels.

Néanmoins, un questionnement subsiste lorsque l’on se penche sur l’études de ces pays : L’influence de la religion dans la formation historique de l’Etat dans les pays musulmans semble-t-elle déterminante pour comprendre l’évolution contemporaine des régimes politiques de ces pays vers la démocratie ? Car certes, la construction étatique de ces pays – comme c’est le cas pour l’ensemble des Nations – est marquée par son histoire, sa culture, sa religion. Le second constat nous conduit à dire que bien qu’étant doté pour certains de constitutions, pour d’autres de modes d’élections ; bien que parfois signataires de la Déclaration des Droits de l’Homme ; bien qu’ouverts au dialogue avec certaines démocraties occidentales ; on ne peut dire aujourd’hui que la démocratie est de fait en place dans les pays musulmans. Il s’agirait plutôt d’un cheminement en cours pour certains ou loin d’être amorcé pour d’autres. Le débat est toutefois présent et conduit bien souvent à des amalgames, des parallèles ou des références entre vie religieuse et vie politique.

Sur un débat aussi vaste, il apparaît nécessaire de délimiter un cadre bien défini au sein duquel s'élaborera un travail de réflexion. En s'appuyant sur neuf textes[1], nous essayerons donc de répondre à une problématique précise : comment l'islam peut-il se conjuguer avec la démocratie et quelles en sont les limites? Pour ce faire, nous reviendrons sur l'influence de la religion dans la formation de l'Etat tel qu'on le connaît aujourd'hui à travers l'institutionnalisation confessionnelle mais également politique des individus au sein de l'Umma ainsi que la dualité du jeu politique entre nécessité et légitimité. Cependant, nous verrons dans un second temps que la démocratisation peut difficilement passer par l'islamisation principalement en raison du caractère moniste de cette religion qui a tendance à se répercuter dans la vie politique par le maintien de « néo-patriarchies » autoritaires.

Comme nous l’indique l’ensemble des textes étudiés, l’islam porte une vision de la cité comme moyen de protection vis-à-vis du chaos, cette cité elle-même constitutive de la communauté des croyants ou Umma. Ainsi, le premier rôle politique du prince découle de la tradition religieuse et l’invite à assurer la sûreté de l’Umma. C’est sur cette base que se fonde la construction des institutions politiques et administratives. On assiste dès lors à une politisation du sacré au sein de laquelle le prince tire son autorité des lois divines. Historiquement, le monde musulman se constitue donc en puisant dans la religion islamique ce qui le conduira sur la voix de l’étatisation. Cette tradition profondément ancrée a guidé le monde musulman pour transformer ce qui était une multitude de tribus en un ensemble d’empires. On aborde alors la question de ce que Bertrand BADIE et Guy HERMET identifient sous le nom d’ « argument fonctionnel ». L’action politique s’oriente en regard des valeurs prônées par la religion et l’obéissance apportée au prince par la population émane d’une volonté de respecter ces valeurs. Le prince, en tant que protecteur de l’Umma et garant de l’application de la Sharia, jouit d’une autorité et suscite l’obéissance. Les relations qu’entretient le peuple avec ses dirigeants est édicté par la loi divine et les modes d’organisation sociale et politique sont donc d’essence théologique.

Tel en est le cas en ce qui concerne la protection de l’Umma qui relève pour sa part de l’argument de nécessité (dharuriyya). C’est ce dernier qui dote le prince de pouvoirs et se trouve au fondement de la constitution progressive de l’Etat. Mais cet argument n’apparaît pas seul et est perpétuellement abordé dans une relation duelle voire conflictuelle avec l’argument de légitimité. Si la nécessité est ce qui constitue les contours de la vie politique, la légitimité de son côté relève entièrement de l’ordre théologique car se rattache à la réalisation du juste sur terre. La production politique dans les pays musulmans – et en vertu d’une tradition émanant de la religion – est donc contrainte à deux règles fondatrices qu’elle ne maîtrise pas. C’est à travers la nécessité que le dirigeant se trouve doté de pouvoirs mais ces derniers sont fragilisés face à la prévalence de la légitimité. Dans ce cadre, il y a institutionnalisation de la contestation politique. L’Umma attend du prince qu’il réalise son devoir de protection sous peine de voir émerger une opposition qui pour sa part jouirait d’une autorité supérieure puisque légitime plutôt que nécessaire. A travers le temps et l’évolution en terme de formation des Etats, la religion a su fortement influer sur la constitution de modèles pour les pays musulmans.

De ce fait, une des caractéristiques de la religion musulmane est son caractère moniste. Beaucoup de spécialistes voient l’islam comme constitutive de l’Etat, laissant présager une impossible séparation des deux entités que forment l’Etat et la religion et qui finalement ne seraient qu’un. Le cadre de toute mobilisation politique se définit par le dar al-islam c’est-à-dire le domaine de l’islam. On peut ainsi vite aborder la question du totalitarisme qui se retrouve dans les gouvernements autoritaires du monde musulman mais également dans les mouvements islamistes. Le principe de totalité de l’islam qui fait qu’il englobe toute la vie politique mais également sociale laisse un champ assez restreint à l’expression d’une démocratie. L’objectif avoué des islamistes intégristes se trouve alors dans la constitution d’un Etat qui serait gouverné par la Sharia. Mais face à cette vision traditionaliste appelant au repli sur soi et à des postures défensives, un courant modernisateur émerge avec la volonté de démocratiser les pays musulmans dans une pleine reconnaissance et application des droits de l’homme. Si l’on se replonge dans la culture islamiste, on peut voir que cette existence d’opposition trouve son essence même dans le Coran. Au vu de la nécessité de l’établissement d’un pouvoir protecteur, le peuple est légitime d’ouvrir la voie de la contestation en cas de transgression à la règle majeure : l’application de la Sharia. Ainsi l’opposition trouve ses origines dans le religieux, peut naître pour le défendre, mais peut également être mise en place face à la nécessité de protéger l’Umma. On peut ainsi prendre le contre-pied d’une vision anti-démocratique de l’islam par le fait que c’est elle-même qui inspire et légitime la contestation.

Cependant, la voix de la démocratisation dans les pays musulmans semble difficilement pouvoir être insufflée par l’islam. N’est-ce pas le caractère moniste de cette religion qui a su ancrer dans les mœurs un mode de fonctionnement totalitaire, laissant pour seul héritage des néo-patriarchies ? Si l’on se réfère à la définition donnée par Hisham SHARABI[2] du néo-patriarchisme, il s’agirait du « mariage entre une patriarchie traditionnelle corrompue et une modernité déformée ». L’une des caractéristiques de ce modèle est que la religion peut être vue comme constitutive de l’organisation et des relations sociales. Par ailleurs, dans l’exemple des pays musulmans, l’ensemble des caractéristiques qui permet de les identifier à des néo-patriarchie trouve leur essence dans la religion. On se retrouve alors dans un système politique dont l’identité se fonde sur des aspects théologiques et sont les garants d’un pouvoir autoritaire peu contesté parce que nécessaire quant au maintien de l’ordre. Si la laïcisation peut apparaître de manière plus ou moins prononcée dans les pays musulmans, c’est pour répondre à un enjeu clair : endiguer la contestation naissante et grandissante des fervents défenseurs des droits de l’homme. Par ailleurs, cette laïcité reste toutefois relative car se prémunir de toute référence religieuse pour un dirigeant le conduirait à abandonner ce qui fonde son autorité : ce fameux argument de nécessité. Il est nécessaire qu’il détienne le pouvoir et qu’il l’exerce à sa manière car cela constitue la garance de l’application de la Sharia. La sphère religieuse est alors instrumentalisée par le monde politique à des fins personnelles. La culpabilisation de la communauté croyante, en cas de non respect de ce pouvoir et en tant que responsable dès lors du chaos, donne aux dirigeants une latitude d’action incommensurable. La religion est alors transformée en arme, elle devient le moyen de lutte premier contre la démocratie.

Si sur un questionnement aussi vaste les controverses et divergences sont nombreuses, tout le monde peut s'accorder sur le fait que c'est bel et bien la religion, l'islam qui est à l'origine de la construction de l'Etat dans les pays musulmans. Bien entendu, le maintien de fonctionnements ancestraux – sur la base de principes tels que la protection de l'Umma, la nécessité du maintien de l'ordre et la légitimité découlant de l'argument messianique – ne sont pas des éléments qui permettront d'accéder à une véritable démocratisation en pays musulmans et cette idée se retrouve à travers l'enracinement de gouvernements autoritaires usant à leur profit de la Sharia et son monisme. Cependant, toute évolution n'est pas à considérer comme impossible dans une zone géographique aussi attachée

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