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Le Brasier - Apollinaire

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isent les femmes autrefois aimées. Le passé équivaut à la mort, tandis que le feu est source de vie ; d'où l'image des «têtes de morts» qui sont plus loin (vers 11) «ces têtes que j’avais», les diverses personnalités qu’il a successivement revêtues, ses hantises dont il ne peut se libérer. Dans le dernier vers de la strophe, le poète annihile sa volonté et devient soumis au feu, sinon transformé lui-même en feu.

La deuxième strophe a une dimension cosmique : l'univers participe tout entier à ce mouvement de purification du poète qui manifeste son indifférence au futur (vers 7) : il faut faire table rase du passé pour vivre l'instant présent et non se projeter dans l'avenir. Des images violentes traduisent l'exubérance de la vie : «galop soudain», amours sauvages au sein de la nature entre les «centaures» et la végétation. Le mouvement est intense, les sonorités significatives (allitérations en nasales du vers 8 ; assonances en «a» et «é» qui ont des sons traînants).

La troisième strophe introduit une tonalité nouvelle, celle du regret, à la manière de Villon («Mais où sont les neiges d'antan?») : malgré sa volonté, le coeur garde la nostalgie du passé ; de «ces têtes que j’avais» (vers 11) qui sont les diverses femmes qu’il a successivement conquises (comme le confirmeront les «têtes de femmes» du vers 20, «les têtes coupées qui m’accclament» du vers 18) ; de sa foi chrétienne (vers 12) ; de l'amour qui est devenu faux, thème déjà présent dans “La chanson du mal-aimé". Mais il est interrompu aussitôt pour les souhaits, des vers 14 et 15, d’une purification par «le brasier» et par cet autre brasier qu’est le «soleil», qui conserve la dimension cosmique de la strophe précédente. Au contact de ce feu solaire, l'âme se purifie et redevient elle-même, loin de l'artifice, symbolisé par les vêtements. Est donc sous-jacente l'image du phénix (un feu qui brûle mais permet de renaître).

La quatrième strophe apporte une nouvelle image du feu : c'est la végétation luxuriante qui devient elle aussi feu. On retrouve une symbolique des fruits qui était déjà exploitée dans "Le printemps" où les coeurs des filles en mal d'amour étaient suspendus parmi les citrons. Ici, on assiste à une transposition de ce thème : les coeurs désaffectés sont eux-mêmes les fruits des arbres, coeurs désaffectés car les femmes aimées ne sont plus que des «têtes coupées» qui sont vues, à la façon du “Soleil cou coupé” de "Zone", comme des «astres qui ont saigné» (souvenir de «Le soleil s’est noyé dans son sang qui se fige» d’”Harmonie du soir” de Baudelaire?). La violence de l'image symbolise une rupture définitive avec le passé.

Dans la cinquième strophe, le poète s’adresse à lui-même, dans un passage au tutoiement analogue à celui qu’on trouve dans “Zone”. Il est fixé à Paris, «le fleuve épinglé sur la ville» étant de toute évidence la Seine qui, sur un plan de la ville, la traverse en effet comme une épingle. Le vers 23 est particulièrement énigmatique parce que, d’une part, «partant» est une conjonction marquant la conséquence ; d’autre part, «amphion» est un nom commun qui fait du poète un autre Amphion, celui-ci, fils de Zeus et d’Antiope, ayant été un roi poète et musicien de Thèbes dont il bâtit les murs en jouant de sa lyre au son de laquelle les pierres se plaçaient d’elles-mêmes ; enfin «à l’amphion docile» est une inversion. Ainsi, les trois derniers vers deviennent clairs : en conséquence, comme l’avait fait Amphion, tu seras capable de rendre «les pierres agiles» sous l’influence magique (sens premier de «charmants») des «tons» qui sont à la fois des sons musicaux et les couleurs de la flamme. On pourrait voir dans ce réaménagement du mythe d’Amphion une annonce de l’écriture automatique des surréalistes, par laquelle les mots s’assembleraient tout seuls dans l’oeuvre.

Le poème se conclut donc par l'image dominante de la renaissance, une fois rejeté définitivement le passé, symbole de mort. Par prédilection, a été mis en scène ce qu’il y a à trouver après la perte consentie.

Dans le deuxième poème, le poète devient le feu dont il se fait la proie ; le feu est l’opération poétique elle-même qui dévore ce qu’a été le poète et fait de lui un être différent des autres. Au vers 27, «innombrablement» indique que c’est une foule fanatisée qui brûle le poète comme un hérétique, mais ainsi le purifie. Au vers 28, les «intercis» sont les martyrs dépecés. Au vers 32, le verbe archaïque «forlignent» signifie «dégènèrent». Parmi ces races qui déchurent sont les «Tyndarides», membres de la famille de Tyndare dont était issue Clytemnestre, la mère d’Oreste, et les «vipères ardentes» qui ont attaqué son bonheur. D’où l’évocation des «serpents» et l’idée que ce sont les cous des mauvais cygnes qui «n’étaient pas chanteurs» qui sont devenus des serpents.

Dans le troisième poème, Apollinaire évoque, non sans ambiguïté, un mystèrieux et effrayant avenir poétique qui fond sur le poète comme une bombe ou un obus du plus haut du ciel. Il se demande quelle place, dans cet avenir, sera réservée à lui ainsi qu’à l’humanité. Le poème se termine donc par l’expression d’un effroi et d’un recul. Au vers 43, «rouant» signifie «faisant la roue» (dans “Les fiançailles”, on lit : «d’ardents bouquets rouaient»). La «divine mascarade» du vers 47 est une sorte de “Divine comédie” de la poésie future. L’évocation de la «Désirade» (déjà faite dans “La chanson du mal-aimé”, vers 159) établit une analogie entre la découverte de la nouvelle poésie et la découverte de l’Amérique qu’a faite Christophe Colomb en touchant cette île des Antilles à laquelle il a donné ce nom pour marquer son désir d’y arriver. Le «ver Zamir» était, selon la tradition rabbinique, capable de fendre les rochers, et Salomon se serait servi de lui pour tailler les pierres du temple de Jérusalem (qui serait donc le «théâtre»)

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