Le monologue de Figaro, acte I, scène 2
Commentaire de texte : Le monologue de Figaro, acte I, scène 2. Rechercher de 54 000+ Dissertation Gratuites et MémoiresPar fuiehlqur • 23 Mars 2026 • Commentaire de texte • 1 576 Mots (7 Pages) • 7 Vues
Acte I, scène 2 : le monologue de Figaro
Introduction
Après une longue lutte avec la censure, Beaumarchais parvient à faire représenter Le Mariage de Figaro en 1784. Sous-titrée La folle journée, la pièce s’inscrit dans la continuité du Barbier de Séville, en retrouvant les mêmes personnages : Figaro, désormais valet du Comte Almaviva, Suzanne, sa fiancée, et Rosine, devenue la Comtesse. Toutefois, si l’amour triomphait dans la première comédie, il est ici menacé par l’abus de pouvoir du Comte, qui tente d’exercer un droit de cuissage déguisé sur Suzanne avant son mariage.
L'acte 1 du Mariage de Figaro, de Beaumarchais, est un acte d'exposition : il donne les informations essentielles à la compréhension de l'intrigue. Cet acte permet donc au spectateur de situer le lieu, le moment de l'action, d'identifier les personnages et leur fonction dans l'intrigue. La scène 1 de l’acte I pose les bases de cette situation : les avances du Comte, la résistance de Suzanne et le rôle d’intermédiaire joué par Bazile. Dans la scène 2, Figaro se retrouve seul sur scène et entame un monologue qui ne sera que le premier d’une longue série. Celui-ci, qui prolonge et éclaire l’exposition, joue un rôle essentiel : il révèle sans détour la lucidité du valet, sa colère et sa capacité à transformer l’injustice en stratégie.
En quoi ce monologue annonce-t-il le rôle central de Figaro dans l’intrigue, tout en mettant en lumière les enjeux essentiels de la pièce et l’originalité de ce valet par rapport au modèle comique traditionnel ?
Mouvement I : Une ouverture amoureuse qui révèle aussitôt la rivalité (début – « mais sage ! »)
Le monologue s’ouvre sur un éloge enthousiaste de Suzanne :
« La charmante fille ! toujours riante, verdissante, pleine de gaieté, d’esprit, d’amour et de délices ! »
- L’énumération d’adjectifs traduit l’élan amoureux de Figaro, cet amour, entre un valet et une domestique, rythmera le récit et sera le cœur même de l’intrigue, mais il ne s’agit pas d’un amour naïf ou paisible.
- La chute — « mais sage ! » — introduit une rupture décisive. Grâce à la conjonction de coordination « mais », l’adjectif « sage » dénote de la suite d’adjectifs mélioratifs précédente prend un tout autre sens : il rappelle que Suzanne résiste aux avances du Comte et annonce implicitement le conflit. L’amour est donc immédiatement menacé par le pouvoir. La rivalité amoureuse est posée dès l’ouverture du monologue.
- La didascalie (« Il marche vivement en se frottant les mains ») souligne l’agitation du personnage : Figaro est déjà dans l’action. Ce n’est pas un amoureux plaintif, mais un esprit en mouvement, prêt à riposter.
Mouvement II : Ironie et dénonciation du plan du Comte (de « Ah ! monseigneur ! » à « Quelle douce réciprocité ! »)
Face à cette situation, Figaro, dans un premier temps, fait preuve d’une légèreté ironique, en jouant sur les mots. Figaro s’adresse alors directement au Comte, absent mais omniprésent.
- L’interpellation redoublée, « Ah ! Monseigneur, mon cher Monseigneur » possède un double-sens : l’adjectif « cher » n’est pas seulement une formule affective, mais renvoie au « coût » pour Figaro de ce plan.
- Les points de suspension dans l’expression « vous voulez m’en donner… à garder » suggèrent qu’il ne fait pas ici allusion à sa fonction de « concierge », mais aux cornes que le Comte s’apprête à lui faire porter en séduisant sa future épouse. En effet « donner à garder » signifie duper.
Beaumarchais crée ainsi une situation inhabituelle dans une comédie où le valet est, en général, au service des amours de son maître, comme ce fut le cas d’ailleurs dans Le Barbier de Séville ; ici, ce n’est plus le cas. Déjà, le maître n’est plus un jeune écervelé que, comme chez Molière, son valet peut manipuler. Au contraire, c’est lui qui élabore une stratégie pour écarter son rival. C’est donc lui qui introduit du désordre dans la hiérarchie sociale.
- De surcroît, les qualificatifs, empruntés au monde ouvrier, par lesquels, en une longue métaphore, Figaro résume la situation, font sourire : au sommet de la hiérarchie, le Comte devient « compagnon ministre » tandis que le valet est « casse-cou politique », petit ouvrier, et Suzanne, qualifiée d’« ambassadrice de poche ».
Ces expressions ridiculisent le prestige aristocratique et ramènent la haute politique à une farce.
- Les parallélismes soutiennent cette ironie, par exemple entre :
- « Pendant que je galoperais d’un côté », allusion à ce nouveau métier de « courrier », et « vous feriez faire de l’autre à ma belle un joli chemin », antiphrase pour désigner la route de l’adultère.
- Le même sous-entendu d’une conséquence de cet adultère, une naissance, ressort du parallélisme entre « m’échinant pour la gloire de votre famille » et « vous, daignant concourir à l’accroissement de la mienne ! »
D’où la conclusion par antiphrase : « Quelle douce réciprocité ! » -> Le rire masque à peine une profonde injustice.
Mouvement III : De la révolte à la prise de pouvoir par l’intrigue (de « Mais, monseigneur » à la fin)
Enfin, le ton bascule avec la brève apostrophe : « Mais, monseigneur, il y a de l’abus. »
- Introduite par la conjonction de coordination « mais » (deuxième emploi de celle-ci pour marquer la fin d’un mouvement), cette réplique marque une rupture nette entre deux mouvements du monologue. Le terme « abus » fait passer Figaro d’une ironie culminante à une accusation directe.
Un tiret interrompt cet élan accusateur et signale un changement de posture : Figaro devient stratège. Il s’exhorte lui-même à l’action.
« Attention sur la journée, monsieur Figaro ! » — rappelant le sous-titre de la pièce, La folle journée. Cette injonction annonce une action rapide et méthodique. L’énumération des infinitifs (« faire », « représenter ») accélèrent le rythme et transforme la colère en programme : avancer le mariage, écarter Marceline, tromper le Comte, se venger de Bazile. Figaro s’affirme en meneur de jeu, dissimulant pour mieux manipuler.
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