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Récit De Vie

Note de Recherches : Récit De Vie. Rechercher de 37 000+ Dissertation Gratuites et Mémoires

Par   •  29 Août 2011  •  9 402 Mots (38 Pages)  •  401 Vues

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a consacré un numéro très intéressant cité ci-dessus.

croyances, en quoi les vérités qui s'en dégagent se fondent sur les singularités irréductibles à chacun, mais aussi sur ce qui fait leur ancrage dans un monde social, dans des univers culturels et institutionnels, dans des appartenances familiales dont les projets et les aspirations marquent toujours les destins individuels. Mais si le travail du récit vise la compréhension d'un vécu singulier, il est peut-être et surtout un effort pour saisir, à travers lui, ce qui s'éprouve de la condition humaine dans sa complexité, sa confusion et son inachèvement. La perspective qui est ainsi tracée résonne d'autant plus qu'elle semble, à bien des égards, correspondre à un projet dont pourrait se réclamer la démarche Roman familial et trajectoire sociale dans laquelle s'inscrit notre pratique des récits de vie. 3 Le récit est mobilisé comme "moyen par lequel, dit encore Josselson, aussi bien sujets que chercheurs, nous mettons en forme nos compréhensions et en saisissons le sens." 4 Cette visée de construction de sens sert aussi bien à définir le travail d'un sujet engagé dans un processus de formation et de changement ou même de thérapie, que celui du chercheur qui tend à analyser des faits sociaux ou psychologiques. Et pourtant, leurs points de vue, leurs finalités et l'activité qu'ils déploient par le récit ne peuvent se confondre. Dans une perspective de recherche, le récit de vie est recueilli comme un témoignage significatif au service d'un objet de connaissance qui est celui du chercheur. Rappelons qu’à l’origine, l’approche des récits de vie s'est développée dans le champ de la recherche, en sociologie, dans le cadre de l'École de Chicago au cours des années vingt. Elle s’est construite en rupture avec les méthodes héritées du positivisme scientifique dans lesquelles prévalaient des critères de quantification et d’objectivité incapables de rendre compte de la complexité et de la subjectivité des phénomènes sociaux et humains. Par la description vivante et sensible que permet le récit, la démarche biographique donne accès à la connaissance d’univers sociaux et professionnels, appréhendés de l’intérieur, à partir d’expériences singulières. En situation de formation, telle que nous l’abordons, le récit de vie est orienté par l'objectif d'un sujet narrateur qui s'engage dans un travail d'exploration et de compréhension d'une histoire qui est la sienne et dont il cherche à démêler les intrigues pour mieux y trouver sa place. La référence à la sociologie clinique pour caractériser les fondements de cette démarche indique bien la nature d’un projet sociologique qui s’attacherait aux conditions socio-historiques de l’existence pour comprendre les destinées humaines et la préoccupation d’une approche clinique qui chercherait à restituer l’univers subjectif des hommes dans les influences d’une culture qui

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La problématique Roman familial et trajectoire sociale correspond à l'un des courants de l'approche biographique dans le champ de la formation et de la recherche, animé par Vincent de Gaulejac. L'emploi d'un “ nous ” pluriel désigne un collectif qui se réfère à cette même démarche. La pratique que je développe se déroule dans le cadre de mes activités d'enseignement au sein du Service Communication, culture, expression du Cnam et dans diverses universités, auprès de publics en formation continue (formateurs, enseignants, conseillers d'orientation, travailleurs sociaux, responsables de bilan, psychologues, intervenants dans le champ culturel...). Op. cit. p. 896.

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marquent leur histoire individuelle et collective. La tentative d’articuler ces différentes dimensions n’étant jamais assurée… Au-delà de distinctions théoriques importantes, toutes les pratiques qui ont recours aux récits biographiques ont en commun de s’appuyer sur du discours et sur une forme de discours spécifique : la narration 5. En quoi l'approche par la forme narrative peut-elle aider à entendre ce qui se joue pour la personne dans cet art du dire 6 qui s'exerce tout autant comme effet à produire, que comme contenu à transmettre ou nécessité de comprendre ? Cette contribution portera essentiellement sur la part du récit et de la narration dans l’histoire individuelle, comme support à partir duquel nous y avons accès et qui en détermine aussi le contenu. Mon propos est guidé par un questionnement autour de l’activité narrative comme dimension spécifique à prendre en compte dans l'interprétation d'une histoire singulière. En quoi les mécanismes de la narration peuvent-ils enrichir notre écoute des récits de vie et nous amener à entendre les histoires qui s’y racontent comme des reconstructions subjectives où se joue quelque chose de la production de soi ? En quoi éventuellement peuvent-ils nous aider à déconstruire les récits, à déjouer l’illusion biographique… ou plutôt à faire avec ? Quelles sont les fonctions spécifiques que le discours narratif met en jeu dans la pratique des récits de vie en situation de formation par rapport aux pratiques qui relèvent du cadre de la thérapie ? Ce que nager au milieu des histoires veut dire

“ Nous vivons au milieu d’un océan de récits, et, un peu comme le poisson du proverbe qui sera le dernier à découvrir l’eau, nous avons quelques difficultés à comprendre ce que veut dire nager au milieu des histoires. ” 7

Bruner plaide en faveur d’une analyse narrative de la réalité qui permette de ne pas se limiter dans l’éducation aux seules méthodes relevant de la rationalité scientifique. “ Car, comme il s’attache à le démontrer, ce sont les méthodes qui permettent de créer une réalité selon la science. Mais nous vivons l’essentiel de notre existence dans un monde construit selon les règles et les outils du récit. ” 8 L’enjeu épistémologique est clairement énoncé ! Dans le cadre de nos interventions qui portent sur les récits de vie, s'intéresser aux fonctionnements du récit, aux règles propres à l'activité

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Comme le souligne Guy de Villers (in "L'Histoire de vie comme méthode clinique", Penser la formation. Contributions épistémologiques de l'éducation des adultes, Cahiers n° 72 de la section des sciences de l'éducation de l'université de Genève, 1993, p. 147) : “ narration et récit constituent le noyau central de la méthode autobiographique ”. Les travaux qu’il poursuit depuis longtemps autour de la problématique de la narration, (voir l’article qu’il propose dans cet ouvrage), représentent un apport stimulant auquel je me réfère . de Certeau M., 1980 - L'invention au quotidien, 1. Arts de faire, Paris, Gallimard, Folio essais, éd. 1990, p. 121. Bruner J., 1996 - L'Education, entrée dans la culture, Paris, Retz, p.183. Bruner, op. cit. p. 185.

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narrative semble susceptible d'ouvrir sur une écoute de la subjectivité qui se déploie dans l'acte de raconter autant que dans la mise en scène de cet acte de parole. Il convient à cet égard, d’évoquer les apports de la narratologie, cette discipline qui a pour objet l’analyse du récit, à travers l’étude de sa forme d’organisation interne. Les débuts de son développement, dans les années cinquante, sont marqués par l’analyse structurale. L’accent est mis sur le fonctionnement interne du texte pour en dégager la structure logique. Cette approche formelle sera progressivement abandonnée au profit d’une autre manière d’aborder l’analyse du récit. 9 L’accent est mis cette fois sur l’inscription du sujet dans son discours et sur l’inscription du discours dans une interaction verbale qui suppose notamment l’intervention du lecteur pour réinterpréter l’histoire racontée. Depuis une vingtaine d’années, ce sont essentiellement les travaux de Paul Ricoeur qui orientent la réflexion épistémologique sur le rôle du récit dans les sciences humaines. L’intérêt porté au récit est reconnu comme s’inscrivant dans “ un mouvement plus général : sur le plan théorique, il accompagne la redécouverte du sens, du sujet et de l’acteur ; sur le plan méthodologique, il correspond à une ouverture vers des formes de connaissances plus souples, moins dominées par le paradigme de la démonstration scientifique. ”10 On peut considérer qu’il participe ainsi de la reconnaissance d’une approche clinique des sciences humaines. Le discours narratif engage à la cohésion de la vie Les théories de la narration ont permis de mettre en évidence un ensemble de règles auxquelles les récits obéissent et qui en font des totalités hautement organisée 11 pour aboutir à une histoire jugée cohérente et convaincante par celui qui la raconte. Il importe de s'attacher à certaines des opérations mobilisées dans l'activité du récit pour mieux comprendre celle que déploie le narrateur, à la recherche d'un sens toujours hypothétique à sa propre histoire. Qu’est-ce qu’un récit ? Sans pouvoir se référer à aucune définition canonique du récit, on peut s’accorder à en définir certaines caractéristiques. Le récit décrit une suite de faits temporels, ce qui permettrait tout d’abord de le concevoir comme la chronique d’un temps passé. Il est en même temps construction, agencement d’événements mis en

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