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Mill

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i, tromper et rompre ses serments, les gouvernants ne peuvent guère lui accorder leur confiance ; aussi sont-ils fondés, comme l'enseignent Machiavel et Hobbes, à employer la violence et la manipulation. D'où le caractère paradoxal du mensonge que présente Mill : si l'individu ment, c'est sans doute en vue d'un avantage immédiat, et dans son intérêt ; mais à plus long terme, parce qu'il induit un durcissement du régime politique, tous les citoyens en pâtissent, y compris le menteur. Est-il donc dans notre intérêt de mentir ? et sinon, la société doit-elle châtier le menteur ? A cette question, Mill apporte une réponse nuancée.

Depuis le début du XVIIè siècle, les philosophes politiques s'accordent sur l'idée que la communauté politique naquit d'une entente unanime entre les individus (Mill adhère implicitement à cette thèse). Ce moment où les individus quittent l'état de nature pour devenir des citoyens dans l'état civil - où chaque individu isolé adhère à une société en formation dont il va devenir, par l'acte même d'adhésion, l'un des membres - implique une belle unanimité, soit forcée par les circonstances (selon Hobbes), soit par une entente cordiale (selon Rousseau, qui nomme ce phénomène "volonté générale" dans Du Contrat social). Bien entendu, cette adhésion formelle ne peut s'opérer avec quelque réserve de la part des membres, sans quoi elle perd son sens. Elle présuppose donc une confiance minimum entre les individus ; c'est précisément cette confiance que le mensonge vient ruiner.

Aussi Mill n'hésite-t-il pas à flétrir le mensonge, acte antisocial par excellence, puisqu'il porte atteinte à la condition sine qua non de la vie en société. Assurément, le menteur (l'enfant qui accuse autrui d'une bêtise qu'il a lui-même commise, par exemple) a le sentiment de poursuivre son intérêt immédiat (éviter la punition) : mais à plus long terme, il porte un coup fatal à la confiance mutuelle entre citoyens, ce qui fait du menteur un ennemi de la société tout entière. Kant avait déjà porté cette thèse à son paroxysme dans son oppuscule en réponse à Benjamin Constant Sur un prétendu droit de mentir par humanité : contrevenir à la loi, en particulier par le mensonge aux autorités légales, et même en raison d'une amitié très forte, constitue un crime grave qui mérite un châtiment exemplaire.

Cependant, loin de tout rigorisme kantien, Mill nuance aussitôt son propos : le mensonge peut être admis si toutefois la révélation de la vérité provoquait des conséquences morales et sociales plus graves que le mensonge. Par les deux exemples qu'il donne (livrer des informations à un malfaiteur, révéler brutalement la grièveté de la maladie à un patient incurable), Mill montre, en bon utilitariste, que la vérité ne doit pas être systématiquement proclamée par principe (cette attitude abrupte serait d'ailleurs aussi antisociale que le mensonge permanent), mais qu'un usage judicieux et mesuré du mensonge permet à l'occasion de prévenir de grands malheurs, et ainsi tourner au bonheur de tous. En somme, puisque l'intérêt social à long terme domine la vie morale, alors certes il faut condamner le mensonge, sauf si celui-ci profite à la société. Un résistant sommé par la Gestapo de révéler le jour et le lieu du Débarquement a le devoir de mentir. Cette nuance, cependant, n'est pas sans poser de nombreux problèmes - et d'abord le plus pressant d'entre eux : si l'on comprend bien que le menteur "normal" estime dans son intérêt de mentir (d'où le mensonge effectif), comment peut-on demander au résistant de mentir alors que cela n'est

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