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Le Bonheur Est-Il Une Affaire De Chance ?

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onne surprise qui nous arrive de manière imprévisible, de manière peut-être inexplicable ou accidentelle, mais sans que la vie heureuse ne soit en notre pouvoir. Ainsi, le malchanceux à qui il n’arrive que des ennuis, semble avoir bien de la peine à vivre heureux. Etymologiquement, le hasard renvoie à l’arabe « az-zarh » qui signifie « jeu de dés ». Dire que le bonheur est la conséquence de la chance en ce sens c’est en faire le produit du hasard qui touche certains, laisse d’autres de côté sans que cela ne puisse être attribué à notre mérite ou à notre responsabilité puisqu’il advient indépendamment de notre maîtrise par le jeu des coïncidences et des aléas de l’existence : dire que le bonheur est une affaire de chance suppose que le bonheur ne dépend pas de nous mais il reste alors simplement ce qui nous arrive selon des circonstances et qu’on ne peut simplement qu’attendre, constater lorsqu’il est là mais il reste alors impossible de le maîtriser : on ne décrète pas son bonheur, on ne le déclenche pas soi-même, on l’éprouve comme le résultat d’un sort favorable mais dont la logique nous échappe. Nul ne peut nier qu’il existe de grands malheurs et qu’ils se produit des évènements attristants ou atroces sans l’avoir voulu ; de même les satisfactions fortes que nous pouvons avoir sont aussi souvent le fruit de bonnes rencontres que le sort a rendu possible : un tel est heureux parce qu’il a eu la chance d’être élevé dans un milieu très favorisé, culturellement ou économiquement, d’être « bien né » en somme, selon des avantages biologiques (tel ou tel don ou potentiel physique ou intellectuel) ou sociaux (tel ou tel milieu social favorisé en culture ou en richesse), un autre est heureux d’avoir rencontré la personne qui va changer sa vie par le plus grand des hasards ou d’avoir rencontré l’amour fou par un étrange concours de circonstances… La chance ici fournit ainsi la matière à partir de laquelle notre vie se construit et déclenche des évènements sur lesquels nous n’avons pas forcément prise. Le bonheur est ici comme une sorte de miracle personnel qui vient du poids des choses mais qui reste alors fragile et qui peut se retourner à tout moment en son opposé : si le hasard me donne le bonheur, il peut tout aussi bien me l’enlever et cela n’est plus vraiment de ma responsabilité. L’homme n’a pas prise sur ce qui affecte sa personnalité et reste alors dominé par le jeu des forces du monde qu’il traverse et ne peut que constater l’écart important qui existe entre les promesses de bonheur auquel il croit et la réalité qui s’impose à lui et qui bien souvent reste décevante. Faire de la chance l’ingrédient essentiel du bonheur le rend forcément aléatoire et incertain : même si l’on croit à sa bonne étoile, la malchance peut tout aussi bien s’abattre sur nous et le bonheur n’est jamais vraiment à nous ni en notre pouvoir. Selon cette idée la vie est alors surtout faite d’évènements sur lesquels nous n’avons pas de prise.

Une telle thèse est donc injuste : outre le fait qu’elle se fait une piètre idée de nos forces et de nos capacités à agir sur la réalité, s’il ne dépend pas de moi d’être ou non heureux, alors il suffit d’être malchanceux pour être malheureux et je suis impuissant à modifier cet état. Une telle théorie, qui est celle finalement impliquée par l’étymologique du mot « bon-heur » (la bonne fortune) condamne l’homme à la passivité c’est-à-dire à l’attente que « le hasard fasse bien les choses » ce qui implique que l’homme se détourne du projet d’avoir à conquérir lui-même sa propre existence. Paradoxe : en voulant se déculpabiliser des risques éventuels de son propre malheur, en voulant nier la part de responsabilité qui est la sienne dans l’incapacité où il se trouve d’être contenté, l’homme risque, avec un telle théorie, de se détourner des possibilités d’être heureux en cessant d’être l’auteur de sa propre vie et en s’en remettant à la « bonne fortune ». Cette théorie est déresponsabilisante et elle ne peut faire du bonheur une réalité constante, stable, assurée et durable : elle nous conduirait plutôt au souci et à l’angoisse d’imaginer que c’est le sort, « le destin » qui décide pour nous, nous donne ou nous reprend, ce qui ne peut que rendre notre vie incertaine et instable. Le bonheur au contraire n’est-il pas l’aspiration à un état durable, à une certaine forme de sérénité ou d’intensité d’existence qui au moins peut se conquérir, être le résultat de notre propre volonté et de notre responsabilité ? Bref, le bonheur ne dépend-t-il pas de nous ?

Dire que le bonheur n’est qu’une affaire de chance c’est au fond penser que notre existence dépend uniquement des bonnes et des mauvaises rencontres que nous faisons. Cela revient à brader notre capacité d’agir et de nous maîtriser nous-mêmes. La particularité de l’homme n’est-il pas de prétendre par sa liberté produire lui-même son existence, de s’opposer à la force même des choses et à retirer par la même son vrai bonheur que la chance à elle seule peine à produire (le plus chanceux est-il forcément le plus heureux ?).

Il faudrait pour cela imaginer que le bonheur ne soit pas le simple produit aléatoire du poids des choses mais que l’homme puisse en être le responsable, qu’il en soit l’agent essentiel indépendamment des circonstances extérieures même si celles-ci sont éventuellement négatives, sans quoi l’homme semble comme impuissant sur lui-même, ce qui laisse supposer qu’on est pas heureux par hasard et que la possibilité du bonheur dépend de la faculté de transformer les occasions qu’offre le réel en éléments pour être heureux. Nous ne choisissons sans doute pas ces éléments, mais nous choisissons la manière d’y réagir et de nous adapter à eux. Si le malheur nous frappe, le bonheur est plutôt ce que nous pouvons ou non manquer nous-même en loupant les bonnes occasions : en somme il faut vouloir être heureux pour le devenir.

Voilà pourquoi l’irrésolution est le pire de tous les maux comme le dit Descartes : l’homme qui jamais ne sait quoi choisir se condamne lui-même à une vie insignifiante : il s’agit aussi de s’engager dans le mode, au bon moment, de se lancer dans l’aventure sans avoir peur de faire des choix : ce n’est plus ici la bonne fortune qui est l’essentiel (la fortuna) mais plutôt la virtuosité ou la virtù, c’est-à-dire le talent de pouvoir agir à son avantage dans le réel, en fonction d’une attention au présent qui permet de voir dans un quotidien parfois morose les signes de sa félicité future. Ainsi selon Spinoza, dans l’Ethique, la faculté subjective du bonheur réside dans cette faculté qu’il nomme la « vertu » qui n’est pour lui au fond rien d’autre que la puissance d’agir, physiquement aussi bien qu’intellectuellement, le malheur venant principalement du fait que l’on subit les choses pour ne plus voir dans la réalité que de l’adversité.

On peut alors supposer que malgré les évènements malheureux de l’existence qui s’imposent à nous (maladie, séparation avec des être proches, catastrophes, difficultés professionnelles ect…) nous puissions rester dans une disposition d’esprit qui cherche à préserver notre joie et notre capacité, notre aptitude au bonheur : notre pouvoir de vivre dans le bonheur ne serait donc pas tant une affaire de circonstances que de volonté et de pouvoir sur soi. Etre chanceux est peut-être une circonstance rendant le bonheur plus facile, mais la chance (qui est peut-être après tout simplement la capacité que nous avons de saisir les bonnes opportunités qui s’offrent à nous) n’est pas le principe de la vie heureuse, sa condition suffisante. Il faut donc envisager l’idée que le bonheur dépend de nous qu’il nous appartient. Si la chance est ce sur quoi nous n’avons pas de contrôle, on peut au moins supposer que le bonheur lui soit notre affaire, notre travail dans l’existence et qu’il repose sur nos capacités et notre liberté. Ce n’est en ce sens plus un don, une bonne surprise tombée du ciel, mais le résultat d’une conquête personnelle et d’un travail face à l’adversité, qui une fois les obstacles éliminés peut nous rendre fier du chemin parcouru, des difficultés surmontées. Le sage espère-t-il sans rien faire un bonheur qui frapperait au hasard ? Au contraire, le principe de toute philosophie ayant pour but la vie heureuse est de nous inviter à un art de vivre, à une conversion spirituelle qui souligne que le bonheur est un bien en nous et non un bien extérieur qu’il faut cherche hors de nous, que le bonheur est avant tout une affaire de jugement et de raison et non d’honneur, d’argent, de pouvoir … bref de désir ou de passion. Pour beaucoup de philosophies morales en effet, vivre heureux et réussir sa vie (et non pas réussir « dans la vie ») c’est apprendre à comprendre ce qui peut nous apporter la sérénité et agir selon ce qui est bon pour nous, se conduire selon ce savoir.

Telle est en effet la position défendue par les philosophies antiques grecques par exemple, qui se définissent comme des recherches de sagesse et de la vie heureuse (les deux choses ont dans cette optique eudémoniste équivalentes) comme on peut le voir à travers l’épicurisme ou le stoïcisme. Epicure, en énumérant dans la Lettre à Ménécée les ingrédient de la vie heureuse élabore une certaine « recette » du bonheur dont la philosophie est la théorisation et la mise en pratique : ne pas craindre les dieux, ne pas redouter la

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