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Hume, Traité De La Nature Humaine

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xiste une autre division de nos perceptions, qu’il conviendra d’observer, et qui s’étend à la fois à nos impressions et à nos idées. C’est la division entre perceptions SIMPLES et perceptions COMPLEXES. Les perceptions simples, ou impressions et idées, sont celles qui n’admettent ni division, ni séparation. Les perceptions complexes sont le contraire des perceptions simples, et on peut les diviser en parties. Quoiqu’une couleur particulière, un goût particulier, une odeur particulière soient réunis en cette pomme, il est facile de percevoir que cette couleur, ce goût, cette odeur ne sont pas la même chose, mais qu’on peut au moins les distinguer l’un de l’autre.

Ayant, par ces divisions, donné un ordre et un arrangement à nos objets, nous pouvons maintenant nous appliquer à réfléchir avec plus d’exactitude sur leurs qualités et relations. Le premier fait qui frappe nos yeux, c’est la grande ressemblance entre nos impressions et nos idées dans toutes les particularités autres que leur degré de force et de vivacité. Les unes semblent pour ainsi dire être les reflets des autres ; de sorte que toutes les perceptions de l’esprit sont doubles et apparaissent à la fois comme impressions et comme idées. Quand je ferme les yeux, et que je pense à ma chambre, les idées que je forme sont des représentations exactes des impressions que je ressentais, et il n’y a dans les unes aucun détail qui ne se trouve dans les autres. En passant en revue mes autres perceptions, je trouve toujours la même ressemblance et la même représentation. Idées et impressions paraissent toujours se correspondre. Ce fait me semble remarquable et retient mon attention un moment.

Par un examen plus exact, je m’aperçois que j’ai été entraîné trop loin par la première apparence, et que je dois faire usage de la distinction des perceptions en simples et complexes, pour limiter ce jugement général que toutes nos idées et impressions se ressemblent. Je remarque que beaucoup de nos idées complexes n’ont jamais eu d’impressions qui leur correspondent et que beaucoup de nos impressions complexes ne sont jamais exactement copiées en idées. Je peux m’imaginer une cité comme la Nouvelle Jérusalem, dont les pavés sont d’or et les murs de rubis, quoique je n’ai jamais vu une telle cité. J’ai vu Paris, mais affirmerai-je que je peux former de cette cité une idée telle qu’elle représente parfaitement toutes ses rues et ses maisons dans leurs proportions réelles et justes ?

Je m’aperçois donc que, quoiqu’il y ait en général une grande ressemblance entre nos impressions complexes et nos idées complexes, la règle n’est cependant pas universellement vraie qu’elles soient d’exactes copies les unes des autres. Nous pouvons maintenant envisager ce qu’il en est de nos perceptions simples. Après l’examen le plus exact dont je sois capable, j’ose affirmer que la règle est ici valable sans exception, et que toute idée simple a une impression simple qui lui ressemble, et que toute impression simple à une idée qui lui correspond. Cette idée de rouge, que nous formons dans l’obscurité, et cette impression qui frappe nos yeux à la lumière du soleil, diffèrent seulement en degré, non en nature. Que le cas soit le même pour toutes nos impressions simples et idées simples, il est impossible de le prouver par une énumération détaillée de ces perceptions. Chacun peut se satisfaire sur ce point en en passant en revue autant qu’il lui plaît. Mais si quelqu’un niait cette ressemblance universelle, je ne connais aucun autre moyen de la convaincre que de le prier de montrer une impression simple qui n’ait pas d’idée qui lui corresponde, ou une idée simple qui n’ait pas d’impression qui lui corresponde. S’il ne répond pas à ce défi, et il est certain qu’il ne le peut pas, nous pouvons, de son silence et de notre propre observation, établir notre conclusion.

Ainsi, nous trouvons que toutes nos idées simples et impressions simples se ressemblent les unes les autres ; et comme les idées complexes et impressions complexes sont formées à partir d’elles, nous pouvons affirmer en général que ces deux espèces de perceptions se correspondent exactement. Ayant découvert cette relation, qui ne requiert pas d’examen supplémentaire, je suis curieux de trouver quelques autres de leurs qualités. Considérons ce qu’il en est de leur existence, et lesquelles, des impressions et des idées, sont causes, et lesquelles sont effets.

L’examen complet de cette question est le sujet du présent traité ; et nous nous contenterons donc ici d’établir une unique proposition générale : que toutes nos idées simples, à leur première apparition, dérivent d’impressions simples, qui leur correspondent et qu’elles représentent exactement.

En cherchant des phénomènes pour prouver cette proposition, je n’en trouve que de deux genres, mais dans chaque genre, les phénomènes sont évidents, nombreux et concluants. Je m’assure d’abord, par une nouvelle revue, de ce que j’ai déjà affirmé, que toute impression simple est accompagnée d’une idée correspondante, et que toute idée simple est accompagnée d’une impression correspondante. De cette conjonction constante de perceptions ressemblantes, je conclus immédiatement qu’il y a une grande connexion entre nos impressions et nos idées correspondantes, et que l’existence des unes a une influence considérable sur celle des autres. Une telle conjonction constante, dans un tel nombre infini de cas, ne saurait jamais provenir du hasard ; mais elle prouve clairement que les impressions dépendent des idées, et que les idées dépendent des impressions. Pour pouvoir savoir de quel côté se trouve cette dépendance, je considère l’ordre de leur première apparition, et je trouve, par une constante expérience, que les impressions simples ont toujours la priorité sur leurs idées correspondantes, et qu’elles n’apparaissent jamais dans l’ordre inverse. Pour donner à un enfant une idée de l’écarlate ou de l’orange, du doux ou de l’amer, je présente les objets ou, en d’autres termes, je lui transmets ces impressions, mais tenter de produire les impressions en suscitant les idées, ce serait une façon absurde de procéder. Nos idées, à leur apparition, ne produisent pas leurs impressions correspondantes, et nous ne percevons pas non plus une couleur, ne ressentons pas une sensation, par le simple fait d’y penser. D’autre part, nous trouvons qu’une impression, soit de l’esprit, soit du corps, est constamment suivie par une idée qui lui ressemble et qui n’en diffère que dans les degrés de force et de vivacité. La conjonction constante de nos impressions ressemblantes est une preuve convaincante que les unes sont les causes des autres, et cette priorité des impressions est elle aussi une preuve que nos impressions sont les causes de nos idées, et non les idées les causes de nos impressions.

Pour confirmer cela, je considère un autre phénomène clair et convaincant : chaque fois que, à cause d’un accident, les facultés qui donnent naissance aux impressions sont entravées dans leurs opérations, comme quand quelqu’un est aveugle ou sourd de naissance, non seulement les impressions sont perdues, mais aussi leurs idées correspondantes, si bien que jamais n’apparaît dans l’esprit la moindre trace de l’une ou l’autre d’entre elles. Ce n’est pas seulement vrai quand les organes de la sensation sont entièrement détruits, mais de la même façon quand ils n’ont jamais été mis en action pour produire une impression particulière. Nous ne pouvons nous former une juste idée du goût d’un ananas sans en avoir effectivement goûté.

Il existe toutefois un phénomène qui contredit seulement cela, qui peut prouver qu’il n’est pas absolument impossible que les idées précèdent leurs impressions correspondantes. Je crois que l’on accordera aisément que les diverses idées distinctes de couleurs qui entrent par les yeux, et celles des sons, qui sont transmises par l’ouïe, sont réellement différentes les unes des autres, quoiqu’en même temps elles se ressemblent. Or si c’est vrai des différentes couleurs, cela ne l’est pas moins des différentes nuances de la même couleur, qui produisent chacune une idée distincte, indépendante des autres. En effet,

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