La société contre l'Etat
Synthèse : La société contre l'Etat. Rechercher de 54 000+ Dissertation Gratuites et MémoiresPar ammartel • 9 Mars 2026 • Synthèse • 2 635 Mots (11 Pages) • 1 Vues
Le texte que je vais vous présenter est un extrait du chapitre 11 de la société contre l’état écrit par Pierre Clastres. Pierre Clastres est un anthropologue et un ethnologue français du 20e siècle qui a étudié des sociétés amérindiennes d’Amérique du Sud, notamment des peuples vivant sans Etat. Il a effectué de nombreux travaux de terrains en passant plusieurs années avec des groupes indiens, au Paraguay, au Venezuela ou encore au Brésil. La Société contre l’État est un ouvrage de Clastres publié en 1974, qui rassemble des articles écrits à partir des années 1960 à partir de toute ses observations. Il s’agit d’un essai d’anthropologie politique donc fondé sur l’étude de ces sociétés amérindiennes d’Amazonie, considérées comme sans État.
Dans son ouvrage, Clastres montre que ces sociétés possèdent bien une organisation politique, mais qu’elles fonctionnent différemment des sociétés modernes. L’ouvrage s’impose comme un texte majeur de l’anthropologie française, car il remet en cause une vision ethnocentrée selon laquelle les sociétés dites « primitives » seraient des sociétés « pré-étatiques », en interrogeant les fondements mêmes du pouvoir et de l’État.
La question se pose alors : comment Pierre Clastres remet-il en cause l’idée selon laquelle l’État serait le destin naturel de toute société, en montrant à la fois l’organisation politique des sociétés primitives et les tensions internes qui en empêchent l’émergence ?
La thèse défendue par l’auteur est que les sociétés primitives ne sont pas privées d’État par retard ou par incapacité, mais qu’elles s’organisent activement pour empêcher l’apparition d’un pouvoir politique séparé, c’est-à-dire de l’État. Tout d’abord, nous montrerons en quoi les sociétés primitives ne sont pas des sociétés incomplètes, puis nous étudierons le mode de fonctionnement de ces sociétés primitives et enfin nous terminerons en montrant les facteurs susceptibles de faire émerger d’un état.
I. Les sociétés primitives ne sont pas des sociétés incomplètes
Le texte commence par dénoncer une idée reçue : les sociétés primitives seraient définies par un manque, une absence par rapport aux sociétés occidentales, et seraient donc « pré-étatiques ». Selon cette vision, elles seraient toujours définies par leur retard : incapables de se développer techniquement ou économiquement, contraintes à la subsistance et à la survie quotidienne, évoluant dans un certain cadre ‘miséreux ‘.
Clastres montre que cette idée est fausse. Ces sociétés disposent de techniques adaptées à leur environnement et à leurs besoins : elles savent produire ce qui est nécessaire et maîtrisent leur environnement. L’efficacité d’une technique, selon Clastres, ne se mesure pas par sa complexité ou sa modernité, mais par sa capacité à répondre aux besoins de la société à un instant donné, leurs techniques se valant alors autant que les notres.
De même, le temps consacré à l’activité productive est limité : la chasse ou la pêche ne sont effectuées que dans la mesure nécessaire pour subvenir aux besoins du groupe. Cela signifie que le temps restant est libre pour d’autres activités, qu’il s’agisse de loisirs, de rituels, ou d’innovations techniques et culturelles. L’idée d’un travail acharné dicté par la survie est un mythe.
Cette observation permet à Clastres d’affirmer que la relation politique précède la relation économique. Il s’oppose à Marx en expliquant que ce n’est pas l’économie qui structure la société et crée les inégalités, mais l’organisation sociale. L’émergence d’un État et de classes sociales découle de rapports de pouvoir, et non de la simple production économique. Ainsi, les sociétés primitives ne sont pas des sociétés retardataires ou inachevées, mais des sociétés qui choisissent un mode d’organisation fondé sur l’égalité, en limitant strictement toute concentration du pouvoir. Ce refus de l’inégalité est en même temps un refus de l’État, puisque l’État suppose précisément la séparation du pouvoir d’avec la société. Ce sont donc des sociétés qui ne manquent pas d’État, mais qui s’organisent pour l’empêcher.
II. Le mode de fonctionnement des sociétés primitives
Les sociétés primitives sont donc des sociétés sans Etat, sans rapport de pouvoir, pourtant au sein des tribus l’existence de chef nous pousse à nous interroger. Néanmoins ces chefs ne sont ni des chefs d’état, ni des rois, puisqu’ils ne sont pas des détenteurs d’autorité au sens étatique : ils ne peuvent pas imposer leurs volontés par la force, ni transformer leur prestige temporaire en domination durable. Leur rôle est souvent lié à des qualités personnelles : capacité de parole, courage, habileté militaire, mais ces compétences ne leur donnent jamais un pouvoir permanent sur le groupe.
Le prestige militaire ou la compétence dans l’organisation de la guerre constitue l’unique moyen par lequel un chef peut obtenir une autorité temporaire. Mais dès que la guerre prend fin, cette autorité disparaît. Clastres insiste : le chef souhaite rarement devenir un maître coercitif, car le statut de chef ne repose pas sur la domination mais sur le consensus et l’admiration de la tribu. Sa légitimité est donc fragile et dépendante du regard collectif.
Ce qui est frappant, c’est que la société primitive elle-même est organisée pour empêcher tout chef de s’imposer durablement. Tout acte visant à transformer le prestige en domination est neutralisé par la communauté. Les sociétés primitives sont conscientes de l’égalité de tous et visent à la protéger. Ainsi, l’émergence d’un pouvoir séparé est activement empêchée par la structure sociale elle-même.
Clastres illustre ce point avec l’exemple de Geronimo chez les Apaches. Bien que guerrier exceptionnel, capable de planifier et de diriger des expéditions, Geronimo ne parvient jamais à s’imposer comme chef absolu. Les Apaches peuvent accepter son leadership pour certaines missions, mais ils lui tournent le dos dès qu’il cherche à exercer un pouvoir personnel ou durable. Même lorsque son prestige s’accroît temporairement après une victoire, celui-ci s’estompe rapidement, car la société primitive veille à ce que le pouvoir ne se concentre pas entre les mains d’un individu.
Cette organisation met en évidence la logique fondamentale de ces sociétés : le refus de l’unification du pouvoir et l’interdiction de la domination personnelle.
III. facteurs susceptibles de faire émerger d’un état neutralisés par la société primitive
Clastres souligne ensuite un facteur limitant : la démographie. La société primitive ne peut fonctionner que si sa taille reste relativement petite : trop d’individus, et l’égalité devient difficile à maintenir.
Chez les Tupi-Guarani, à l’époque de la découverte européenne, certains villages rassemblent plusieurs milliers de personnes, un phénomène exceptionnel pour des sociétés primitives. Cette concentration de population favorise l’apparition d’un pouvoir politique plus fort, et les chefs commencent à disposer d’un prestige comparable à celui de « rois de province ». Clastres explique que l’arrivée européenne à permis de stopper ce processus, mais face aux interrogations liées à la possibilité de création d’un état si n’étaient pas arrivés cette nouvelle influence Clastres illustre une opposition certaine : l’action des karai, des prophètes religieux qui parcourent les villages et appellent les peuples à la recherche de la « Terre sans Mal ». Par leurs prédications, ces hommes exercent un pouvoir de mobilisation morale et symbolique, aurait étés capable d’empêcher l’émergence de cet État.
Les karai d’autant plus auraient la capacité d’influencer la société à travers leur pouvoir. Ils représentent une forme de pouvoir paradoxal : capable de canaliser et de coordonner les groupes, mais toujours au service de l’égalité et du refus de domination. Cette mobilisation montre que même face à des conditions favorables à l’émergence de l’État, la société primitive peut agir pour préserver son organisation égalitaire.
Conclusion :
Cet extrait montre que l’État n’est pas le destin naturel de toute société. Les sociétés primitives ne sont pas des sociétés « pré-étatiques », mais des sociétés organisées pour empêcher l’émergence d’un pouvoir séparé. La lutte qu’elles mènent n’est pas économique, mais contre l’inégalité et la domination individuelle, et la structure politique prime sur la production ou la technologie. La parole, qu’elle vienne des chefs ou des karai, joue un rôle central : elle peut réguler la société, mobiliser les groupes, mais les karai n’usent jamais de leur influence pour eux-mêmes, protégeant ainsi l’égalité collective. Même lorsque la démographie ou le prestige des chefs pourrait favoriser un pouvoir centralisé, la société et ses mécanismes sociaux neutralisent toute concentration durable du pouvoir. Clastres nous invite à repenser la politique et l’État : la société primitive n’est pas définie par ce qu’elle manque, mais par sa capacité consciente à refuser l’inégalité et l’État. En somme, loin d’être en retard, elle choisit liberté et égalité comme principes d’organisation, montrant que l’absence d’État peut être un choix actif.
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