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Les Troubles Sensori Moteur

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erches en deux grandes tendances. L’une est de considérer que la dyslexie est un trouble

spécifique à la parole (la théorie phonologique) ; l’autre la voit au contraire comme un syndrome aux

manifestations multiples, dans les domaines sensoriels et moteur notamment (théorie du traitement auditif

temporel, théories magnocellulaire ou cérébelleuse).

La théorie phonologique

Au cours des vingt-cinq dernières années, la théorie phonologique s’est imposée comme la théorie « classique »

de la dyslexie. Elle repose sur l’idée que l’apprentissage d’un système alphabétique nécessite d’établir des liens

entre les représentations mentales des lettres et des phonèmes. Si un enfant a des représentations des phonèmes

dégradées, ou plus difficilement accessibles, il lui sera plus difficile d’apprendre la correspondance entre cellesci

et les lettres, d’où des difficultés d’apprentissage de la lecture. Plus généralement, l’hypothèse est que la cause

de la dyslexie est un dysfonctionnement des représentations phonologiques 1. A l’appui de cette hypothèse, des

dizaines d’études ont documenté les difficultés qu’ont les dyslexiques dans de nombreuses tâches impliquant les

représentations phonologiques. Notamment, les tâches de « conscience phonologique » testent la capacité du

sujet à prêter attention aux phonèmes et à les manipuler consciemment. Les tâches de mémoire verbale à court

terme et les tâches de dénomination rapide montrent par ailleurs que le problème phonologique est plus profond

qu’une simple difficulté d’accès conscient. Curieusement, malgré la masse de données documentant le déficit

phonologique, sa nature précise n’est toujours pas bien comprise. Mais ce n’est pas là l’objet de cet article.

Personne ne conteste le bien-fondé d’un déficit phonologique comme cause directe de la plupart des difficultés

de lecture. En revanche, de nombreux chercheurs contestent l’idée selon laquelle la dyslexie est un trouble

spécifique à la phonologie. Ils pensent au contraire qu’au-delà de la phonologie, il existe un dysfonctionnement

plus général, qui affecte la perception auditive et visuelle, et la motricité.

Les troubles sensori-moteurs

Ainsi, selon Paula Tallal de l‘Université Rutgers (New Jersey) 2, un aspect crucial de la dyslexie réside dans la

résolution temporelle du système auditif, affectant donc en particulier la perception des sons brefs et des

transitions rapides. Or de tels éléments sont cruciaux dans la parole, car ils permettent de différencier de

nombreux phonèmes. Par exemple, les sons /b/ et /d/ diffèrent par une transition spectrale durant seulement 40

ms. L’hypothèse est donc qu’un déficit auditif assez général est à la base du déficit phonologique. Cette idée est

confortée par un certain nombre d’études qui ont montré que les enfants dyslexiques (et dysphasiques) ont, en

moyenne, des difficultés dans des tâches auditives.

L’hypothèse visuelle remonte, elle, à plus d’un siècle : le Dr Pringle Morgan décrit en 1896 son premier cas de

« cécité congénitale spécifique aux mots ». Actuellement, certains chercheurs, notamment John Stein 3, de

l’université d’Oxford, pensent que les dyslexiques souffrent d’une légère instabilité de la fixation oculaire, qui

engendrerait des distorsions, des déplacements et des superpositions de lettres et de mots. Ce léger désordre

visuel découragerait l’apprenti lecteur. Cette idée s’appuie sur de nombreuses données à la fois anatomiques

(post-mortem) et psychophysiques, décrivant de manière détaillée des difficultés visuelles.

Dans un autre registre, Rod Nicolson 4, de l’université de Sheffield, insiste sur le fait que les dyslexiques sont

des gens relativement maladroits, ayant des problèmes d’équilibre, et également de séquençage des événements

temporels. Ces symptômes l’ont conduit à proposer qu’une déficience du cervelet soit à l’origine de la dyslexie.

Il s’appuie pour cela sur de nombreuses données illustrant les troubles moteurs d’enfants dyslexiques.

Enfin, John Stein 5 a proposé d’unifier les hypothèses auditives, visuelles et motrices au sein de la théorie

magnocellulaire, qui postule qu’une anomalie neurologique unique (concernant les magnocellules de toutes les

voies sensorielles) est à l’origine à la fois des troubles auditifs et visuels, et de manière secondaire, des troubles

phonologiques (via les troubles auditifs) et moteurs (via le cortex pariétal et le cervelet).

En somme, alors que la théorie phonologique donne de la dyslexie l’image d’un trouble relativement circonscrit,

la théorie magnocellulaire en donne plutôt l’image d’un syndrome sensorimoteur général, dont une des multiples

manifestations serait le retard de lecture. Ces divergences théoriques sont pour le moins embarrassantes, dans la

mesure où les méthodes de rééducation de la dyslexie qui sont proposées reflètent les théories épousées par leurs

auteurs.

Le double écueil de l’interprétation des données

Pour ma part, ma lecture de la littérature scientifique et mes propres résultats m’incitent à adopter une version

assez stricte de la théorie phonologique, en tant que théorie causale de l’apparition des troubles de lecture.

Revenons à ma caricature des recherches sur la dyslexie pour mieux cerner les deux écueils principaux de

l’interprétation des données. Premièrement, le fait que deux groupes de sujets soient statistiquement différents

sur la mesure X n’indique pas quelle proportion des sujets contribue à la différence. Il suffit souvent que, par

exemple, un quart des dyslexiques soient très mauvais au test X, pour rendre les moyennes des deux groupes

significativement différentes selon les tests statistiques usuels, alors même que les trois-quarts restants ont une

performance normale. Que doit-on conclure de ce genre de cas ? Que les dyslexiques, dans leur ensemble, ont un

déficit de X, qui est partiellement occulté par des erreurs de mesure et du bruit statistique ? Ou bien que seule

une fraction des dyslexiques ont un déficit de X, les autres étant normaux ? La réponse n’est pas toujours

évidente. Lorsque les données individuelles sont suffisamment fiables, elles sont souvent beaucoup plus

informatives que les moyennes de groupes. Le deuxième écueil réside dans le rôle causal à attribuer à un déficit.

Quand bien même 100% des dyslexiques auraient le problème X, cela n’impliquerait pas nécessairement qu’il

s’agit là de la cause des troubles de lecture. Il est en effet possible, par exemple, que la véritable cause, Y,

engendre à la fois X et les troubles de lecture, de telle sorte qu’ils soient systématiquement associés sans que l’un

soit la cause de l’autre. D’autres considérations indépendantes sont donc nécessaire pour établir des liens de

causalité.

Avec ces quelques remarques à l’esprit, un examen critique de la littérature (et notamment de dix-sept études

récentes montrant des données individuelles fiables) m’a permis de dégager les généralités suivantes 6 :

• Selon les études, la proportion de dyslexiques présentant des troubles auditifs s’élève de 0 à 50%, avec une

moyenne de 39% (y compris dans les travaux de Paula Tallal).

• La proportion de dyslexiques présentant

...

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