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Giovanni COMISSO : relations de voyages et de missions 1668-1669 , Paris, 1989 , Le promeneur.

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Par   •  27 Mars 2019  •  Commentaire de texte  •  2 503 Mots (11 Pages)  •  330 Vues

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Commentaire de texte :

Ce texte rédigé vers 1668-1669, est extrait de l'ouvrage d'un auteur italien, Giovanni COMISSO, Les ambassadeurs Vénitiens 1525-1792 : relations de voyages et de missions, paru à Paris en 1989 aux éditions Le promeneur.

Son rédacteur, Marco Antonio Giustinian, est un ambassadeur vénitien qui a exercé auprès de Louis XIV. Il est un homme cultivé, s'intéressant dans les détails à la vie politique et économique du royaume de France. L'auteur exercera d'ailleurs les responsabilités politiques suprêmes dans son pays, puisqu'il deviendra doge quinze ans plus tard.

Comme la fonction d'ambassadeur est éminemment politique, on peut penser que ce document s'adresse aux élites qui gouvernent la Sérénissime.

Le XVIIe est considéré par Roland Mousnier comme le « Siècle de crise ». Le Royaume de France n'est pas épargné. En effet, après le florissant XVIe siècle, l'Europe connaît un « petit âge glaciaire » qui se traduit par des épidémies, des révoltes et des guerres. Au moment de la visite de Giustinian, la France vient de mener la guerre de Dévolution contre la Flandre. La question économique est alors cruciale à l’issue de cette guerre. Le roi gouverne en monarque absolu mais s’entoure de conseillés précieux dont le plus éminant est Jean-Baptiste Colbert, ministre d’état chargé, entre autres, des affaires économiques.

Ce texte est une analyse de la politique économique de Colbert. Giustinian présente avec précision les caractéristiques du mercantilisme à la française et indique comment le ministre est parvenu à relancer l'économie du royaume de France pour le hisser au rang des grandes puissances.  

On peut se demander en quoi ce tableau objectif, dressé par un diplômate éclairé révèle-t-il les forces et les faiblesses du mercantilisme à la française initié par Colbert ?  

Dans un premier temps, nous verrons quelles sont les ambitions de Colbert en tant que puissant personnage d’état. Puis nous nous attacherons à détailler la mise en œuvre de son système économique. Enfin nous analyserons les effets du mercantilisme instauré par Colbert.  

              Il ressort d’abord du texte que si Colbert nourrit de grandes ambitions économiques pour le pays, c’est qu’il dispose au sein de la monarchie des pouvoirs très étendus : « il assure l’office qui concerne les finances » (lignes 2 et 3), dont Giustinian souligne l’importance (« si nécessaire à l’art de régner » (ligne 3). De fait, ministre d’état dès 1661, il devient, entre autres, surintendant des bâtiments en 1664 puis contrôleur général des finances, l’année suivante. Quatre ans plus tard, il est secrétaire d’Etat chargé de la maison du roi, de Paris, du clergé et de la Marine, ce qui lui confère un pouvoir étendu aux principaux domaines-clés de l’exercice de l’Etat : budget, finances, industrie, marine, colonies et économie.

Il se double d’une position privilégiée dans ses rapports avec un souverain, Louis XIV, qui s’intéresse au plus près à la conduite de la politique : « [il] surpasse tout autre dans la faveur du roi » (ligne 2) ». Le fait qu’il ait été un « client » de Michel Le Tellier, (« créature de Le Tellier », ligne 1) futur chancelier de France et principal conseiller du roi, a contribué à cette ascension.

Ce serviteur de l’Etat disposant de nombreux leviers économiques, a un dessein : servir son roi à travers l’enrichissement (« opulence », ligne 4) du royaume.  

Cette richesse désirée est d’abord de nature financière, à travers l’accumulation de la monnaie (« de l’argent comptant à profusion », ligne 55 ; « faire abonder la France [de comptant effectif], lignes 27 et 29) ».  Ce désir d’accumulation des richesses d’ordre monétaire, peut être rapproché du courant de pensée bullioniste, selon lequel le stockage de métaux-précieux détermine la puissance d’un pays.

L’auteur évoque par ailleurs qu’avec la politique conduite, « la monnaie prend de la valeur », ligne 25), sans que l’on sache s’il s’agit d’un objectif préalable ou seulement d’une conséquence.  

Pour Colbert, la richesse concerne également les biens : il veut le royaume « abondant de toute espèce de marchandises […] copieux en biens de toute sorte » (lignes 4 et 6)  

D’après Giustinian, elle consiste aussi à disposer de grandes connaissances et savoir-faire (« riche en art de tout genre », ligne 5). Le mot « art » désigne des pratiques artisanales, pré-ou proto-industrielles.

Le projet de Colbert vise nettement à assurer son autosuffisance au pays, « nécessiteux de rien » (ligne 6) et à le rendre suffisamment puissant en économie pour que qu’il devienne « dispensateur de tous les autres états » (ligne 6). Clairement l’objectif de ce grand serviteur royal est d’obtenir une balance commerciale largement excédentaire.

La recherche de la richesse sous ses différentes formes a pour objectif final de donner au royaume le premier rang d’entre les nations : « rendre tout le royaume supérieur en opulence à tous les autres » (ligne 4)

             Fort de son pouvoir politique, Colbert met en œuvre une politique économique interventionniste destinée à répondre à ses ambitions.

Giustinian montre que Colbert s’est d’abord attaché à créer des richesses à travers un appareil productif et en particulier le développement par l’Etat de « manufactures » (ligne 24). L’auteur cite plus souvent ce mot comme verbe ou comme pratique (aux lignes 9, 10, 13, 15 et 20) qu’en tant que lieu de production. En revanche, il évoque un « atelier » (ligne 13).  

Une manufacture est au XVIIème siècle une entreprise économique où se concentre de la main d’œuvre, spécialisée, avec éventuellement des machines encore peu développées techniquement.

Pour leur développement, l’auteur montre que Colbert a cherché à faire venir de l’étranger « les meilleurs arts de tous les lieux » (ligne 7), c’est-à-dire des savoir-faire, des connaissances techniques. Ils ont été acquis en observant ce qu’il se fait à l’étranger : « ce qu’on [y] manufacture […] est soumis à l’étude pour être introduit dans le royaume », lignes 9 et 10). ou encore « on tente d’effleurer ce qu’il y a de mieux de chaque partie du monde » (lignes 18 et 19). L’auteur cite à ce sujet « l’Angleterre » (ligne 12), « la Hollande » (ligne 13), « l’Allemagne » (ligne 15), mais aussi « la Perse » (ligne 19), les « Indes » (ligne 21) et « l’Afrique » (ligne 22).

Les observations de Giustinian paraissent faire également écho à des pratiques économiques décrites beaucoup plus tard sous le nom d’espionnage industriel.

Par ailleurs, il montre que Colbert s’est également appliqué à attirer de la main-d’œuvre qualifiée (« des ouvriers d’Angleterre », lignes 11 et 12) et à mettre en place des lieux de production (« transformant […] un palais en atelier », ligne 12 et 13). Pour faire venir dans le royaume de la main d’œuvre qualifiée, il développe des mesures incitatives.  

En favorisant les manufactures, ce ministre entend désormais produire et faire vendre en France ce que le pays achetait auparavant à l’étranger, afin que l’argent ne sorte plus des frontières. Il cite les productions suivantes : « les chaussettes, les lacets » (ligne 11), « draps […], fromages, beurre » (ligne 14), « des chapeaux de fer blanc » (ligne 15), « les dentelles, les miroirs » (ligne 16).  

On constate une volonté de produire des biens ayant une valeur ajoutée, en développant un secteur économique autre que l’agriculture. Au siècle précédent, c’est cette dernière, que les économistes qualifieront plus tard de « secteur primaire », qui était encore considérée comme seule source de richesse par la pensée dite physiocrate.

C’est justement parce que les manufactures créent de la valeur ajoutée et donc des richesses, que Colbert « interdit […] l’introduction dans les Etats du roi des capitaux des autres » (ligne 8).  En effet, il ne veut pas que l’argent produit par ces activités ne reparte à l’étranger.  

La politique économique de Colbert passe également par un contrôle strict des importations : « [il est] jaloux et vigilant de ne pas [voir sortir l’or du royaume] » (ligne 30). Ces mentions semblent faire écho à la mise en place de tarifs douaniers, en 1664 puis 1667.

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