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Management Stratégique En Pratique

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t des chercheurs britanniques, français, scandinaves et allemands. Toutefois, des chercheurs québécois et canadiens s’y intéressent également. En fait, on retrouve trois noyaux d’influence importants qui, de manière imbriquée, marquent le développement de cette perspective en stratégie. Suite à l’article de Richard Whittington (1996) dans Long Range Planning, l’Angleterre a constitué un terrain particulièrement fertile au développement de cette perspective. C’est en effet autour de ce chercheur que plusieurs séminaires et ateliers ont été tenus sur la perspective de la pratique au début des années 2000. Le numéro spécial de Journal of Management Studies paru en 2003 est venu consacrer les efforts qu’il a mis de concert avec Gerry Johnson et Leif Melin au développement de cette perspective. Une seconde génération de chercheurs réunis cette fois autour de Paula Jarzabkowski, Julia Balogun et David Seidl ont ensuite pris la relève. L’aboutissement de leurs efforts communs a donné lieu à la sortie d’un numéro spécial sur la perspective de la pratique au début de 2007 dans Human Relations. Parallèlement, on a pu observer un cheminement similaire en France. Dans les années 1990, les travaux d’Hamid Bouchikhi (1993) sur l’entrepreneuriat et ceux de

Marie-José Avenier (1997) sur la stratégie chemin faisant constituent des ouvrages précurseurs de la perspective de la pratique. Au début des années 2000, les travaux du groupe de recherche DRISSE qui se consacrait à l’étude des discours, des représentations et des interactions sociales en stratégie d’entreprise ont également contribué au développement de cette perspective (Mounoud, 2001 ; 2004). De nombreux jeunes chercheurs se sont ensuite intéressés aux pratiques par le biais des communautés de pratique pour réapprécier des questions théoriques classiques sur l’apprentissage et la connaissance. Enfin, la perspective de la pratique est en plein renouvellement grâce à une nouvelle génération de jeunes chercheurs et doctorants qui travaillent à ce qu’on appelle désormais la fabrique de la stratégie (Golsorkhi, 2006). Au Canada, plusieurs chercheurs québécois ont, à la fin des années 1980 et dans les années 1990, effectué des travaux visant à approfondir comment les stratégies émergent. Nous pensons notamment ici aux travaux d’Alain Noël, de Nicole Giroux et de Christiane Demers pour ne nommer que ceux-là. Enfin, le GEPS (Groupe d’étude sur la pratique de la stratégie) vient d’être mis sur pied à HEC Montréal dans le but de servir de lieu de collaboration, de concertation et de rayonnement pour les chercheurs québécois intéressés par le thème général de la pratique de la stratégie. Du côté du Canada anglais, la perspective de la pratique se développe par le biais de la notion de travail institutionnel proposé par Thomas Lawrence et Ray Suddary (2006). Depuis le début des années 2000, la perspective de la pratique connaît donc une croissance rapide et est en voie d’insti-

Le management stratégique en pratiques

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tutionnalisation. En plus de livres portant sur ce thème (Jarzakkowski, 2005 ; Golsorkhi, 2006 ; Johnson et al. 2007), les activités de ces chercheurs sont régulièrement diffusées dans les conférences internationales en management (Academy of Management, Association Internationale de Management Stratégique, European Group for Organization Studies, Strategic Management Society) et dans plusieurs numéros spéciaux de revues (Journal of Management Studies, European Management Journal, Human Relations, Long Range Planning). Un site web dédié au thème Strategy as Practice (www.strategy-as-practice.org) est en opération et compte une communauté de chercheurs de plus de 2000 membres. I. – LA PERSPECTIVE DE LA PRATIQUE Ce que nous appelons ici la perspective de la pratique est une manière de penser et de faire la stratégie en devenir et dont les contours sont très fluides. En effet, la manière de désigner cette perspective fait encore l’objet de nombreux débats. Pour certains, il s’agit d’abord et avant tout de faire état de l’activité des gestionnaires, c’est-à-dire de décrire dans le détail les activités qui sont au cœur des processus stratégiques auxquels ils participent. Dans cette voie, Johnson et al. (2003) ont suggéré les appellations suivantes : micro-stratégie, strategizing ou activity-based-viewed. Pour d’autres, il convient plutôt parler de pratiques. Dans ce cas, il s’agit de comprendre comment les individus réalisent

leurs actions en contexte, étant entendu que ces actions ne sont pas le seul fait d’une délibération, mais qu’elles s’inscrivent dans un contexte de relations sociales, de significations, de règles et routines, de savoir-faire et d’objectifs donnant sens à l’action ; autrement dit que ces actions actualisent et renouvellent un ensemble de pratiques existantes. C’est ce que l’on entend généralement par perspective de la pratique, traduction de strategy-as-practice perspective (Whittington, 1996 ; 2003 ; Jarzabkowski, 2003 ; 2004). Entre ces deux pôles, on rencontre une diversité de positions qui font la richesse de la perspective de la pratique. Ainsi, certains travaux s’inspirent principalement de travaux en gestion ou en stratégie (Maitlis et Lawrence, 2003 ; Salvato, 2003 ; Regnér, 2003) alors que d’autres (Jarzabkowski, 2003 ; Hendry, 2000 ; Whittington, 2001) proposent de comprendre la pratique de la stratégie en s’appuyant sur ceux des sociologues (exemple : Bourdieu, Giddens) ou des philosophes (exemples : Foucault). C’est par ailleurs autour de la notion de « pratique » elle-même que l’ambiguïté est la plus grande. Il y a plusieurs manières de se situer par rapport à la notion de pratiques et dépendamment de celle que l’on adopte, cela conditionne la vision de la stratégie qui en découle. À ce titre, une stimulante discussion sur le site strategy-as-practice a mené à définir cinq sens acceptable du mot pratique1: 1) la praxis (l’action sur le monde) ; 2) les pratiques de la stratégie (discours, standards et outils pour faire la stratégie) ; 3) la pratique de la stratégie (dans le sens d’une spécialité

1. Whittington R., “5 Reinforcing senses of practice”, Strategy-as-practice website, 10 mars 2005.

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Revue française de gestion – N° 174/2007

professionnelle) ; 4) le caractère pratique (dans le sens de ce qui est utile pour faire la stratégie) ; 5) le caractère social de la pratique (dans le sens du tournant pratique en sciences sociales). Les travaux s’inscrivant dans la perspective de la pratique retiennent souvent l’une ou l’autre de ces acceptions, visant la description fine des actions des managers dans leur contexte concret d’action pour les uns, le sens (significations et objectifs) de ces actions et leurs sources ou déterminations (historiques, sociales et sociétales) pour les autres. Si les travaux s’inscrivant dans la perspective de la pratique ne relèvent donc ni d’un ensemble théorique unifié ni d’un même projet, ils visent cependant tous à leur manière à répondre aux questions suivantes : Qu’est-ce que la stratégie ? Qui est le stratège ? Que font les stratèges ? Jarzabkowski et al. (2007) considèrent que la spécificité de la perspective de la pratique se trouve à l’intersection des liens entre ce qui constitue le faire stratégique (la pratique de la stratégie), les pratiques stratégiques (divers types de ressources qui se combinent à travers les pratiques) et les praticiens (acteurs qui influencent la constitution de la pratique). Autrement dit, la perspective de la pratique s’intéresse à toute question de recherche qui permet de faire des liens entre ces différents éléments. La stratégie peut dès lors être conçue comme un ensemble d’actions élaborées au travers d’interactions sociales, de routines et de conversations par le biais desquelles les gestionnaires de même que les membres de l’organisation, définissent une direction pour l’entreprise. La perspective de la pratique invite également les chercheurs à s’intéresser à tous les acteurs de l’entreprise qui participent à la formation des stratégies de

même qu’à ceux qui se situent à l’extérieur de l’organisation. Elle propose ainsi une approche démocratique et pluraliste de la formation des stratégies. La stratégie ne se fait pas uniquement par les gestionnaires au sommet, mais aussi aux différents niveaux de l’organisation. Il est également important de faire des liens entre le micro et le macro bien que l’on ne sache toutefois pas trop comment faire et que l’on y parvienne rarement (Whittington, 2006). Enfin, on cherche à comprendre comment les acteurs utilisent les modèles stratégiques, les outils techniques et les codes organisationnels pour construire la stratégie. Le faire stratégique et le dire stratégique sont donc intimement liés à la manière dont les acteurs utilisent les objets et les artefacts qui les entourent pour construire la stratégie. II. – IMPLICATIONS MANAGÉRIALES Jusqu’à maintenant, les travaux dans la perspective de la pratique ont surtout fait l’objet de développements théoriques et ont souligné la richesse des travaux empiriques qui pouvaient être réalisés en adoptant une telle perspective. Outre les considérations méthodologiques qui ont été peu étudiées, la question des implications managériales de cette perspective constitue sans aucun doute le parent pauvre

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