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L'Annulation De La Dette

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à 1980. Certes ce dernier chiffre est largement dû à la hausse des prix (pétrole surtout). En volume ces exportations ont crû de 12,2 % entre 1960 et 1970 et décru de 3 % l'an de 1970 à 1980. L'Europe en absorbant 69 % des exportations de l'Afrique en 1970, 55 % en 1975 et 64 % en 1984 a largement contribué à l'expansion du commerce de l'Afrique et par conséquent à son développement. En effet, le modèle de développement de la quasi-totalité des pays africains est fondé sur la croissance des exportations. Les exportations ne se sont pas seulement révélées nécessaires à cause de la contrainte de balance des paiements: elles se sont révélées essentielles comme moteur de la dynamique interne des flux. Certes quelques pays, telle l'Egypte, ont un réseau d'échanges internes relativement dense et cohérent qui donne une certaine autonomie aux processus cumulatifs de croissance internes. Mais pour l'essentiel, ce sont les revenus provenant des exportations, la demande interne des secteurs exportateurs et les revenus commerciaux tirés des importations suscitées par le flux d'exportation qui ont entraîné les autres activités, financé les services publics et l'investissement et permis le développement de quelques industries pour satisfaire une demande interne accrue, surtout en milieu urbain. On a dénoncé il y a vingt ans déjà le fait que ce modèle de croissance fait dépendre le développement de l'Afrique de celui de l'Europe: si les importations européennes croissent

* Sous cet intitulé, Études internationales publie des contributions qui, sans répondre aux critères exigés dans les articles et les notes, peuvent être utiles comme document pour susciter réflexions, débats ou propositions de recherche. Il va sans dire que les opinions exprimées dans ces essais et documents n'engagent que la responsabilité de leurs auteurs. ** Professeur à l'Université de Neuchâtel, Suisse, et Directeur du Centre de Recherche sur le Développement. 1. CNUCED: Manuel de Statistiques du Commerce International et du Développement, 1986. Revue Études internationales, volume XIX, n° 1, mars 1988

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Jean-Pierre GERN

au rythme de 4-5 % l'an, comment les économies africaines dépasseraient-elles ce rythme puisque c'est le taux de croissance de leurs exportations qui détermine celui de l'ensemble de l'économie? De plus, la part des matières premières diminuant dans le PIB de l'Europe, les exportations de l'Afrique ne pouvaient croître qu'à un rythme inférieur et risquaient de voir leur prix baisser du fait d'une concurrence accrue... C'est ce qui s'est produit d'ailleurs; les termes de l'échange de l'Afrique chutent de 54 en 1960 à 41 en 1972 (1980 = 100). Mais toute dépendance est à double sens et dès 1973, c'est l'Europe qui découvre combien elle est dépendante des pays du sud de la Méditerranée: pour son pétrole et d'autres matières premières dont le prix va connaître de fortes hausses (phosphate, café, cacao), ce qui fait que les termes de l'échange de l'Afrique passent de 42 en 1972 à 107 en 1981 (31 à 113 pour l'Afrique du Nord; 53 à 101 pour les autres pays, moins riches en pétrole). La dépendance de l'Europe à l'égard de l'Afrique a aussi pris un autre tour. Au moment du premier choc pétrolier, elle connaît une crise profonde; pour couvrir la facture pétrolière, elle cherche à exporter davantage alors même que le volume de ses importations diminue. L'Afrique, qui dépend largement de son commerce avec l'Europe, voit alors ses exportations en volume diminuer considérablement, de 134 en 1973 à 94 en 1975 (indice 1980 = 100); cette baisse touche aussi bien les pays du sud du Sahara (131 à 95) que les pays pétroliers du nord (148 à 91). La hausse du prix du pétrole et d'autres matières premières fait que les exportations de l'Afrique augmentent tout de même en valeur (de 21 à 36 Md de dollars), mais sa balance commerciale, traditionnellement positive devient négative; la chute du solde de la balance courante est encore plus marquée. On a prêté à l'Afrique pour qu'elle puisse maintenir le rythme de croissance de ses achats, alors même que ses marchés extérieurs connaissaient un fort resserrement. Cela se légitimait d'autant plus que, d'une part il fallait recycler les pétro-dollars vers les pays les plus frappés par la hausse du prix du pétrole et que, d'autre part la hausse rapide des termes de l'échange de l'Afrique faisait de nombre de pays africains des débiteurs crédibles. Sans nous arrêter sur les raisons ni sur la signification de ces flux de capitaux, nous retiendrons seulement trois constatations souvent faites: — au départ ils semblent plus liés à l'accroissement des recettes en devises des pays qu'à leur besoin de devises, — ensuite, ils prolongent la mise après que les recettes d'exportation ont chuté, — enfin ils retombent lorsque la situation devient vraiment critique. À travers cette crise, l'Afrique découvre que le processus de développement qu'elle a connu depuis 1960 et qui a accordé à maints pays des taux de croissance appréciables pendant une vingtaine d'années n'a plus guère d'avenir. Sa dépendance à l'égard du commerce extérieur, notamment avec l'Europe, a pris un tour tragique: la demande de la plupart des grands produits d'exportation plafonne inexorablement, soit que l'offre ait atteint ses limites (bois et certaines cultures ou minerais) soit plus généralement que la demande ait atteint un palier. L'Afrique ne peut plus se développer à partir des flux engendrés par ses grandes exportations traditionnelles. Certes la chute des exportations de l'Afrique de 1980 (96 Md de dollars) à 1983 (59 Md de dollars) a quelque chose de conjoncturel (sécheresse, chute de 15 % des prix), mais elle reflète une tendance plus profonde puisqu'en volume, de 1972 à 1983 les exportations de l'Afrique ont diminué de 47 %. La hausse de 4 % en volume observée de 1983 à 1985 a été plus que compensée par la baisse des prix. 2 On ne peut compter que la croissance des années 2. FMI, SFI octobre 1987.

EUROPE-AFRIQUE: LA RELANCE DU DÉVELOPPEMENT PAR L'ANNULATION DE LA DETTE

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60 et 70 reparte sur la même base que précédemment. La mise en place d'un nouveau modèle de croissance est nécessaire. Mais elle n'est pas en voie de se réaliser. En effet, les événements des années 70 (hausses fortes et ponctuelles de certains prix d'exportation, renchérissement du pétrole pour les importateurs, fortes importations de capitaux pour financer des projets d'utilité douteuse ou maintenir des dépenses publiques élevées après la chute des recettes provenant des exportations) laissent derrière eux de profonds déséquilibres. Parmi ces déséquilibres figurent naturellement la dette accumulée, mais aussi le volume des dépenses publiques par rapport au produit national imposable, l'urbanisation excessive, le poids des institutions d'intermédiation et de gestion économique (commerce, banque, administration, etc.) par rapport au secteur productif,... Le poids de la dette s'est considérablement accru au cours des dix dernières années, ainsi que le service de la dette. (Voir tableau 1).

Afrique TABLEAU 1 Dette extérieure et service de la dette

1975 Dette Dette en % du PNB Service de la dette Service de la dette en % des exportations 29,8 20,5 3,9 9,2

1980 87,7 28,1 13,9 12,6

1982 101,2 33,7 16,5 20,1

Md dollars/% 1982 1984 107,3 35,7 17,2 21,0 117,9 38,9 20,0 25,4

Source: CNUCED. Manuel de Statistiques 1986 p. 408/9.

Le déséquilibre démographique est aujourd'hui difficile à saisir et apprécier; il prend des formes diverses, mais il est important. Dans certains pays, telle l'Egypte, la croissance démographique menace l'avenir, car les ressources naturelles du pays ne permettent guère d'y faire face. Dans d'autres pays, c'est plutôt la migration massive vers les villes qui fait problème; ou c'est la mise en danger de l'équilibre écologique à cause de la fragilité de l'environnement (Sahel notamment). De plus, le Sida menace des millions de personnes; ce problème de santé peut devenir un problème majeur de l'évolution socio-économique. En bref, la croissance des dernières décennies a conduit à l'émergence de structures socio-économiques qui constituent un obstacle, voire un facteur de blocage, au développement. À ces déséquilibres s'ajoute l'embarras de trouver des activités productives qui puissent être utilement relancées. Que ce soit au nord ou au sud du Sahara on ne trouve pratiquement plus de grand projet industriel viable. Le développement de l'agriculture a peu de chance dans les produits d'exportation; il en aurait plus dans la production vivrière, mais les villes manquent de pouvoir d'achat! Par ailleurs les paysans ne sont souvent pas incités à produire faute de pouvoir acquérir en échange des biens attrayants à des prix favorables. Est-ce à dire que le développement

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