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Régis Debray Médiologie

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avant de former des penseurs.

Quelle place pour l’espace public ? Comment est il formaté ? Quelles formes prend-t-il ? Jusqu’ ici, tout se passe comme si ces « lieux », qu’ils soient réels ou symboliques, tendaient à diminuer, voire à disparaître complètement, emportant la force de l’opinion publique avec eux.

Régis Debray n’est pas le seul à avoir fait ce constat, lui l’explique grâce à la médiologie, mais les essais sur la relation entre les médias et l’espace public sont nombreux, les conclusions en sont multiples et variées.

Ici, nous reviendrons sur quelques uns des arguments existants pour les comparer à ceux de Régis Debray.

Nous tenterons d’identifier les différentes manifestations de l’opinion publique en nous concentrant sur les médias et sur la façon dont ils pu modeler l’espace public au fil du temps.

Nous commencerons par les premières formes de l’espace public aux XVIIIe et XIXe siècles, qui feront l’objet d’une première partie dans laquelle nous nous interrogerons sur le rôle de l’écrit et plus précisément du quotidien d’opinion, premier média qui semble avoir un impact fort dans la société de son temps.

Une deuxième partie sera consacrée aux médias audio-visuels (télévision, radio), médias caractéristiques des XXe et XXIe siècles, que Régis Debray présente comme, en partie, comme responsables du déclin du lien politique. Nous verrons une fois de plus comment ils agissent sur l’espace public et quels sont les différents positionnement à ce sujet.

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Le XVIIIe siècle est marqué par l’émergence de l’opinion publique. Celle ci est née au moment où les citoyens - fortement influencés par les plus instruits : intellectuels, philosophes des lumières, encyclopédistes - se sont mis à faire usage de leur raison pour penser la société ensemble.

L’existence d’espaces publics, au sein desquels les individus ont pu pleinement faire l’exercice de cette raison a été indispensable à la formation de cette opinion.

Les lieux privés ou publics associés aux écrits de l’époque : encyclopédie, romans, pièces de théâtre, etc. on été le moyen de diffuser les idées révolutionnaires qui ont fait sortir la France de l’obscurantisme.

Les écrits jouent un rôle primordial dans la propagation des idées. Le XVIIIe siècle qui, d’après Roger Chartier, connaît une révolution de la lecture, est également le théâtre de nombreuses luttes et revendications.

En effet, l’historien qui commente ses observations dans « histoire de la lecture », constate une « révolution de la lecture » au XVIIIe siècle dans toute l’Europe.

Un nouveau style de lecture représentant « un danger pour l’ordre politique [jouant] un rôle essentiel dans les détachement critiques, […] qui éloigne les sujets de leurs princes et les chrétiens de leurs églises » serait à l’origine de ce phénomène de montée de l’opinion publique.

Roger Chartier ne parle pas de révolution des transports de l’information, mais de la façon de lire. Le changement serait humain serait, issu du rapport même que l’homme entretient avec la lecture. Il distingue deux types de lecture : la lecture intensive ; la lecture extensive.

La lecture intensive est la plus âgée. Elle a ceci de particulier qu’elle s’appuie sur un corpus de textes réduit qui fait l’objet de relecture et de mémorisation, il s’agit la plus part du temps de textes sacrés.

La lecture extensive n’apparaît qu’au XVIIIe siècle, elle s’exerce sur un corpus beaucoup plus divers et étendu, c’est une lecture rapide, et curieuse. Le lecteur extensif en plus de lire pratique une activité critique, il fournit un travail intellectuel.

Si l’on se réfère aux travaux de Roger Chartier, la révolution des techniques de l’imprimerie ne constitue en aucun cas une révolution majeure. Les transitions volumène/codex et lecture intensive/extensive en sont. Autrement dit, ses conclusions se confrontent à celles de Régis Debray qui a une vision plus techniciste des faits.

Roger Chartier convoque l’homme, là où Régis Debray implique les techniques, sans nier l’importance qu’a eu l’écrit dans une prise de conscience générale du public, ce dernier choisit d’accorder plus d’importance à l’imprimé et tout particulièrement au quotidien d’opinion.

Régis Debray pense que le quotidien d’opinion permet un lien politique fort. Les modalités mêmes de la fabrication de ce média sont les éléments nécessaires au développement d’un espace public : l’imprimerie (un lieu), les ouvriers imprimeurs (des acteurs pensants) et le quotidien (un outil qui va largement diffuser les idées des ouvriers).

La France du XIXe siècle a besoin de construire des bases solides après la chute de l’Ancien Régime. Le quotidien d’opinion va devenir un lieu ou l’on pense mais aussi un lieu où l’on se prépare à l’action. C’est à dire que le journal va former l’opinion publique dans un temps et la mobiliser dans un autre, il va jouer un rôle essentiel dans la vie politique, le rôle d’un parti.

Les ouvriers imprimeurs unis aux intellectuels seront à l’origine de nombreux mouvements sociaux (1830, 1848) qui vont notamment permettre la construction d’une démocratie et d’un parlementarisme stable (suffrage universel, libertés individuelles et collectives, suppression de l’esclavage, etc.)

De ce point de vue la technique même est la raison des l’existence d’un espace public. Et elle également la cause de grands changements dans les structures de la société.

Alexis de Tocqueville et de Gabriel de Tarde semblent partager l’avis de Régis Debray sur l’importance du quotidien d’opinion dans la vie politique au XIXe siècle. Avec eux, l’idée du journal d’opinion en tant que lieux d’expression de la pensée collective ou espace public se retrouve dans la notion de « collège invisible ». Les deux auteurs on des conceptions qui diffèrent mais ils sont d’accord sur ce point.

Pour Alexis de Tocqueville, « le journal représente l’association », il est le moyen de lutter contre un danger naissant, issu des certains des nouveaux acquis sociaux : l’individualisme. Pour ce théoricien de la démocratie, le quotidien d’opinion est « le lieu de composition entre l’intérêt particulier et l’intérêt général », il a la formidable capacité de déposer une seule et même idée dans l’esprit de tous les individus et de manière simultanée.

La vision de Gabriel de Tarde semble plus réaliste, il admet la dimension socialisante du journal mais il la nuance. Selon lui, un tel journal, le journal tribune, nécessite un public qui a un intérêt pour les affaires de la vie publique : « un public politique ».

On notera pour ces deux périodes, une forte implication de la société dans la vie politique. L’espace public est certes élitiste et restreint dans ses débuts mais il s’élargit progressivement aux classes les moins privilégiées et donc les moins mises en avant sur la scène politique. D’abord aux ouvriers du livre qui auront un poids considérable dans la lutte pour les droits sociaux, puis à ceux qui bénéficieront.

A la fin du XIXe siècle, le pouvoir de ce quotidien d’opinion est pourtant menacé. Ironiquement victime de son succès et de sa force, deux changements majeurs peuvent être considérés comme les prémisses de son déclin à venir.

D’un côté les lois Ferry (1881-1882), qui rendent les écoles primaires gratuites et déclarent l’éducation obligatoire, viennent remettre en question le rôle fondamental du journal en tant que formateur, que « collège invisible ». Le civisme sera enseigné par l’école ce qui diminuera un peu plus encore la puissance de la presse d’opinion.

D’autre part, le développement de la presse à large diffusion, avec le théorème de Girardin, parait annoncer le début d’une nouvelle forme de presse, la presse moderne : le journal est moins cher, l’information tente de s’adapter à ses nouveaux lecteurs donc les contenus se modifient, on introduit des reportages, des faits divers, du sensationnel ou des nouvelles, mais on ajoute également des pages de publicité qui apportent une partie du financement du journal(l’autre provenant des ventes en forte augmentation du fait des modifications citées ci- dessus).

Il semble que le journal-tribune dont Régis Debray fait l’apologie ait été condamné avant même que la modification des techniques d’imprimerie ne soit faite. Le succès de la presse moderne et du modèle de Girardin, quant à eux, montrent que les logiques d’audience dans le domaine des médias ne sont pas nées avec l’audio-visuel.

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Le XXe siècle se caractérise par le développement l’image, du son et des télécommunications. Dès les années 1900, avec la TSF, l’armée est capable d’effectuer des transmissions sans fil. Mais ce n’est que plus tard, en 1922 que la France va diffuser pour la première fois des émissions radiophoniques destinées au grand public. Le triomphe de la radio ne se fera qu’après la seconde guerre mondiale. Qu’il s’agisse de radios familiales ou individuelles, ce nouveau média remporte un franc succès auprès du public avec un atout de taille : la rapidité de l’information. La télévision, bénéficie à la foi de l’atout de la rapidité et de celui de la transmission d’image. Elle se développe dans les années 1960

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