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Notes De Cours Criton

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er que l’universel se trouve en fait dans la parole elle-même (et donc qu’il y a en un sens une « illusion » dans la croyance que les définitions recherchées pourraient être trouvées) : l’universel n’est pas « devant » nous, dans des « définitions » susceptibles d’être « captées », il ne se saisit que par un retour réflexif où l’on comprend qu’on cherchait en un certain sens au mauvais endroit. L’universel était dans la parole avec laquelle on croyait pouvoir saisir l’universel, comme si celui-ci était quelque chose différent de la parole. --- C’était là l’idée de la « conversion du regard ».

Dans la mesure où déjà l’universel se révèle comme niveau de connaissance distinct de celui de la connaissance des choses sensibles, on peut donc dire que le philosophe (Socrate/Platon) accède à une compréhension intellectuelle de l’homme; il accède à la compréhension de l’homme comme « être raisonnable ».

(« Être raisonnable » ne signifie pas ici « être capable de se faire une raison », de s’accommoder de ce qui n’est pas tout à fait conforme à ses désirs, --- bien qu’il y ait une certaine connexion ---, mais « être capable de pensée abstraite »).

Dans la mesure, maintenant, où il reconnaît que l’universel est dans la parole elle-même, le philosophe ne pourra pas considérer que la justice peut se définir « objectivement », c’est-à-dire : comme un objet « intellectuel » sur lequel la pensée se dirigerait. La recherche de la « définition » de la justice relèverait d’un niveau de connaissance plus avancé que la réflexion qui en resterait à la désignation immédiate de lois justes, mais ne constituerait pas le degré ultime de la connaissance. (S’il en est ainsi, cela signifie qu’il n’y a pas de loi qui puisse être tenue juste « en soi », de manière objective).

De la même façon que nous pouvons distinguer, abstraitement, la parole elle-même du contenu de la parole, nous pouvons maintenant distinguer la loi en elle-même du contenu de la loi.

Ce n’est pas pour le philosophe en raison de son contenu --- à savoir : de ce qu’elle dit --- que la loi doit être respectée : c’est dans sa qualité de loi, c’est-à-dire : dans sa forme elle-même. On parle ici de la légalité. C’est « l’idée de la loi ». La légalité signifie ici la loi prise comme telle, abstraction faite de son contenu. C’est le rapport juridique (ou politique) qui constitue le véritable objet du respect. Cette dissociation, dans la loi, entre le contenu et la forme est le propre du point de vue de la rationalité (ce qui apparaît plus bas comme le point de vue de la « raison réfléchie »).

Le philosophe respectera les lois, comme la plupart des autres hommes; mais ses raisons de le faire seront différentes de celles des autres : il voit dans la loi quelque chose que les autres ne voient pas nécessairement --- tout comme le philosophe voit à travers la chose concrète, l’Idée qui transparaît en elle, et même l’Idée du Bien, alors que le commun des mortels ne voit que cette chose concrète.

2- Dogmatisme, relativisme, idéalisme

Cette dissociation de la forme et du contenu ne s’opère pas d’emblée. Il faut un travail de réflexion pour y parvenir --- un apprentissage comparable, encore une fois, à la démarche décrite dans l’Allégorie de la caverne.

Dogmatisme, relativisme et idéalisme peuvent être considérés comme trois étapes pour parvenir à une position que nous qualifierons comme celle de la « raison réfléchie ». Il y aurait donc un ordre dans la progression de la réflexion.

Le point de départ est le point de vue de l’homme qui a un rapport « immédiat », non réfléchi, à la loi. L’homme « naïf » croit dans la valeur absolue de telle ou telle loi : il est attaché au contenu. Le contenu est pour lui « sacré ». La remise en question critique n’est pas envisageable de son point de vue. C’est évidemment cet attachement au contenu particulier qui est le ressort du dogmatisme. --- Le dogmatique est celui pour qui telle loi particulière --- pensée d’origine divine bien souvent --- doit être scrupuleusement observée. Cette loi peut même être imposée de force. On a alors le fanatisme. Le fanatisme est le plus souvent religieux, mais il peut aussi être politique. (Le fanatique religieux veut que tous se conforment à la volonté divine; le fanatique politique veut l’unité des hommes, la société sans classe par exemple : c’est la suppression des divisions qui doit être réalisée).

Le relativisme consiste à opposer les contenus les uns aux autres. Le relativiste fait valoir que ce qui est pensé sacré par l’un s’oppose à ce qui est pensé sacré par les autres. Il y a des opinions différentes, tout contenu particulier, justement en raison de sa particularité, peut se voir opposer un autre contenu, et donc aucun n’est absolu. Le relativiste est un sceptique. --- Le relativiste reconduira ces contenus particuliers à l’imagination humaine, ou encore aux intérêts des uns qui exploitent les désirs ou la naïveté des autres. Le relativiste explique les lois par leur origine humaine. (Les discours de Thrasymaque et de Glaucon étaient à ce niveau).

L’idéalisme consiste à penser qu’il doit y avoir un contenu valable universellement --- qu’il est possible d’aller au-delà de l’opposition des contenus particuliers. Il reste attaché au plan du contenu; son exigence est que ce contenu soit valable indépendamment des contextes particuliers. --- On pourrait dire que ce point de vue est « plus réfléchi » que celui du relativiste puisqu’il ne se limite pas à constater les différences (historiques, culturelles), mais cherche à dépasser cette opposition. Cependant, dans la mesure où c’est le contenu, encore, qui « obnubile », dans la mesure où c’est lui qui demeure objet de fascination, on peut dire que l’idéaliste, sans se confondre avec le fanatique, y demeure apparenté. (C’est le point de vue de ce qu’on pourrait appeler la « raison naïve »).

Le dogmatisme, le relativisme et l’idéalisme ne forment pas seulement trois positions distinctes, ils constituent trois moments à l’intérieur d’un processus de réflexion. Il s’agit d’un approfondissement de la réflexion.

Le dogmatisme est le moment de la fixation à une particularité identifiée comme vérité absolue («ceci est la vérité absolue»). Le dogmatisme, sans y penser, se trouve à poser que la particularité est l’universel; il prend un certain contenu pour vérité exclusive et absolue. Sa vision est « unilatérale »; il ne voit qu’un côté des choses.

Le relativisme exprime le moment de la prise de conscience de la particularité comme telle : la particularité n’est qu’une particularité, qui est opposable à d’autres. En étant opposées les unes aux autres, les particularités s’opposent à la vérité, --- l’ « universel ». La position du dogmatisme apparaît, rétrospectivement, comme une contradiction (une confusion du particulier et de l’universel). La vérité absolue apparaît à ce moment vide; l’universel se découvre comme négation des particularités, c’est-à-dire : ce qui doit être autre que toute particularité. Le relativisme sceptique consiste finalement dans la dissociation de l’universel et du particulier : « aucune particularité ne peut être identique à l’universel ». C’est cette certitude qui fonde le relativisme dans son scepticisme.

L’idéalisme consiste à reconnaître cette dissociation de l’universel et du particulier comme une nouvelle contradiction : la pensée est déchirée entre les deux, ce désaccord est insupportable, il doit y avoir un contenu rationnel à l’idée de justice.--- L’idéalisme ne consiste pas ici à vouloir réaliser un certain idéal, qui serait d’ores et déjà connu, dans le monde réel, mais à croire qu’il doit être possible de donner une définition de ce qui est juste, que cette définition doit se trouver. Ce que l’idéalisme sait, en fait, c’est que le scepticisme est insatisfaisant, et qu’il est insatisfaisant parce qu’il est une contradiction. La dissociation du particulier et de l’universel est une contradiction. L’idéaliste ne voit pas comment en sortir, mais il est résolu à en sortir. L’idéalisme exprime, pourrait-on dire, une « foi dans la raison »; il est à la recherche d’un contenu qui résisterait au doute du scepticisme.

3- Le point de vue de la « raison réfléchie »

La conversion du regard consiste précisément à saisir que l’essentiel --- le rationnel--- ne réside pas dans le contenu. Tout comme la parole en tant que telle constitue un détachement vis-à-vis de la violence du désir --- et cela même si elle exprime le désir ---, la loi, bien qu’elle puisse avoir son origine, par exemple, dans la domination qu’exercent les vainqueurs sur les vaincus, ne peut pas être assimilée purement et simplement à la violence. Le contenu de la loi a beau être au service des intérêts des puissants, la loi en tant que telle, par sa forme, institue quelque chose d’irréductible à la force.

Celui qui institue la loi doit par là même donner l’apparence à tout le moins qu’il s’y conforme. Il ne peut plus faire n’importe quoi. Il doit « sauver les apparences ». Par là, il pose des limitations au désir. Le désir devra composer avec la loi. Il pourra chercher à ruser avec elle, mais il ne pourra pas ne pas

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