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L'Univers Visible Est Une Illusion

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u’un simple roturier. Les protagonistes, Walter, Marian et Laura, apparaissent sous une fausse identité à la fin du roman. Cela finit même par aller plus loin encore dans le roman de Wilkie Collins puisque Anne Catherick et Laura Fairlie échangent leur identité au-delà même d’un simple patronyme puisque leurs corps sont confondus. Les personnes faisant confiance à leur vue ne peuvent déceler la supercherie, il faut se faire fin limier comme Héracles Pontor dans La Caverne des idées pour, par exemple, découvrir que la réelle cause de la mort de Tramaque ou Eunio a été déguisée. Dans Albertine disparue, l’identité sexuelle d’Albertine reste longtemps inconnue du narrateur : celle-ci vit une relation hétérosexuelle alors qu’elle est lesbienne. Dans La caverne des Idées c’est l’identité de toute une ville qui est trompeuse. Athènes, ville dominée par la Raison, se révèle être un lieu de débauches et de cultes orgiaques.

En plus de se heurter à de fausses identités, on se trouve bien souvent face à de faux-semblants. Ainsi, chez Somoza, Yacintra ne veut pas faire l’amour à Héraclès Pontor pour le soulager mais pour le tuer, Albertine, chez Proust, est restée en couple avec un homme qu’elle ne pouvait aimer du fait de ses tendances sexuelles et Sir Percival, chez Collins, ne veut pas épouser Laura par amour mais pour sa fortune.

Après avoir découvert que la partie visible de l’univers est dominée par des apparences trompeuses ou encore des faux-semblants, il convient alors de s’intéresser à la partie cachée.

Pour aller au-delà de l’illusion, il faut donc apprendre à décrypter le monde. Pour ce faire, il convient de se mettre dans la position d’un enquêteur. Dans La caverne des Idées, Héraclès Pontor joue ce rôle : il est « Déchiffreur d’Enigmes ». Dans Albertine disparue, le narrateur, Marcel, enquête en dans un premier temps sur la disparition de sa bien-aimée. Dans La dame en blanc, Walter et Marian s’improvisent enquêteurs pour percer le mystère d’Anne Catherick, en premier lieu, ce qui en fera découvrir bien d’autres. Dans les trois cas, les enquêteurs sont en marge de la société. Ce ne sont pas des enquêteurs officiels. Héraclès Pontor, dans l’incipit de La caverne des Idées, se fait éjecter comme le reste de la foule par un gardien. Dans Albertine disparue, le narrateur se rend compte que le policier approuve la pédophilie. Dans La dame en blanc, Sir Percival, que l’on sait usurpateur d’identité, jouit d’une bonne renommée et des personnages hauts placés, comme M. Gilmore, avocat, ne peuvent se résoudre à le croire coupable de quoi que ce soit.

Il existe différents moyens d’enquêter. Nous verrons plus tard que se focaliser sur des pistes uniquement rationnelles est voué à l’échec. Un enquêteur doit tout d’abord ne pas se fier totalement à sa vue et déceler les signes physiques trompeurs. Héraclès Pontor, dans La caverne des Idées, comprend que les lacérations sur le vêtement de Tramaque ont été faites après la mort de celui-ci. Il ne s’est pas fié à sa vision mais a analysé ce qui s’offrait à son regard. Au-delà du tangible, l’enquêteur doit faire appel au sensible. Dans le roman de Proust, Marcel revient sur des épisodes précédents qu’il analyse après coup, comme les visites que faisait Albertine aux Verdurin quand ils étaient à Paris. Grâce à un retour sur le passé, il va réévaluer l’identité d’Albertine. Sa mise en perspective des souvenirs l’amène à dégager des lois : le narrateur interprète les sensations comme des signes et déchiffre le sens qui se cache en dessous et qui va au-delà. Dans La dame en blanc, Walter se tourne d’abord vers la justice mais se rend compte qu’elle ne lui est d’aucun secours. Il décide alors d’enquêter en marge du système et confronte différents regards car la vérité ne peut pas venir d’une seule personne.

En plus de lever le voile sur certaines apparences trompeuses, ces enquêtes sur d’autres deviennent enquêtes sur soi. Ainsi, les mauvaises appréciations de Marcel vont lui faire prendre conscience de ses erreurs et de ses disfonctionnements. De plus, son enquête va l’amener à la découverte d’une vocation littéraire et grâce à l’art de l’écriture – et plus précisément de la métaphore – il va découvrir du sens derrière les signes qu’il a découvert. L’écriture aide donc autant Marcel à mieux comprendre le monde qui l’entoure que lui-même. Les protagonistes de La dame en blanc veulent retrouver une identité en faisant éclater au grand jour celle des autres. En effet, ils sont contraints de vivre reclus, sous une fausse identité, traqués notamment par le comte Fosco et faire surgir la véritable identité de leurs adversaires leur permettra de faire valoir la leur. Laura, quant à elle, n’a même plus d’identité puisqu’elle est officiellement décédée. Le traducteur, dans La caverne des Idées, se rend compte au fur et à mesure que son identité n’est effective que sur le papier et qu’il est soumis à son auteur qui l’a façonné entièrement. En enquêtant sur le soi-disant Montalo, il se rend compte qu’il n’est lui-même qu’un être de fiction.

Après avoir appris à déceler l’illusion et à accéder en partie à des vérités cachées, il convient de se demander si cette entreprise est réalisable dans sa totalité ou seulement partiellement.

Si l’on arrive à découvrir l’illusion, pouvons-nous pour autant l’éviter ou l’annihiler ? Dans La dame en blanc, la société élisabéthaine est en apparence très morale. On se rend compte très vite que ses piliers sont corrompus, que ce sont des menteurs. Pouvons-nous lutter, à notre niveau ? Nous pouvons, certes, les démasquer, mais pouvons-nous les empêcher de nous tromper ? Car si par un travail fastidieux, nous allons au-delà des apparences et que nous découvrons que le monde visible est une illusion, pouvons-nous pour autant changer cette face du monde ? Pouvons-nous, de même, pousser les autres personnes à enquêter et à ne pas se fier à leur vue ? Dans Albertine disparue, après être allé au-delà des apparences, on ne peut que se rendre compte de l’incapacité de l’être à s’exprimer en société. Il semble avoir honte de se montrer tel qu’il est profondément et donc se cache derrière une fausse identité, comme nous le montre Saint Loup, qui s’avère être homosexuel mais ne l’assume pas au grand jour. Dans La caverne des Idées, tout est remis en cause, jusqu’à l’existence du monde matériel. L’incarnation même de l’homme est remise en cause. Comment pouvons-nous alors être certain que nous ne sommes pas une illusion ? Lorsque l’on découvre un mystère, on bute bien souvent sur un autre qui vient se substituer au premier, comme si l’homme n’était pas capable de

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