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Nation des droits de l'Homme et migrants : de l'exode républicain à l'actualité

Thèse : Nation des droits de l'Homme et migrants : de l'exode républicain à l'actualité. Rechercher de 47 000+ Dissertation Gratuites et Mémoires

Par   •  7 Novembre 2018  •  Thèse  •  6 290 Mots (26 Pages)  •  198 Vues

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Nation des droits de l'Homme et migrants : de l'exode républicain à l'actualité

Se peut-il que la situation sociale et médiatique des migrants et réfugiés actuels soit comparable à celle des exilés espagnols du milieu du 20ème siècle?

  1. Des guerres, une situation actuelle

II)  La presse comme miroir des l'opinion publique : entre solidarité humaniste et rejet national

III)  La migration comme création poétique

IV)  Un délit de solidarité dans la nation des droits de l'Homme?  

A) Une réaction proportionnée et pragmatique à une situation urgente en 1939?

B) Des changements juridiques et les droits de l'Humain

 C) Être critique face à la légalité (délit de solidarité) L'exemple de la "jungle" de Calais

Migrant

Un migrant est une personne qui a quitté le lieu où elle vit habituellement pour aller vivre ailleurs soit en franchissant une frontière, soit en se déplaçant à l’intérieur de son pays. Un migrant peut se déplacer pour différentes raisons, par choix ou parce qu’il se sent obligé de le faire, notamment parce que sa vie est en danger. Il peut le faire pour toujours ou revenir plus tard dans son pays d’origine.
(Il existe plusieurs définitions du migrant. Celle-ci est celle de l’OIM, l’Organisation internationale pour les migrations).
Plusieurs raisons peuvent pousser une personne à migrer : la guerre, un dictateur qui menace de l’emprisonner car il ne pense pas comme lui, une catastrophe naturelle, la pauvreté, retrouver un membre de sa famille… Ou tout simplement l’envie d’aller étudier, travailler ou vivre dans un autre pays, même en n’étant pas en danger. Dans tous les cas, un migrant doit recevoir l’autorisation de s’installer dans son nouveau pays.

Réfugié

Un réfugié est une personne qui se trouve hors du pays dont elle a la nationalité car elle craint d’être persécutée à cause de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou encore de ses idées politiques. À cause de cette crainte, elle ne se sent plus protégée par son pays d’origine.
(Cette définition fait partie d’un texte important qui est la Convention relative au statut des réfugiés, qui date de 1951 et qui a été acceptée par la majorité des pays du monde).
En arrivant dans un autre pays que le sien, un réfugié vient demander la protection de ce nouveau pays parce sa vie est en danger dans son pays d’origine. Cette personne doit introduire ce que l’on appelle une
demande d’asile qui est acceptée ou non, selon des critères très précis. Si cette demande est acceptée, elle a le droit de vivre dans son nouveau pays : on dit aussi qu’elle obtient le statut de réfugié. Si ce n’est pas le cas, elle est alors obligée de retourner d’où elle vient.
Certaines personnes en danger quittent leur habitation pour aller se réfugier ailleurs, sans passer de frontière, donc en restant dans leur propre pays. Dans ce cas, on ne dit pas d’eux qu’elles sont des réfugiés mais des
déplacés. Important : les déplacés sont deux fois plus nombreux que les réfugiés.
Ces définitions permettent donc de comprendre la chose suivante :
si tous les réfugiés sont bien des migrants, tous les migrants ne sont pas des réfugiés ! Qui sert cette distinction? Qu'entraine-t-elle?

La question migratoire est d'une grande actualité. Elle a soulevé et soulève toujours de grands débats qui tendent parfois à occulter une situation avant tout humaine qui nécessite une considération morale.  A l'heure où les associations tentent un appel commun à la solidarité, où des intellectuels se positionnent, où la société civile se fracture sur ces questions, l'individu doit s'engager et prendre position en tant que citoyen d'une part, en tant qu'humain d'autre part. Le départ de notre dossier se situe dans l'expression « la France, pays des droits de l'Homme », une expression communément acceptée censée résumer le passé d'accueil de la France et ses textes sur les droits Humains.  S'est donc imposée une contradiction frappante  : aujourd'hui, des associations défendent les migrants, parfois contre l’État qui devrait les protéger. Alors, que penser de cette situation ? Peut-elle trouver un écho historique dans le passé de la France? Est-elle propre à notre époque ? Est-elle inévitable ? Nous avons trouvé ces questions pertinentes et elle constitue la base de ce dossier. En se demandant si la situation sociale et médiatique des migrants et réfugiés actuels est comparable à celle des exilés espagnols du milieu du 20ème siècle - en singularisant les époques et les contextes pour tenter de cerner leurs points communs- nous avons essayé d'apporter si ce n'est une réponse, en tout cas un élément de réflexion qui nous semble important car, comme le dit l'historien Patrick Boucheron dans une récente tribune[1] : « C’est le moment. Le moment où tout peut se jouer d’un destin collectif. Le moment où mille victoires de détail risquent d’être, d’un coup, submergées par la faillite morale d’une nation. […] : il suffirait que nous continuions ainsi, pas à pas, suivant la pente de la mesquine indifférence aux malheurs des hommes. »

Ainsi, nous tenterons d'abord clarifier les époques étudiées et leurs singularités dans les situations géo-politique. Dès lors, nous étudierons l'opinion publique au travers notamment de la presse de 1939 et des fractures politiques liées aux migrants et réfugiés pour ensuite évoquer le rôle des poètes et leurs rapports à l'exil. Enfin, nous interrogerons le qualificatif de « nation des droits de l'Homme » au travers d'exemples historiques et et d'une position critique face à l'actualité.

II)

Les motivations des défenseurs des migrants sont multiples. En plus de valeurs éthiques, morales, humanitaire de respect des droits humains, elles s'accompagnent de justifications et positions politiques, d'ordre idéologique telles que l'antifascisme. Les organes de presse partageant cette position sont presque exclusivement ceux de partis politiques "de gauche" : Le Populaire, organe du parti SFIO, consacre sa première une sur le sujet le 29 janvier : « La France, suprême espoir des femmes et enfants espagnols qui fuient la mitraille des Barbares », et accompagne ce titre d’une photo d’enfants apeurés sous les bombardements, en évoquant « les scènes déchirantes qui se déroulent à la frontière franco-espagnole ».  

En addition des prises de positions écrites, de la sensibilisation sur la situation de « la population martyre de la Catalogne » (Le Populaire du 1er février 1936), des organes de presse comme L'Humanité appelle la population (des Pyrénées-Orientales et de tous les territoires concernés directement par cette migration) à s'organiser concrètement, à créer des comités d’accueil et à aider ceux qu’elle nomme « les victimes du fascisme  », qui doivent trouver en France soins et asile. Ainsi, dans  l'Humanité du 16 février 1939, les rédacteurs et avec eux une grande franche de la gauche française de l'époque, explicite : "Des soins aux blessés et malades! Des vivres et des abris pour les soldats et réfugiés!" Comme nous le verrons dans la partie suivante, les militants, partis de gauche et leurs journaux affiliés aideront les enfants séparés de leurs familles à retrouver un contact avec leurs proches. La solidarité internationaliste et même extra-nationale, par simple motif humaniste et éthique, affirmant aider son prochain, domine alors la frange gauche de la politique française.

Évidemment, tout autre est la vision du reste de la presse, du centre à l'extrême-droite. Voici quelques exemples de réactions et titres de ces journaux, qui rappellent très souvent des propos très contemporains sur les migrants et réfugiés d'aujourd'hui. Le journal Candide, explicitement d'extrême-droite, présente, le 8 février 1939, les miliciens comme des profiteurs « bien portants et armés ». L'Indépendant, aux positions variables mais qui a malheureusement souvent rejoint les positions xénophobes, présente, le 27 janvier, les exilés comme des "déserteurs couverts de bijoux". Mais l’organe de presse qui va le plus loin dans l’injure et l’appel à la haine est Gringoire. Le 16 février, cet hebdomadaire évoque « les miliciens mal surveillés dans des camps de concentration fictifs  ». Mélangeant exode et internement, montant en épingle des faits isolés, et pratiquant l’amalgame, il présente les réfugiés comme des pillards qui dévastent les campagnes roussillonnaises, et traite les internés de « lie » et de « pègre rouge ». Le 1er mars c’est le terme « racaille meurtrière » qui apparaît, dans un article qui se termine par cette phrase : « il faut nous débarrasser de tout cela ». C’est la même expression qui sera reprise le 16 mars sous le titre « L’invasion des marxistes espagnols coûte à l’état plus de 200 millions par mois ». Ces exemples suffisent à caractériser l’état d’esprit qui anime la presse d’extrême droite, qui, sur un ton outrancier et injurieux, ne voit dans les républicains que des pillards, des égorgeurs, des bandits et des fauteurs de troubles. Le discours est basé sur la désinformation, pour activer une propagande destinée à faire naître dans l’opinion des réactions de peur et de rejet. Nous pouvons noter que cette désinformation,  parfois appelée fake news désormais, sert toujours à appuyer les revendications sécuritaires et identitaires de l'extrême-droite. Elle influe sur l'opinion publique et instille une peur de l'étranger chez le citoyen à l'écart de la réalité des migrants et réfugiés. Force est de constater que ce rejet est toujours ancré dans les milieux d'extrême-droite. A Calais par exemple, la situation particulière de la ville avec ses nombreux migrants voulant rejoindre la Grande-Bretagne s'est assortie autant de groupes de soutien et d'aide humanitaire (Calaisiens en colère) que de réactions violentes de l'extrême-droite locale (Front National, Réseau Identitaire, Parti de la France, Sauvons Calais), avec ses manifestations, ses attaques et menaces physiques et son mur anti-migrant.

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